‹ Etiologie et traitement du cancerChapitre 9 sur 34 · B. DOYEN. - TRAITEMENT · texte numérisé non relu

B. DOYEN. - TRAITEMENT

CANCER

Ce que nous avons dit de la généralisation plus lente dès tumeurs développées aux dépens des cellules du tissu moyen du blastoderme, s’applique à ces gros sarcomes du sein, dont la bénignité est remarquable, par rapport à la malignité des tumeurs exclusivement épithéliales de la glande mammaire.

Nous arrivons aux tumeurs épithéliales : qu’il s’agisse d’un papillome ou d’un cancroïde de la peau, d’un épithélioma de la lèvre ou de la muqueuse buccale, d’un cancer glandulaire ou intestinal, l’évolution est identique. Nous avons déjà signalé la présence du « micrococcus neoformans » dans l’écoulement du mamelon d’une femme qui n’a pas de tumeur du sein et qui est en observation : qu’un canal galactophore parasité vienne à s’oblitérer, ou qu’une contusion du sein vienne à provoquer une rupture des acini infectés, le cancer se développera. L’adénome, c’est-à-dire la tumeur bénigne du sein, correspond à la période où les acini glandulaires ne se sont pas encore rompus sous la pression déterminée par la multiplication des épithéliums : cette rupture du basement membrane des acini se fait à une période très différente, dans l’évolution des diverses tumeurs.

Le cancer est constitué dès qu’il y a commencement de généralisation, et le public a toujours eu une tendance très logique à dénommer du mot de cancer tout néoplasme, quelle que soit sa variété histologique, dont l’accroissement progressif entraîne fatalement la mort à plus ou moins longue échéance.

Les histologistes ont voulu, faute de mieux, diviser les tumeurs en une longue série de variétés, d’après les tissus. Si l’on arrive au type épithélial, on s’aperçoit bientôt qu’il faut encore subdiviser les épithéliomas suivant chaque espèce d’épithélium infecté, et l’on est obligé de décrire, non seulement l’épithélioma dans ses différentes formes, l’adénome simple et le carcinome, mais bien l’épithélioma de la peau, l’épilhélioma de telle ou telle muqueuse, le cancer glandulaire du sein, du foie, du rein, de la prostate. Malgré toutes ces complications, au milieu desquelles les savants les plus compétents se trouvent en désaccord, on rencontre encore des tumeurs, telles que les gliomes du cerveau, les endothéliomes dits primitifs de la pie-mère, certaines tumeurs de la parotide, du pharynx, etc., pour lesquelles on est obligé de créer des chapitres spéciaux. Il existe donc, à côté de l’inflammation banale qui est l’inflammation destructive, —qu’il s’agisse de microbes pyogènes, de tuberculose ou d’actinomycose, — une inflammation néoformatrice, qui est le processus de la formation des tumeurs. Il résulte de cette nouvelle théorie que l’extirpation complète du foyer néopla-

LE MICROCOCCüS JNEOFORMAXS.

sique primitif, si ce foyer, comme il arrive neuf fois sur dix. est unique, peut être suivie d'une guérison durable.

La clinique ne nous démontre-t-elle pas que l'ablation des épithéliomas des régions accessibles, des petits cancers glandulaires faciles à extirper largement, est très fréquemment suivie d’une guérison complète, bien que l’examen histologique démontre qu'il s’agit d une tumeur de type malin ? Je puis citer, notamment, un cancer du sein avec adénopathie ganglionnaire étendue, opéré par moi, chez une personne de ma famille encore existante, il y a dix-sept ans; c’est un carcinome du type histologique le plus malin et les ganglions étaient cancéreux. Il n’y a pas eu de récidive : j’avais eu la chance d’opérer au delà des ganglions envahis. Je pourrais citer d’autres cas analogues, mais celui-ci est le plus caractéristique, au point de vue de la longue durée de la survie. Je dois ajouter que j’ai opéré depuis la même personne d’un volumineux lipome du dos, qui s’est comporté comme une tumeur absolument bénigne, bien que sa croissance ait été très rapide.

Il est donc nécessaire que le public apprenne à ne pas confondre le mot tumeur et le mot cancer ; le mot tumeur signifie une saillie anormale d’une des régions quelconques du corps. Qu’il s’agisse d’un abcès, d’un kyste synovial ou glandulaire par rétention, d’une loupe du cuir chevelu, ou d’un carcinome de l’intestin, il y a dans chacun de ces cas « tumeur ». Le mot néoplasme est déjà plus précis, puisqu’il élimine tout ce qui a trait à l’inflammation banale; quant au mot cancer, il doit être réservé aux néoplasmes malins, dont l’évolution est assez menaçante pour permettre de supposer que la généralisation est imminente.

Traitement. — Il découle de ce qui précède, que nous pouvons espérer un traitement général des néoplasmes. Il est évident que toute médication qui active la résistance vitale peut agir, dans le cas de néoplasme malin, pour relever l’état général, de même qu’il est de notion vulgaire que les grandes dépressions physiques et morales sont éminemment favorables à l’évolution rapide du cancer. Une mère perd un fils unique : elle tombe dans une période de dépression morale intense et se trouve atteinte de cancer utérin dix à douze mois après ; qui sait si le germe infectieux n’aurait pas été éliminé par le revêtement épithélial de la muqueuse, si l’état général avait été meilleur, ou bien si l’on avait pu employer à temps une médication appropriée, la médication cacodylique par exemple? L’ablation large de la tumeur primitive, avant la période de généralisation, a lait ses preuves. Nous avons vu qu’on pouvait obtenir des guérisons durables dans

des cas même où on avait dû enlever des ganglions infectés; mais il est évident que, dès que la généralisation a commencé, il est impossible au chirurgien le plus expérimenté en matière de cancer, d’être certain que l’infection générale n’a pas dépassé les limites possibles de l’opération. Il faut donc que les médecins et le public se fassent à cette idée, que le diagnostic précis ne sera jamais fait trop tôt, et que, par exemple, dans les cas de probabilité d’un cancer de l’estomac, une laparotomie faite à temps et suivie, s’il n’y a encore qu’un spasme permanent du pylore ou bien un ulcère rond, de gastro-entérostomie, pourra, dans bien des cas, sauver le malade et prévenir l’évolution ultérieure d’un cancer.

L’opération, d’ailleurs, donne souvent des résultats étonnants, même dans le cas de cancer, et il existe dans la science un certain nombre de guérisons, par l’opération, de cancers du pylore et de l’intestin, et maintenues durant quatre ou cinq années. J’ai, pour mon compte, un opéré de gastro-entérostomie pour cancer, qui vit encore actuellement, et qui a été opéré il y a dix ans : le diagnostic n’est pas douteux, et ce malade, qui a conservé un très bon aspect, présente un cancer squirrheux en plaque de la cicatrice et de la paroi abdominale. Mais il est indiscutable que, s’il faut opérer le plus tôt possible, l’évolution de certains cancers à forme squirrheuse et de certaines récidives lentes peut être aujourd’hui enrayée, dans une proportion remarquable, par l’injection de substances inoffensives et dont l’action thérapeutique se confirme de jour en jour.

Les seules injections qui méritent de nous arrêter sont : i° Parmi les substances chimiques: les injections de chlorhydrate de quinine et de cacodylate de soude ; 2° Parmi les produits émanant d’un microbe, les injections d’un liquide obtenu par l’atténuation des cultures du micrococcus neoformans.

i° Chlorhydrate de quinine et cacodylate de soude. — Le chlorhydrate de quinine s’injecte en solutions stérilisées, à la dose de io à 5o centigrammes par jour, et le cacodylate de soude à la dose de 5 à 20 centigrammes. Ces injections n’ont pas donné, pour le traitement des tumeurs malignes en voie d’évolution rapide, les résultats qu’on en avait d’abord espérés, mais elles paraissent utiles pour remonter l’état général après les opérations de cancer et pour retarder, sinon pour empêcher la récidive.

2» Action des toxines du micrococcus neoformans.Vac¬

cination anticancéreuse préventive et curative. — Nous avons remarqué, dès que nous avons été à même de cultiver en grande

LE MICROCOCCUS NEOFORMANS.

quantité le microeoccus neoformans, que les toxines produites par le développement de ce microbe dans le bouillon glycériné, déterminent chez les cancéreux, particulièrement au niveau des ganglions néoplasiques, une réaction assez comparable à celle que donne la tuberculine sur les tissus tuberculeux. Les injections doivent donc être faites avec la plus grande prudence dans les cas de cancer à évolution rapide, et compliquées d’une infection ganglionnaire étendue.

Mes injections ont donné au contraire d’excellents résultats, soit dans des cas de cancer inopérables à marche lente, soit après l’opération, pour retarder ou pour prévenir la récidive.

Parmi les cas où la vaccination anti-néoplasique a donné de bons résultats, nous citerons d’abord un cancer du sein en cuirasse, absolument inopérable. Les plaques indurées se sont rétrécies, la masse du grand pectoral, qui était envahie, s’est assouplie, et l’amélioration a été constatée par tous ceux qui avaient observé, à l’arrivée de la malade, l’œdème de tout le membre supérieur, aujourd’hui complètement disparu. La plaque cancéreuse, qui se trouvait ulcérée au niveau du mamelon et présentait sur toute son étendue une teinte d’un rouge violacé, est devenue d’une couleur gris jaunâtre très pâle, et l’on y observe plusieurs petits points de peau saine qui ont l’aspect de greffes dermo-épidermiques en voie d’accroissement. L’ulcération du mamelon s’est cicatrisée sans aucun pansement spécial ; les nodules cutanés très nombreux qui entouraient la plaque cancéreuse ont diminué de volume et d’étendue.

Nous avons obtenu par le même traitement la régression d’un épithélioma récidivé et inopérable du sac lacrymal et de la partie médiane du frontal, ainsi que l’amélioration de plusieurs cas de cancers inopérables de l’utérus, de la langue et du plancher de la bouclie.

Parmi les malades en observation, nous mentionnerons un de nos opérés de gastro-entérostomie pour cancer, opéré il y a dix ans (v. p. 36), et qui était revenu à la clinique avec une induration cancéreuse énorme de la paroi abdominale, compliquée d’une fistule gastrique. Les tissus indurés se sont assouplis et la fistule s’est cicatrisée après quelques semaines de traitement, pendant que s’améliorait l’état général.

Nous insisterons sur la vaccination préventive, telle que nous la pratiquons aussitôt après les opérations de cancer, pour éviter ou pour retarder l’évolution de la récidive. Nous avons en observation plusieurs cas de cancers déjà récidivés, et jugés inopérables par d’autres collègues. J’ai opéré ces malades et je les ai soumis ensuite aux injections anti-néoplasiques préventives. Il n’y a pas eu de nou-

velle récidive. Ces cas se multiplient, mais les observations sont longues à recueillir et il faut trop souvent se débattre avec la mauvaise volonté et l’insouciance des malades ou de leur entourage.

Les résultats que nous signalons sont encore bien peu de chose peut-être pour les esprits trop pressés, qui voudraient voir le cancer disparaître aussi facilement qu’une fausse membrane diphtéritique après l’injection du sérum de Roux et Behring; il faut cependant reconnaître que la science a fait, du côté du cancer, un pas énorme, et que l’évolution du cancer, s’il est encore impossible de l’entraver avec certitude, peut être au moins retardée dans presque tous les cas, dans ceux naturellement où les malades sont traités à temps. Il est vraisemblable qu’à la période de généralisation, on ne pourra jamais espérer une gûérison complète. En effet, la guérison du cancer à cette période exigerait, pour être radicale, la reconstitution de viscères essentiels à la vie, tels que le foie et les autres organes qui ont été progressivement envahis et détruits par le processus Cancéreux.

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