‹ Etiologie et traitement du cancerChapitre 8 sur 34 · LE MICROCOCCTJS NE O FORMAIS · texte numérisé non relu

LE MICROCOCCTJS NE O FORMAIS

rapporte à la pièce expérimentale représentée fig. 29 à 32 . Une première ponction exploratrice, faite au bout de trois mois, avait donné une très petite quantité d’un liquide lactescent qui s’est développé sur le bouillon au bout de vingt-quatre heures; c’était une culture pure de micrococcus neoformans; ce microbe avait été inoculé dans la mamelle trois mois auparavant. Trois mois plus tard, c’est-à-dire six mois après l’inoculation, la tumeur fut enlevée partiellement pour l’examen histologique. Elle était, à ce moment, de la grosseur d’une noix. Le liquide de la glande mammaire, recueilli, sur la surface de section, dans une pipette stérilisée, fut ensemencé.

Le bouillon ne commença à se troubler qu’au bout de vingt-quatre heures. Le micrococcus neorformans s’était donc modifié, par son séjour dans les tissus, de manière à ne pas pouvoir se développer dans le bouillon d’où il avait été inoculé avant d’y avoir subi une certaine transformation.

L’examen, de six heures en six heures, d’un certain nombre de tubes de bouillon ensemencés, dénote également certaines particularités et confirme cette hypothèse, que le micrococcus neoformans se trouve, pour ainsi dire, au sein des tumeurs, dans un état de vie latente, et qu’il lui faut subir une certaine transformation pour se développer dans les tubes de bouillon.

Prenons cinq ou six tubes ensemencés avec des ganglions cancéreux à évolution rapide; il est habituel que quatre ou cinq de ces tubes donnent des cultures positives. Supposons que nous ayons examiné de six heures en six heures un tube qui se troublera au bout de trente-six heures : les premiers examens sur lamelle ne donnent rien. Au bout de dix-huit à vingt heures, dès que le fragment néoplasique a macéré, le sédiment laisse voir un certain nombre de microcoques isolés et des diplocoques, dont un très petit nombre, trois ou quatre sur toute une lamelle, restent colorés par la méthode de Gram.

Les autres microcoques ne se laissent colorer que par le violet aqueux ou phéniqué et sont décolorés instantanément par l'alcool, même dilué.

Au bout de douze à quinze heures, le nombre de sphérules qui prennent le Gram augmente sensiblement, et tout à coup, le bouillon se trouble en deux ou trois heures.

A ce moment, la culture est fertile, et peut se transplanter sur d’autres milieux.

Il en est de même des tubes ensemencés avec du suc cancéreux recueilli avec la pipette. Le sédiment contient des microcoques non

colorables par le Gram et de rares sphérules qui conservent le violet après l’action de l’iode.

Au bout de douze à quinze heures, l’examen sur lamelle donne un plus grand nombre de microcoques colorables par le Gram, et, tout à coup, en trois ou quatre heures, le tube est complètement troublé.

Dans certains autres cas, les microcoques commencent à se multiplier dans une certaine mesure, et la culture meurt avant d’avoir pris une virulence suffisante pour pouvoir être transplantée sur d’autres milieux avec ses caractères habituels.

Nous noterons également que deux tumeurs de la chienne et une tumeur de la souris, qui ont été ensemencées trop tardivement et n’ont pas donné de culture, ont laissé constater dans le sédiment des tubes de bouillon stériles les mêmes microcoques non colorables par le Gram que les tumeurs stériles de l’homme.

Présence du micrococcus neoformans sur les coupes de tissus néoplasiques. —Les particularités que nous avons signalées à propos des cultures du micrococcus neoformans nous ont porté à rechercher cet organisme sur les coupes des tumeurs, après de simples colorations par l’hématéine, par la safranine ou par la fuchsine. L’examen de la zone d’envahissement des tumeurs permet de reconnaître, sur les coupes très fines, des diplocoques en grains inégaux et de courtes chaînettes, qui paraissent être des éléments parasitaires. L’examen du suc cancéreux, fixé à l’état frais, en couche très mince, par l’alcool absolu, et coloré par le violet simple ou par la méthode de Gram, permet de mettre en évidence des coccus isolés et des diplocoques composés de sphérules inégales. Les diplocoques et les coccus qui se colorent par la méthode de Gram sont très rares, et il y a des lamelles où l’on ne peut en découvrir que deux ou trois. La recherche de ces éléments doit être faite avec un objectif apochromatique de i m. 5 de foyer et l’oculaire compensateur 4 ou 6. Nous avons vu que l’on retrouve les mêmes éléments dans le sédiment des tubes de bouillon où l’on a ensemencé des fragments de tumeurs et de ganglions cancéreux ou bien du suc cancéreux recueilli à la pipette, et qui n’ont pas cultivé. Les microcoques sont plus faciles à mettre en évidence dans le sédiment des tubes de bouillon que sur les lamelles de suc cancéreux frais, parce qu’ils s’y sont déposés petit à petit et se trouvent réunis sous un petit volume.

Cette constatation faite à maintes reprises de coccus, et de diplocoques colorables soit par le violet simple, soit par la méthode de Gram, dans le suc cancéreux frais et dans le sédiment des tubes ensemencés, nous fit espérer la découverte d’un procédé de coloration

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capable de mettre en évidence le micrococcus neoformans sur les coupes. Nous avons choisi de préférence des petits noyaux cancéreux secondaires de l’épiploon à marche rapide, et dont les nodules cancéreux voisins avaient donné en 18 à 24 heures des cultures positives, très virulentes.

Les coupes, de i/3oo e de millimètre d’épaisseur, furent soumises à divers bains colorants : il était très difficile de chasser assez complètement, après l’action de l’iode, le violet phéniqué, pour ne plus avoir sur les coupes aucun élément coloré qui fût autre chose qu’un microbe.

M. Herteloup, mon chef de laboratoire, après de nombreux essais infructueux, réussit à préparer un carmin absolument dépourvu de microbes, et dont l’action sur les tissus empêche le violet de demeurer fixé, après l’action de l’iode, sur les granulations cellulaires.

Les pièces en expérience avaient été fixées et durcies dans des liquides filtrés, et montées dans une solution de paraffine préparée spécialement pour empêcher la pénétration de microbes par ëndosmose dans les tissus.

Nous sommes arrivés ainsi à mettre en évidence, dans toutes les tumeurs à marche rapide, le micrococcus neoformans.

Les pièces les plus intéressantes à étudier sont, comme nous l’avons signalé plus haut, les très petits noyaux cancéreux épiploïques à développement rapide. La figure 11 montre un diplocoque très net dans une cellule, près du noyau et, à côté, un autre diplocoque mal coloré, envoie de destruction. Les figures 12, i3 et i4, qui représentent un autre point delà même coupe à divers grossissements, font constater la présence dans une trabécule conjonctive, entre deux lacunes graisseuses, d’un diplocoque très net, et qui est représenté au grossissement de 3 000 diamètres sur la figure 12, avec ses deux sphérules de dimensions très inégales. Les clichés i3 et i4 ont été faits pour démontrer la situation exacte de ce diplocoque, qui accompagne une cellule cancéreuse en train de dissocier une trabécule conjonctive.

Chacune de ces coupes contient quinze ou vingt diplocoques faciles à repérer lorsqu’on a quelque habitude de cette recherche délicate, et, si l’on n’en trouve pas davantage, c’est que la grande majorité des sphérules du micrococcus neoformans, comme nous l’avons démontré par l’étude du suc cancéreux et du sédiment des tubes de culture infertiles, ne se colorent pas par la méthode de Gram. Mais nous ferons observer qu’il existe des tissus tuberculeux dont personne ne conteste la nature, et où les bacilles de Koch sont beaucoup plus rares que le micrococcus neoformans dans nos coupes de tumeurs malignes.

Étude expérimentale du micrococcus neoformans. —

i° Quelle est la valeur de la présence habituelle du micrococcus neoformans dans les tumeurs ?

2° Quel rôle respectif jouent les cellules normales d’une part, et le microbe, d’autre part, dans la formation des tumeurs?

On nous objectera que seules les inoculations positives aux animaux peuvent donner quelque vraisemblance à la découverte du microbe du cancer,

Nous répondrons que, malgré l’analogie apparente de certains cancers des animaux avec le cancer de l’homme, il n’est pas démontré que cette maladie soit inoculable de l’homme aux animaux ou réciproquement. J’ai observé de i 885 à 1888 que les fragments de tumeurs malignes de l’homme, introduits dans le péritoine des cobayes et des lapins, se résorbent sans les incommoder. J’ai introduit en 1902, dans le canal médullaire des deux fémurs d’un lapin, de gros fragments d’ostéosarcome malin, provenant de l’homme. Il se produisit un gonflement de la cuisse, mais la réparation se fit si bien que six mois après il n’existait plus d’autre trace du traumatisme que la petite cicatrice de trépanation.

Exiger, pour caractériser le microbe du cancer, des inoculations positives aux animaux, nous paraît d’ailleurs une prétention exagérée.

Est-ce qu’on a réussi à donner aux animaux, en leur inoculant le bacille typhique ou le bacille virgule de Koch, une attaque véritable de fièvre typhoïde" ou de choléra asiatique, telles qu’on les observe chez l’homme ? L’inoculation à la surface de la peau, chez l’homme, des cultures du staphylocoque doré, n’a jamais déterminé, à notre connaissance, l’évolution d’un furoncle ou d’un anthrax tout à fait typiques. Or, nous nous trouvons bien loin, dans l’étude du cancer, des conditions relativement simples de l’expérimentation sur la valeur pathogène des microbes du charbon bactéridien, de l’érysipèle, du furoncle, de l’ostéomyélite, du rouget du porc, du choléra des poules, etc., qui déterminent facilement chez les animaux appropriés des lésions caractéristiques et qui ont été expérimentés sur l’espèce animale où ils ont été recueillis.

Le micrococcus neoformans a donc désormais droit de cité en bactériologie au même fifre que le bacille d’Eberth et le bacille virgule de Koch, par ce fait qu’il existe avec constance et à l’état de pureté dans toute une série de tumeurs, sinon dans toutes les tumeurs, comme le bacille typhique et le bacille virgule du choléra asiatique existent dans ces maladies.

Mes recherches sur les animaux sont jusqu’ici insuffisantes, car je

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n'ai jamais cultivé de véritables tumeurs malignes de provenance animale. J : ai cependant observé deux fois des microcoques analogues au micrococcus neoformans dans le sédiment de tubes demeurés stériles et où avaient été plongés des fragments de deux cas de tumeurs de la mamelle chez la chienne. C’étaient des tumeurs anciennes, stationnaires, calcifiées, sans adénopathie et convenant peu, comme nous le verrons plus loin, à la recherche du parasite. J’ai fait la même constatation dans le sédiment d’un tube ensemencé avec la bouillie d’une tumeur du chat, recueillie par Borrel dans une pipette stérilisée, et qui n’a pas donné de culture. Les tumeurs réellement intressantes chez les animaux sont celles qui s’accroissent rapidement et qui s’accompagnent d’infection ganglionnaire à distance. Il est évident que mon plus grand désir est de cultiver de ces sortes de tumeurs, pour pouvoir tenter l’inoculation du microbe, à l’état de culture pure, sur la même espèce animale.

La production expérimentale, chez une chienne, de deux lipomes encapsulés, à la suite de l’inoculation sous-cutanée de culture provenant de deux cas de tumeur du sein chez la femme d’une part, la constatation, d’autre part, dans le suc non fertile de deux tumeurs de la chienne et d’une tumeur du chat, d’un microcoque analogue au micrococcus neoformans de l’homme, permettent de supposer que les tumeurs cancéreuses des animaux sont causées par le même microbe.

Mais on a fait fausse route jusqu’ici en cherchant à inoculer aux animaux des fragments de cancers ou de sarcomes et particulièrement les parties centrales de ces tumeurs. En effet le microbe pathogène paraît se trouver, au centre des tumeurs, dans un état de dégénérescence qui ne permet d’obtenir que très exceptionnellement des cultures positives. Le microbe a été détruit par les cellules de la tumeur et il a perdu, sinon l’aspect qu’il possède dans le suc cancéreux frais, tout au moins la double faculté de se colorer par le Gram et de se développer sur le milieu qui lui convient le mieux.

Ensemencez, par exemple, sur un milieu approprié et dans dix tubes différents dix fragments d’une tumeur volumineuse du sein; cultivez dans cinq autres tubes du suc cancéreux aspiré en pleine tumeur dans des pipettes stérilisées ; cultivez enfin soit des fragments, soit le suc, aspiré à la pipette, des ganglions axillaires; puis, dans cinq autres tubes, les ganglions sus-claviculaires du même côté et même, s’il en existe, les ganglions sus-claviculaires de l’autre côté : ce sont ces derniers, c’est-à-dire les plus éloignés de la tumeur primitive, qui donneront la plus forte proportion de cultures positives.

Cultivez, au contraire, un squirrhe atrophique du sein sans adénopathie axillaire, comme il m’est arrivé récemment, et tous les tubes resteront stériles, mais le microbe pourra être reconnu, après coloration, sur les lamelles où l’on aura étendu et séché le sédiment de ces tubes. Ces insuccès de certaines tentatives de culture m’ont beaucoup préoccupé il y a six ou huit mois. Je me suis aperçu, en multipliant les ensemencements, que j’avais eu tort au début de cultiver presque exclusivement la masse des tumeurs et les gros ganglions, tandis que c’étaient au contraire les petits ganglions déjà engorgés, mais les plus éloignés de la tumeur, ceux d’aspect rougeâtre et inflammatoire, qui donnaient les cultures les plus rapides et les plus nombreuses.

Le micrococcus neoformans paraît pénétrer dans les tissus à l’état où il se trouve dans les cultures jeunes, c’est ainsi que je l’ai observé dans l’écoulement séreux du mamelon. Que le micrococcus neoformans pénètre dans un canal glandulaire ou dans les tissus normaux, dans le tissu adipeux, par exemple, il provoque immédiatement autour de lui, à condition toutefois pour les glandes, telles que le sein et le testicule, qu’il y ait rétention du germe infectieux, une inflammation épithéliale intense. La mamelle du cobaye s’infiltre en huit jours de cellules lymphatiques et épithélioïdes et le testicule devient dans la même période le siège d’une tuméfaction douloureuse. On observe, sur les coupes des tubes séminifères envahis, des quantités de microbes inclus dans les cellules épithéliales, sous forme de grains de grosseurs très variables et dont un grand nombre commencent à ne plus prendre le violet phéniqué, par suite de leur destruction dans ces phagocytes spéciaux. Je n’ai pas obtenu jusqu’ici chez le cobaye de tumeur à marche envahissante.

Mais l’analogie extrême des cellules épithéliales du testicule de cobaye en expérience avec les cellules parasitées des ganglions éloignés, chez l’homme, où l’infection cancéreuse ne se traduit encore que par une tuméfaction inflammatoire intense, me permet de supposer que le processus observé dans le testicule de cobaye est bien le même que le processus du début de l’épithélioma glandulaire dans l’espèce humaine.

La figure i3 montre la phagocytose du micrococcus neoformans dans les cellules épithéliales du testicule du cobaye, io jours après l’injection d’une culture pure.

Les figures 16 et 17 montrent comparativement les lésions inflammatoires produites dans la mamelle du cobaye femelle par l’ïnjection de culture pure du micrococcus neoformans et le processus d’envahissement cancéreux des trabécules graisseuses de l’épiploon chez

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Fhomme. On voit, dans la mamelle du cobaye, des amas de cellules épithélioïdes disséminées au milieu d’amas irréguliers de leucocytes.

Dans l’épiploon de l’homme, l’envahissement des trabécules conjonctives par les cellules cancéreuses est précédé par une accumulation de leucocytes. Nous possédons un grand nombre de coupes analogues et il nous a paru évident que le tissu graisseux et notamment l’épiploon, qui est sillonné de nombreux lymphatiques, est, de tous les tissus de l’économie, celui où l’on peut surprendre le plus clairement l’évolution et l’extension des néoplasmes malins.

La figure 18 est la coupe d’un nodule hépatique provenant du foie d’un cobaye femelle qui succomba spontanément deux mois après l’injection dans les mamelles d’une culture pure du micrococcus neoformans. C’est un adénome cylindrique où l’on ne retrouve pas trace de la structure du foie.

Nous avons également perdu un lapin de sténose pylorique à la suite d’une injection de micrococcus neoformans, par la voie lombaire, dans la région sous-hépatique, au niveau de l’extrémité supérieure du rein droit. Ce lapin est mort au bout de huit jours.

Macroscopiquement, le pylore présentait l’aspect du squirrhe classique ou mieux, peut-être, de cette forme de néoplasme à laquelle on a donné le nom de linitis plastique, et qui n’est autre qu’un cancer du pylore avec lésions peu marquées de la muqueuse, compliquées d’œdème dur hypertrophique de la sous-muqueuse et de la musculeuse.

Ce pylore sténosé était adhérent à un foyer inflammatoire en voie de régression et dû à l’injection de la culture du micrococcus neoformans ; mais ces résultats ne nous semblaient pas assez caractéristiques lorsque mourut spontanément, 6 mois après l’inoculation, le 3o août 1902, la souris n° i3. Cette souris avait reçu, le 27 février 1902, sous la peau de la région dorsale, une culture pure de micrococcus neoformans, provenant d’un ganglion cancéreux du cou.

Il existait une obstruction intestinale causée par une masse néoplasique, développée au niveau de l’angle du côlon transverse. La pièce fut durcie et préparée avec le plus grand soin. Certains points de la préparation montrent de vastes alvéoles cancéreux dissociant les fibres musculaires lisses de l’intestin (fig. 19). Nous avons représenté (fig. 20 et 21) deux tumeurs très analogues, provenant du pancréas et de l’épiploon de l’homme. En d’autres points (fig. 22 et 23) on observe des lésions analogues à l’épithélioma cylindrique chez l’homme. A quelque distance se trouve un point (fig. 24) qui ressemble

surtout à un alvéole d’épithélioma colloïde du corps thyroïde. Plus loin (fig. 25 ) ce sont de grosses cellules disséminées dans le tissu conjonctif, comme on les observe chez l’homme dans la zone d’envahissement des tumeurs analogues. D autres endroits ressemblent à une coupe de kyste végétant de l’ovaire. Mais le fait le plus remarquable est que l’on distingue (fig. 26) au centre de groupements épithéliaux qui semblent avoir été déterminés par leur présence, des embolies microbiennes remplissant des capillaires dilatées. Ces embolies microbiennes se voient mieux, à un plus fort grossissement, sur les figures 27 et 28. Or l’injection delà culture de micrococcus neoformans remontait à six mois. La persistance d’embolies microbiennes de cette importance aussi longtemps après l’inoculation, en plein milieu des néoformations épithébales, la juxtaposition de divers types de néoplasmes, analogues ici au cancer alvéolaire de l’estomac, là au cancer cylindrique de l’intestin, là encore à l’épithélioma colloïde du corps thyroïde, et plus loin au kyste végétant de l’ovaire, sont des particularités dont on ne peut nier l’importance.

Parmi nos animaux en expérience nous avons observé sur une guenon, trois mois après l’injection dans la mamelle d’une culture pure de micrococcus neoformans, l’apparition d’une tumeur du volume d’une noisette. Cette tumeur fut ponctionnée; le liquide obtenu était lactescent et donna, ce qui ne pouvait beaucoup nous étonner, une culture pure du micrococcus neoformans.

La petite tumeur se reforma et grossit lentement : je l’ai extirpée en presque totalité au bout de six mois. Le liquide lactescent qui suintait à la pression des conduits galactophores ouverts au fond de la plaie fut recueilli dans des pipettes stérilisées et ensemencé. Ce liquide donna naissance à une culture pure du micrococcus neoformans. Nous représentons fig. 29, 3 o, 3 i et 32 , à divers grossissements, des coupes de cette tumeur expérimentale. On jugera que les lésions présentent une identité absolue avec celles que l’on observe dans l’adénome kystique spontané du sein chez la femme.

Notre dernière pièce expérimentale provient de la souris 3 , qui mourut spontanément dix mois et demi après l’injection, sous la peau de la région dorsale, de un demi-centimètre cube d’une culture pure de micrococcus neoformans, provenant d’un sarcome de l’amygdale.

Cette souris a succombe a une obstruction intestinale produite par une masse adénomateuse de volume considérable et qui obstruait le gros intestin. Nous avons reproduit (fig. 33 et 34 ) les photographies de cette masse adénomateuse, dont certains points présentent une grande

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analogie avec les tumeurs analogues observées chez T homme et même avec certains cancers de F intestin, comme en témoigne la figure 35, qui représente un cancer du rectum chez l'homme. Plusieurs autres fragments , voisins ou éloignés de cet adénome, ont été prélevés suri intestin de cette souris et examinés, en prenant soin de bien les orienter. En aucun autre endroit il n'a été possible de découvrir des images analogues. D’autres expériences sont en cours: il est à désirer notamment qu’il me soit possible de faire des cultures de la variété de tumeur de la souris, bien étudiée par Borrel, et qui est susceptible de se greffer d’une souris blanche à l’autre.

Ces recherches sont longues et délicates. J’ai considéré les résultats obtenus jusqu’ici dans mon laboratoire privé comme assez intéressants pour mériter d’être signalés.

Étiologie et pathogénie du cancer en général. — L’étude expérimentale que nous venons de faire du micrococcus neoformans nous permet dès aujourd’hui d’établir une théorie rationnelle du développement du cancer et en général de tous les néoplasmes. Si nous envisageons plus particulièrement le cancer, nous devons reconnaître qu’on donne cliniquement le nom de cancer à des tumeurs d’aspect variable, mais dont le caractère essentiel est l’envahissement progressif des tissus et des ganglions lymphatiques. Comme l’infection à distance dépasse habituellement les limites appréciables à l’œil nu, l’ablation des tumeurs cancéreuses est presque toujours suivie de récidive. La récidive peut être locale, si l’opération a laissé des points infectés; elle se fait à distance (récidive ganglionnaire ou métastase viscérale), si l’infection s’est étendue au loin, avant l’ablation du foyer primitif.

En effet, le cancer débute, presque sans exception, par un foyer local. Dans des cas très rares, il peut se produire, presque simultanément, deux cancers : cancer de la face et cancer du sein, cancer du sein et cancer de la vessie. Les cas de généralisation, dite d’emblée, sont presque toujours des cas de généralisation d’un petit foyer primitif, qui peut passer inaperçu. En somme, l’évolution du cancer, aussi bien pour le développement des foyers locaux, que des foyers à distance, présente une analogie remarquable avec l’évolution de la tuberculose.

Nature du cancer. — Le cancer est, d’après les expériences relatées ci-dessus, une maladie infectieuse : la reproduction expérimentale de tumeurs par l’injection de certains parasites, particulièrement du micrococcus neoformans, ne laisse aucun doute à ce sujet. L’analogie de certains cancers avec les lésions produites par la coccidie oviforme du lapin a fait penser que certaines tumeurs pouvaient avoir

3 a ÉTIOLOGIE ET TRAITEMENT DU CANCER.

une origine analogue. Bien qu’il n’y ait encore aujourd’hui que des présomptions sur l’unité de l'agent infectieux, il est indiscutable que la genèse des tumeurs est l’expression d’un acte de défense de l organisme contre l’invasion du germe pathogène. Les cellules du tissu conjonctif, du tissu osseux, ou les épithéliums, suivant que le germe a envahi le tissu conjonctif ou bien un organe épithélial, peau, muqueuses, ou tissu glandulaire, prolifèrent et exercent leur action destructive sur les organismes infectieux. Ici, ce ne sont plus les phagocytes ordinaires de l’inflammation qui entrent en action : les germes du cancer excitent spécialement les cellules des tissus normaux de l’économie. Ce sont ces cellules, qu’elles proviennent du feuillet interne ou du feuillet externe du blastoderme, qui entrent en multiplication, et qui exercent vis-à-vis des germes du cancer le rôle de phagocytes.

On voit sur les pièces expérimentales, dans le testicule du cobaye par exemple, les épithéliums des tubes séminifères bourrés de microbes, dont la plupart sont déformés et ont perdu la faculté de se colorer aux couleurs d’aniline.

Le processus néoplasique est donc un processus inflammatoire spécial, mais il peut s’accompagner, et le cas est fréquent, d’un processus inflammatoire ordinaire, avec multiplication des leucocytes. L’union de ces deux processus est très évidente sur beaucoup de pièces pathologiques, et sur certaines pièces expérimentales. Il paraît même démontré que l’union d’un processus inflammatoire banal et du processus néoplasique active considérablement l’évolution de ce dernier.

Cette théorie n’a qu’un inconvénient : c’est de détruire en quelques lignes tout ce qui a été écrit sur les tumeurs ; mais elle est basée actuellement sur un assez grand nombre d’observations pour mériter d’être développée comme elle le comporte. Que le germe irritant se trouve dans le tissu adipeux, il produira le lipome; il y a des lipomes à marche rapide, et j’ai obtenu des cultures positives de mon « micrococcus neoformans », en ensemençant un lipome du cordon testiculaire qui s’était développé tellement vite, qu’on l’avait pris pour une hydrocèle, et qui a récidivé. À la mâchoire, on observera l’ostéo-sarcome : l’infection se fait autour du collet des dents; dans le pharynx nasal, on observera des tumeurs à éléments fasciculés, qui sont intermédiaires à l’épithélioma et au sarcome. Un goitre, en voie de transformation cancéreuse, chez une jeune femme, vient de nous donner des cultures identiques. Je les ai obtenues aussi d’un lympbadénome pleuro-pulmonaire de plus de deux kilogrammes, d’un sarcome des muscles de l’avant-bras, chez un enfant, où il avait envahi les ganglions de

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l’aisselle et le muscle graud pectoral. Parmi les tumeurs sarcomateuses ou ostéo-sarcomateuses, qui n’ont pas donné de cultures, je puis en citer plusieurs, notamment une tumeur primitive des muscles de la cuisse chez une jeune femme : aucune des tumeurs stériles n’a récidivé. Au contraire, les tumeurs dont la plupart des fragments ensemencés m’ont donné des cultures positives, se sont développées rapidement, lorsqu’elles n’ont pas été opérées, ou bien ont récidivé après l’opération.

La transformation des tumeurs bénignes en tumeurs mabgnes s’explique sans difficulté : dans cette lutte entre les cellules normales de l’économie, qui se multiplient pour les englober, et les germes pathogènes, la victoire peut rester à ces derniers. Un lipome, longtemps bénin et stationnaire, peut, sous l’influence d’une poussée infectieuse nouvelle, provoquée, par exemple, par un traumatisme, devenir une tumeur mabgne; un myxome à développement rapide pourra se transformer en sarcome. Fait remarquable, les tumeurs, même malignes, développées aux dépens des cellules qui proviennent du feuillet moyen du blastoderme, ne déterminent pas aussi rapidement et aussi communément que les tumeurs épithéliales l’infection des ganglions lymphatiques. Cette particularité paraît due à la vitalité plus grande des cellules de cette provenance, qui sont, d’ailleurs, beaucoup mieux irriguées par le torrent circulatoire que les épithéliums, ces derniers se trouvant isolés, dans les tissus normaux, par le basement membrane, qui les sépare du derme ou du chorion muqueux.

La théorie infectieuse du cancer explique également la coïncidence du cancer et du sarcome, du cancer épithélial et des tumeurs provenant du feuillet moyen du blastoderme. L’épithélioma de la muqueuse utérine est fréquent à la surface des fibromes saillants dans la cavité de cet organe : il n’est pas extraordinaire que le même agent infectieux puisse occasionner le développement du fibro-myome et celui de l’épithélioma.

Il en est de même de certaines tumeurs mixtes, par exemple de ces sarcomes du sein qui peuvent devenir énormes, sans infection ganglionnaire, et où, histologiquement, on observe, au milieu d’une gangue de cellules fusiformes, de nombreux tubes glandulaires néoformés et proliférants. Il est aujourd’hui sans intérêt de discuter pour savoir si ces tumeurs sont des sarcomes purs ou des tumeurs mixtes, qu’on pourrait nommer , des sarcomes épithéliomateux : l’agent infectieux peut occasionner, dans ces cas, une réaction spéciale qui dépend peut-être de la réaction personnelle de l’individu vis-à-vis d’un même germe pathogène, et qui est susceptible de produire une multiplication conjonctive prédominante.

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