PLEINE TUMEUR. GANGLIONS ET NOYAUX SECONDAIRES
Fragments ou suc recueilli à la pipette.
P. — Myxosarcome du poumon :
1902. . 1 cas fertile. 1 tumeur.
Q. — Sarcome musculaire de l’avant-
bras et du bras (enfant) :
1902 , . 1 cas fertile. 1 tumeur. 1 noyau secondaire de l’aisselle.
R. — Sarcome du triceps brachial récidivé :
igo3. . 1 cas fertile. 1 tumeur.
S. —- Sarcome sous-cutané de la cuisse :
1902. . 1 cas fertile. 1 tumeur. 1 ganglion secondaire.
Nice (D r Grinda).
T. — Lipome du cordon spermatique
à marche rapide :
1901. . 1 cas fertile. 1 tumeur.
U. — Sarcome du testicule récidivé :
1901. . 1 cas fertile. 1 tumeur.
Quatre de ces cultures ont été faites : à Berlin, une tumeur du sein, opérée par le P r Yon Bergmann; à Moscou, une tumeur de l’estomac opérée par les D ,s Doyen et Modlinski, et à Nice, un cancer du sein et un sarcome de la cuisse, opérés par les D IS Doyen et Grinda.
2 0 Tumeurs infertiles. — Parmi les tumeurs qui n’ont pas donné de culture, nous signalerons i5 tumeurs du sein, pour la plupart ensemencées tardivement (nous avons vérifié, en analysant ces cas, qu’au bout de deux ou trois heures déjà les cultures sont très difficiles à obtenir), 1 lipome sous-cutané de l’épaule, 1 gros kyste ovarique multiloculaire, 1 cas de fibrome utérin, 2 cas de noyaux cancéreux secondaires du foie, aspirés à la pipette, deux gros sarcomes, Fun musculaire, qui n’a pas récidivé, l’autre abdominal, chez une enfant de 10 ans, non opéré, enfin 1 sarcome massif de l’ovaire et plusieurs cas d’épithéliomas, 3 ° Tumeurs ayant donné des cultures impures. — Les tumeurs qui ont donné des cultures impures ou des bactéries quelconques étaient presque sans exception des tumeurs ulcérées : épithéliomas cutanés, épithéliomas du vagin, cancers delà langue, de l’amygdale, de la lèvre, de l’estomac, de l’intestin, du rectum, de la prostate.
LE MICROCOCCUS NEOFORMANS.
Nous avons obtenu en résumé :
En 1901, sur 4i tumeurs ayant servi à ensemencer 345 tubes, 5 y cultures pures du micrococcus neoformans.
En 1902, sur 52 tumeurs ayant servi à ensemencer 284 tubes, 64 cultures pures du micrococcus neoformans.
En igo 3 , sur 7 tumeurs ayant servi à ensemencer 20 tubes, 5 cultures pures du micrococcus neoformans.
Sur ces 100 cas nous relevons, comme tumeurs fertiles, ayant donné des cultures pures :
i° Tumeurs épithéliales :
26 cancers du sein :
3 adénomes kystiques du sein ;
1 adénome traumatique du sein ;
1 goitre parenchymateux :
7 cancers de l’estomac ;
1 adénome de l’intestin;
1 épitbélioma cutané de la jambe;
5 kystes végétants de l’ovaire, dont 1 compliqué de cancer du rectum;
2 cancers de l’utérus.
Total. 47
2 0 Sarcomes :
1 tumeur péri-cranienne secondaire.
1 sarcome du maxillaire supérieur ;
1 sarcome de l’amygdale ;
1 lymphadénome du cou ;
1 myxosarcome du poumon ;
2 sarcomes musculaires du bras à marche rapide ;
1 sarcome sous-cutané de la cuisse ;
1 lipome à marche rapide du cordon spermatique ;
1 récidive d’un sarcome du testicule.
Total.10
Soit 47 cas de tumeurs épithéliales et 10 cas de tumeurs sarcomateuses, en tout 57 cas différents de néoplasmes de types variés, ayant donné 126 cultures pures, dont 32 provenant de la masse des tumeurs primitives, et 94 provenant soit de ganglions éloignés, soit de noyaux secondaires péritonéaux, épiploïques, péri-craniens ou autres. Nous devons ajouter les deux ensemencements positifs de liquide séro-sanguinolent provenant d’un écoulement spontané du mamelon, qui seront signalés plus loin, et deux autres ensemencements positifs du liquide provenant d’un cas de maladie kystique expérimentale du sein, obtenue après inoculation du micrococcus neoformans chez une espèce animale très voisine de l’homme.
Nous constaterons donc en résumé :
i° Que les tumeurs les plus malignes sont celles qui ont donné le plus de cultures positives ;
2° Que la masse des tumeurs a donné beaucoup moins de cultures positives que les fragments prélevés dans la zone d’envahissement et plus particulièrement aux dépens des ganglions hypertrophiés les plus éloignés du foyer d’infection primitif.
3° Certains tubes, qui se troublent légèrement sans que les microcoques visibles sur les lamelles soient transplantables sur d’autres milieux, sont le siège d’un commencement de culture, qui s’arrête bientôt par suite du peu de vitalité des éléments contenus dans les fragments ensemencés (fig. 6, 7 et 8).
4° Si l’on examine avec soin sur les lamelles le sédiment des tubes dont le bouillon reste clair, on y trouve sans exception des cocci et des diplocoques, susceptibles d’être mis en évidence soit par une simple coloration, soit, pour ceux qui supportent l’action de l’iode, par la méthode de Gram.
La présence du micrococcus neoformans à l’état virulent dans le lipome du cordon spermatique que nous avons signalé plus haut a donné une importance toute particulière à une de nos expériences de l’été dernier. Nous avions obtenu, en effet, chez une chienne, morte accidentellement le 9 juillet 1902 , deux mois et demi après l’inoculation au voisinage des mamelles d’une culture provenant de deux cas de tumeurs du sein, deux lipomes encapsulés d’un certain volume. Nous avions suivi le développement de ces tumeurs, espérant qu’il s’agissait d’épithéliomes. L’observation récente prouve que notre microbe peut également produire des lipomes.
Toutes ces tumeurs, d’origine si diverse, contiennent un seul et même microbe, celui que nous avons décrit plus haut : c’est le microbe des néoplasmes. Je l’ai nommé micrococcus neoformans.
Ce microbe, comme nous l’avons vu, provoque la multiplication des cellules normales avec lesquelles il se trouve en contact. Ces cellules paraissent se multiplier par une sorte d’inflammation, mais sans que les globules blancs présentent les phénomènes habituels de phagocytose. Ces phénomènes se produisent exclusivement au sein des cellules épithéliales ou sarcomateuses en voie de prolifération. On constate dans les ganglions déjà tuméfiés, mais non encore envahisd’une manière appréciable, des cellules remplies de microcoques très difficiles a colorer, et dont un tout petit nombre a conservé à la décoloration une teinte violette.
LE MIC ROC OC CUS NEOFORM ATs S.
La prolifération cellulaire est d’ autant plus active que le microbe est plus virulent : les tubes glandulaires du sein se gonflent de cellules ou deviennent kystiques, puis se rompent, laissant échapper à la fois dans le tissu conjonctif des microbes libres et des cellules protectrices en voie de phagocytose. Souvent, c’est le cas de beaucoup de lipomes, la tumeur primitive est arrêtée dans son développement. Combien de cancers du sein s’atrophient et deviennent stationnaires tandis que se propage au loin l’infection ganglionnaire !
Ces tumeurs stationnaires sont des tumeurs mortes et infertiles. Souvent elles s’ulcèrent et se sphacelent. La bénignité ou la malignité d’une tumeur dépend de la réaction réciproque des cellules protectrices qui la composent et du microbe pathogène. N’y a-t-il pas des myxomes bénins et des myxomes malins, des lipomes à marche envahissante, des kystes végétants de l’ovaire qui ne récidivent pas, et d’autres, identiques histologiquement, qui se comportent comme des cancers? Toute tumeur bénigne est ainsi le siège d’un foyer de microbisme latent et peut, à un moment déterminé, se transformer en tumeur maligne.
Nous avons retrouvé le micrococcus neoformans dans le suc d’une tumeur de la mamelle chez la chienne et dans le suc de plusieurs tumeurs de l’homme: sarcomes, maladies kystiques du sein, tumeurs épithéliales à transformation scléreuse et à marche lente, et qui n’avaient pas donné de cultures.
Les cas sans exception qui ont donné, pour presque tous les tubes ensemencés, des cultures positives, ont récidivé très rapidement. Les points récidivés, tumeurs secondaires et ganglions, ont donné les mêmes cultures que la tumeur primitive. Dans les cas de tumeurs très malignes, il est rare, si l’on possède un milieu de culture approprié, qu’on n’obtienne pas des cultures positives au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures.
Certaines tumeurs peuvent s’arrêter définitivement dans leur développement. C’est ainsi que certains cancers subissent la transformation fibreuse. Ces tumeurs, devenues stationnaires, vivent aux dépens de notre organisme comme des parasites assez peu exigeants, tels certains cas de lipomes multiples et de fibromes bénins.
Les tumeurs ne sont donc qu’une modalité de l’inflammation. Le micrococcus neoformans provoque autour de lui un processus inflammatoire spécial qui crée le lipome dans le tissu cellulo-adipeux, dans l’ovaire le kyste végétant soit bénin, soit malin, dans le sein, l’adénome simple ou kystique et le cancer, probablement, dans l’utérus, le fibromyome, etc.
Toute tumeur bénigne peut se transformer en tumeur maligne : telle l’évolution des myxomes et des chondromes malins, la transformation en sarcomes des lipomes ou des fibromyomes, ou même la production, si fréquente à la surface ou sur le pédicule des polypes utérins, d’un épithélioma de la muqueuse.
Tous ces faits sont d’ordre identique. Il n’y a pas hétéroplasie, mais seulement néoplasie, c’est-à-dire végétation des cellules normales de l’organisme. Ces cellules, lorsqu’elles sont bien différenciées, par exemple les épithéliums cutanés ou glandulaires, reproduisent, sous l’influence de l’action irritante du micrococcus neoformans, qui excite leur prolifération comme le spermatozoïde excite la multiplication des cellules de l’embryon, des tissus analogues aux tissus normaux dont elles dérivent. Il est probable que les kystes sébacés, les papillomes envahissants, ont pour cause efficiente un microbe analogue sinon identique.
Il ne s’agit donc pas moins que de constituer et d’édifier sur des bases nouvelles l’anatomie et la physiologie pathologiques de l’ensemble des tumeurs bénignes et des tumeurs malignes, qui viennent se grouper logiquement dans le cadre immense et si varié de l’inflammation, à la suite de la tuberculose et de l’actinomycose.
Caractère du micrococcus neoformans. — Nous avons vu que le micrococcus neoformans, que l’on ait ensemencé dans les tubes de bouillon des fragments de tumeurs et des ganglions infectés, ou bien du suc cancéreux provenant de la masse néoplasique et des ganglions et recueilli avec la pipette, ne se développe pas avant dix-huit ou vingt-quatre heures.
Le suc cancéreux obtenu à la pipette, et mêlé par agitation avec le bouillon* n’a jamais donné de culture avant dix-huit heures.
Il paraît donc évident que le micrococcus neoformans se trouve, dans l’intérieur des tissus néoplasiques, dans un état particulier qui ne lui permet pas de se multiplier avant de s’être modifié par un séjour de plus de douze heures dans le bouillon de culture qui lui est favorable. Cette opinion est corroborée par les faits suivants :
A deux reprises différentes, le 21 mars et le 5 novembre 1901, j’ai obtenu des cultures de micrococcus neoformans d’un écoulement spontané du mamelon survenu chez une femme n’ayant pas de tumeur et actuellement en observation.
Le liquide, recueilli aseptiquement du mamelon, s’est développé dans le bouillon, la première fois au bout de douze heures et la deuxième fois au bout de dix-huit heures seulement.
Une autre observation, plus intéressante peut-être, est celle qui se