Etiologie et traitement du cancer
Les recherches sur l’étiologie et la thérapeutique du cancer et des tumeurs malignes en général, que j’ai poursuivies depuis dix-huit ans, m’ont donné depuis trois ans des résultats appréciables et qui méritent d’être connus.
Mes premières observations sur le microbe pathogène des tumeurs malignes, que j’ai nommé en 1901 le « micrococcus neoformans », ont été consignées dans une note envoyée sous pli cacheté le i5 août 1886 à T Académie des Sciences et enregistrée sous le n° 4o81.
Ce pli cacheté a été ouvert, sur ma demande, le 22 février igo4, par M. Mascart, président de l’Académie des Sciences.
Cette note, la première en date, démontre que mes expériences actuelles sont la confirmation et la conséquence de ces premières recherches.
Ma communication au Congrès de Madrid, faite en avril 1908, résume mes premières observations sur le micrococcus neoformans, qui avaient été antérieurement communiquées à l’Académie de Médecine en décembre 1901 et au Congrès de Chirurgie de Berlin en avril 1902.
On trouvera à la suite de ces communications le texte de mes lectures du 22 février 1904 à l’Académie des Sciences et du 23 février 1904 à l’Académie de médecine, puis les observations cliniques.
Ces observations, au nombre de 242, comprennent : i°les 126 cas présentés le 22 et le 23 février 1904 à l’Académie des Sciences et à l’Académie de médecine ; 2 0 les 116 observations postérieures au 20 janvier 1904, date à laquelle avait été arrêtée la première statistique.
Toutes les observations, y compris celles des 126 premiers cas qu’il a été possible de compléter, sont arrêtées à la date du 3o septembre 1904.
Académie des Sciences
TEXTE DU PLI CACHETÉ N° 4o8 I DÉPOSÉ LE l6 AOUT l886 PAR M. DOYEN ET OUVERT EN SÉANCE SUR LA DEMANDE DE l’aUTEUR, LE 2 2 FÉVRIER igo4
Quelques points nouveaux
de
rAnatomie pathologique des Tumeurs
Si l’on étudie à i ooo diamètres une préparation de suc cancéreux simplement recouvert d’une lamelle, on y remarque, soit dans l’intérieur même des cellules épithéliales dégénérées, soit dans- le liquide ambiant, une quantité de granulations réfringentes de différents diamètres.
Quelques-unes sont de simples gouttelettes graisseuses.
D’autres présentent à peu près le même diamètre que les microcoques pyogènes et se trouvent fréquemment groupées en amas, ou bien réunies en diplocoques ou en triades; on observe parfois une courte chaînette. Ces granulations, immobiles dans l’intérieur des cellules, sont au contraire très mobiles dans le liquide séreux qui remplit les interstices de laréparation.
Leurs mouvements ne diffèrent guère de ceux des microcoques ordinaires et l’on peut les comparer, en examinant tour à tour des
préparations de microbes fraîches et non colorées, à ceux des éléments du staphylococcus pyogenes albus par exemple.
Les éléments mobiles du suc cancéreux sont très fragiles. Ils se déforment et deviennent méconnaissables par la dessiccation.
Après un grand nombre d’examens comparatifs, j’ai pu m’assurer que ces éléments se retrouvaient dans les tumeurs les plus variées :
Carcinome.
Epithéliome cylindrique et pavimenteux.
Lymphosarcome.
Sarcome.
Lipome.
On les rencontre aussi dans le suc cancéreux des ganglions dégénérés.
Leurs mouvements paraissent être des mouvements actifs. Les sphérules se meuvent dans les liquides de la préparation et présentent, en outre des mouvements de translation analogues à ceux de tous les microcoques, quelques contractions sarcodiques ayant pour effet de raccourcir successivement leurs différents diamètres.
Leur volume varie de i à 6 et les plus petites sont les plus mobiles. Souvent on voit une granulation de moyen diamètre et une autre plus petite, réunies par un pont rétréci.
J’ai cru même surprendre le moment de leur séparation et les voir se multiplier par scissiparité.
Leurs mouvements leur appartiennent en propre et sont indépendants des courants qui s’effectuent dans la préparation.
Ils persistent même assez longtemps et je les ai encore observés au bout de huit, de quinze et de trente jours, sur des préparations conservées à la chambre humide entre 24° et 3o°.
Ces mouvements finissent par se ralentir. Quand ils n’existent plus, l’aspect de la préparation s’altère beaucoup.
Quelle est la nature de ces éléments ; s’agit-il :
, i° de corpuscules sans importance fiés à la vie des cellules des tumeurs comme à celle de tous les épithéliums et des autres éléments anatomiques ?
2° ou bien d’un ferment spécial, d’éléments analogues aux microbes pathogènes, susceptibles de se reproduire, d’avoir une vie propre et de vivre leur vie de parasites sans déterminer la mort des éléments anatomiques qui sont le point de départ des tumeurs ?
Ces questions sont encore à résoudre.