HISTORIQUE
Quand on compulse les anciens auteurs, on trouve fréquemment les termes de « phlegmons spontanés de l'orbite » ou de « phlegmons idiopathiques ». Il semble que cette étiologie obscure s’éclairerait aujourd'hui; c'est à notre avis du côté des sinus qu'il la faudrait chercher et certaines observations anciennes le laissent entrevoir. Fort avant dans la littérature médicale on trouve décrits des phlegmons de l'orbite.
Dès 1740, Maître Jean décrit des abcès entre le globe et l'orbite. Il distingue les abcès par fluxion, congestion, sang extravasé. On attendait alors que la suppuration se soit d'elle-même fait jour au dehors pour inciser la paupière.
En 1773, Ricurer eut à soigner un homme de cinquante ans dont la paupière supérieure était fortement tuméfiée. Lui aussi attendit l'établissement d’une fistule pour débrider. Le malade mourut rapidement, ayant présenté de la somnolence. L'autopsie ne put être pratiquée, mais RicHTER nous donne son opinion : il croit à « une complication intracranienne à la suite d'une fluxion de l'orbite ».
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GENDRON, comme tous à cette époque, croyait à l'existence de phlegmons d’origine spontanée. Il incrimine le coup de chaleur comme cause possible de ces phlegmons orbitaires.
Un pas en avant est fait avec LAwRENGE (1830) qui distingue les suppurations de l'œil proprement dit de celles de l’orbite. « Les parties molles contenues dans la cavité orbitaire peuvent s’enflammer indépendamment des parties constituantes de l'œil », dit-il.
SIcHEL (1870) différencie la carie orbitaire primitive du phlegmon de l’orbite partiel ou total. Il parle d’ostéites compliquant le phlegmon du tissu cellulograisseux de l'orbite et dit qu'il est possible au pus de passer de l’orbite dans Le sinus frontal.
Le très beau travail inaugural de Scawexpr (Bâle, 1882) marque une étape. Il publie quarante-quatre observations de phlegmons de l'orbite. Inspiré par son maître, le professeur Scuiess, 1l distingue : les phleqmons érysipélateux ; les phlegmons propagés consécutifs à des maladies dentaires ou nasales: les phlegmons idiopathiques dont 1l donne dix-sept observations. Mais jamais ScHweNpr n'a songé qu’un sinus pouvait être en cause et aucune de ses observations ne fait mention d’un examen sinusal. Pourtant dans certaines, à la lecture des symptômes, on ne peut s’empècher de songer à la sinusite frontale ou à la sinusite maxillaire. |
Mais bientôt les sinus allaient être incriminés.
Dès 1896, M. le professeur RozLer (8 mars) montre -que les lésions osseuses localisées au pourtour de l'orbite sont plus disgracieuses que graves, mais que
SRE Pa celles qui occupent les parois comportent un pronostic sévère pour l'organe de la vision et quelquefois même pour la vie du malade. « La tuberculose frappe souvent, « écrit-il, la partie infério-externe de l'orbite, la syphilis « se localise à l'apophyse montante du maxillaire supé- « rieur et à l’arcade sourcilière. J'apporte diverses « observations prouvant que, dans la très grande majo- « rité des cas, les ostéites des parois interne, supé- « rieure et inférieure de l'orbite sont consécutives aux « inflammations des muqueuses des sinus frontaux, « ethmoïdaux, sphénoïdaux el maxillaires. Or ces « empyèmes qui occupent parfois plusieurs sinus ont « pour causes les maladies générales (fièvre typhoïde, « 1nfluenza, rougeole, scarlatine, érysipèle), les inflam- « mations nasales (traumatismes, opérations, rhinites « aiguës ou chroniques), les infections d’origine den- « taire. Telles seront, en définitive, les causes habi- « tuelles de l’ostéite des parois orbitaires. »
En 1897, M. le professeur Rozcer montre que les sinusites maxillaires se compliquent fréquemment de phlegmon de l'orbite et il inspire la thèse de Riolacci (1° juillet 1897) : Des troubles oculaires dans les sinusites maæillaires. En 1898, c'était le tour des sinusites fronto-ethmoïdales avec la thèse de Delon : Contribution à l'étude des sinusites fronto-ethmoïdales à manifestalions orbitaires.
En 1902, le professeur DE LAapERsONNE écrit son mémoire sur les complications des sinusites frontales. Et les publications se firent nombreuses tant en France qu’à l'étranger.
Cette question est tout à fait à l'ordre du jour,
CRT ER puisque, au mois de mai 1921, M. le D' Lemaître, oto-rhino-laryngologiste des hôpitaux de Paris, qui rapporte les travaux de l'Ecole lyonnaise et les met à contribution, a mis la question au point dans son Rapport présenté à la Société française d'oto-rhinolaryngologie.
Il découle en définitive de ce qui précède celte très importante notion : le malade mourait autrefois par sinusite méconnue : on évacuait le pus orbitaire mais non le pus sinusique. Il guérit aujourd’hui par l'évacuation du pus orbitaire et du pus sinusique.
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