PRÉPARATION DES LIQUIDES THÉRAPEUTIQUES
Culture du micrococcus neoformans
L’ensemencement des fragments de tumeurs et de ganglions ou de suc cancéreux aspiré à la pipette se fait dans du bouillon de mamelle de vache en lactation peptonisé et glycosé à 1 p. 100. On peut réussir également avec le même bouillon non glycosé.
Toxines et vaccins.
A. Toxines. — L’emploi, pour obtenir les toxines, de cultures récentes de micrococcus neoformans ne donne pas de résultats appréciables. Nous n’avons obtenu de toxines actives qu’en ensemençant des cultures renouvelées fréquemment, tous les deux mois environ, pendant deux ans, par des passages sur les animaux, notamment la souris blanche, et, chaque fois, avant une nouvelle inoculation, sur le bouillon et sur la gélose simple ou glycosée à 2 p. 100. Comme il faut au moins un an pour obtenir des toxines actives, il en résulte que l’on ne peut pas obtenir avant une période de deux ans et demi à trois ans les produits nécessaires pour obtenir des résultats thérapeutiques. Je dois
CONSIDÉRATIONS SUR LE TRAITEMENT ANTINÉOPLASIQUE. i63
ajouter que la production des toxines du micrococcus neoformans est très délicate, car, pour un écart minime de température ou pour une petite différence dans la constitution du bouillon, le microbe se développe mal ou meurt très rapidement.
Les cultures doivent être faites en couches minces et très aérées; on doit éviter les trépidations, qui font tomber le voile au fond du ballon.
Il faut employer plusieurs types de toxine : i° la toxine pure est active après 12 à 18 mois de culture; ces cultures sont obtenues en ensemençant des cultures de virulence modifiée par de nombreux passages sur les milieux biologiques et artificiels indiqués plus haut. Cette toxine est filtrée par les procédés habituels et exposée pendant 4 jours à la température de 5 o°, pour y tuer toute trace de microbes.
2 0 La toxine atténuée se prépare en additionnant les cultures préparées de la même manière de :
7 p. 100 de chlorhydrate de quinine,
2 p. 100 d’acide cacodylique, et
2 p. 100 d’acide méthylarsénique, qui doivent être ajoutés avec toutes les précautions aseptiques de rigueur.
On laisse à l’étuve pendant 5 jours à 87° et on filtre par les procédés habituels.
B. Vaccins. -—Il est nécessaire de préparer deux vaccins figurés. Pour préparer ces vaccins il est dangereux d’employer des cultures jeunes, auraient-elles été soumises à l’action de divers agents modificateurs. Ces cultures, qui ne donnent pas de toxines appréciables, sont très dangereuses, car elles provoquent des accès fébriles prolongés et parfois aussi un accroissement aigu des masses cancéreuses, suivi de généralisation.
Il faut employer pour la préparation des vaccins des cultures renouvelées et modifiées par les différents passages indiqués ci-dessus pendant 2 ans et demi à 3 ans. Il faut alors ensemencer les microbes ainsi modifiés dans des tubes de bouillon et les maintenir à l’étuve pendant 10 à 12 mois. A cette époque, on peut préparer un vaccin faible, en soumettant les cultures à la température de 45 ° pendant 2 jours et un vaccin fort, en soumettant les mêmes cultures pendant le même temps à la température de 4o° seulement.
On voit que je me suis inspiré, pour ces recherches, de la méthode de modification du virus rabique imaginée par Pasteur et de la découverte par Koch de la tuberculine et de ses effets sur les tissus tuberculeux.
Dans les premiers temps les résultats thérapeutiques étaient très
inconstants, mais une observation clinique rigoureuse m’a démontré que j’étais sur la voie. C’est en analysant chaque jour tous les cas en expérience que je suis arrivé à améliorer petit à petit les liquides destinés au traitement.
Jusqu’il y a quelques mois je n’ai pratiqué qu’une vaccination anticancéreuse. J’ai déjà signalé que cette vaccination touchait par certains points à la vaccination anticharbonneuse de Pasteur, où l’on emploie un vaccin faible et un vaccin fort, par d’autres points au traitement de la tuberculose par la tuberculine de Koch. Nous avons vu que pour arriver à obtenir des cultures susceptibles de permettre la préparation des toxines et des vaccins, il fallait également employer des passages analogues à ceux employés par Pasteur pour la modification du vaccin rabique.
J’ai donc cherché avec patience, sans trop m’écarter des découvertes acquises; mais je m’en suis éloigné suffisamment pour ne pas tomber dans l’erreur de tant d’expérimentateurs qui, parce qu’une méthode a réussi pour la vaccination anticharbonneuse ou pour la sérothérapie de la diphtérie, se sont attardés à suivre une méthode identique pour le cancer.
Si j’ai eu la bonne fortune de découvrir un traitement spécifique du cancer, je devrai cette découverte à ce que, depuis le début de mes études médicales, tout en m’occupant spécialement de chirurgie, j’ai poursuivi l’étude approfondie de l’histologie et de la bactériologie.
Je pose en fait qu’il aurait été impossible à un bactériologiste exclusif de mener à bien ces recherches. J’ai pu réussir parce que j’avais mon laboratoire de bactériologie à côté de ma salle d’opérations, parce que tout, cultures, fabrication de toxines et de vaccins, direction des expériences thérapeutiques, se trouvait centralisé dans la même main et dans le même institut
Il m’a été ainsi possible, tout en surveillant mes expériences de laboratoire, de profiter de mon expérience approfondie de l’évolution du cancer, et, c’est en appréciant cliniquement des indices souvent imperceptibles à un œil moins exercé, que je me suis trouvé conduit à modifier et à améliorer, étape par étape, le traitement du cancer.
Sérothérapie animale.
Les résultats d’immunisation obtenus chez l’homme étant nettement les résultats d une vaccination et d’une accoutumance progressive de 1 organisme aux toxines et aux vaccins que je préparais, il était évident
CONSIDÉRATIONS SUR LE TRAITEMENT ANTINÉOPLASIQUE. i65
que le sérum des malades traités devait acquérir contre le cancer les mêmes propriétés que le sérum d’un animal immunisé contre la diphtérie par exemple.
Il était donc logique de rechercher si le cheval réagirait aux injections, et s’il serait possible d’obtenir un sérum animal antitoxique. J’ai injecté à des chevaux par les méthodes en usage, après épreuve par la malléine et injection de sérum antitétanique, les quatre types de toxines et de vaccins mentionnés plus haut. Je suis arrivé à me convaincre que les liquides qui réussissaient le mieux étaient les vaccins et les toxines les plus anciens que je possédais et dont j’avais toujours eu soin de réserver une certaine quantité pour des expériences ultérieures.
Bien m’a pris d’être prévoyant, car ce sont les cultures de plus d’un an de date, et ensemencées avec mes microbes les plus anciens, de plus de deux ans de date, et qui avaient été modifiés par le plus de passages successifs, qui m’ont donné un résultat satisfaisant.
En effet, en injectant pendant trois jours de suite à des chevaux 5 o à 70 centimètres cubes d’une telle culture, simplement filtrée sur le coton, on obtient après la seconde injection une température rectale de 39 à 39,5 et après la 3 e injection une température qui approche ou dépasse 4o°.
Si l’on continue les injections, l’animal peut succomber au bout de peu de temps, en conservant une température très élevée. Si au contraire, après la 3 e injection, on laisse retomber le thermomètre au-dessous de 38 °, on peut recommencer les injections au nombre de 3 et ainsi de suite. Le sérum de ces chevaux a commencé à être réellement actif au bout de 8 à 10 mois d’immunisation, et les premiers chevaux arrivent à n’avoir presque plus de réaction des mêmes injections qui donnent aux nouveaux animaux une température élevée. Ce sérum a été expérimenté depuis plusieurs semaines, corollairement avec le procédé de vaccination.
Si l’on considère le polymorphisme des tumeurs et la variabilité de leur évolution, on conçoit a priori qu’un traitement antinéoplasique doit être très complexe et très difficile à appliquer.
Prenons un cas de diphtérie ; le sérum réussit ou ne réussit pas : le cas est jugé en 2 ou 3 jours.
Prenons un cas de furoncle ou d’anthrax. L’administration de la
staphylase, qui guérit parfois en 2 heures, pas davantage, un coryza aigu avec envahissement de la trachée, suffit le plus souvent.
Dans les cas où l’infection paraît grave, une seule ou deux injections de sérum antistaphylococcique déterminent une modification locale immédiate et la guérison. Un furoncle qui évolue naturellement en ia à i5 jours se trouve guéri, suivant l’époque du début du traitement, en 2 à 5 jours ; de même pour l’anthrax, la guérison survient en 3 à io jours.
Mais la diphtérie, le furoncle et l’anthrax sont des affections à évolution aiguë. Le cancer au contraire tue rarement en moins de 3 mois et peut durer 2 ans, 6 ans et davantage. La maladie peut subir un arrêt apparent et présenter une recrudescence inattendue. Le début de la généralisation est le plus souvent insidieux.
Un traitement spécifique du cancer doit aboutir à ce résultat, de rendre les humeurs et les cellules de l’économie réfractaires à l’extension du tissu néoplasique.
On sait que certains malades résistent beaucoup plus que d’autres ; nous avons observé des cancers suraigus à l’âge de près de 90 ans.
Il est évident d’autre part qu’un traitement anticancéreux ne pourra jamais déterminer la restitutio ad integrum d’organes essentiels dont le tissu a été entièrement détruit.
Dans toute lutte entre l’organisme humain et un agent infectieux quelconque, la guérison ou la mort dépendent de la résistance relative de l’un et de l’autre.
Nous en arrivons à cette conclusion qu’aucun cas de cancer ne pourra être curable qu’autant que l’organisme sera encore susceptible de réagir d’une manière positive sous l’influence du traitement.
Le traitement ne pourra donc être dirigé que par des médecins possédant une éducation clinique spéciale, et à la condition expresse que les malades soient sous leur direction absolue et exclusive. En effet, dans bien des cas, ce sont des personnes de la famille ou bien des médecins n’ayant pas l’expérience nécessaire, qui veulent décider si oui ou non on doit remettre une injection au lendemain, ou qui réclament l’interruption momentanée du traitement.
Ceci bien déterminé, je vais donner les résultats de mon expérience actuelle, qui est déjà considérable, puisque le i cr cas remonte au 2 janvier 1901, c’est-à-dire à près de 4 ans, et que je publie dans ce volume 242 observations.
Quels sont les cas que nous devons traiter? Nous avons vu que