‹ Étranglement du grêle derrière une anse d'anastomose gastriqueChapitre 11 sur 28 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

(MM. MorRoUD, SALMON et BOUILLON)

Rub.…. (Louis), 21 ans, est admis d'urgence dans notre service à l’Hôtel-Dieu le 16 mai 1937, à 23 heures, pour syndrome douloureux aigu abdominal ayant débuté brutalement vers 17 heures, dans la région épigastrique. Les douleurs sont atroces.

Aucun antécédent gastrique.

A l'examen : mauvais faciès, sujet amaïigri, ventre de bois avec contracture plus marquée à l’épigastre, abdomen rétracté en bateau, pouls à 80, température à 38°.

Une radiographie, en position assise, montre un pneumo-péritoine avec un double croissant gazeux sousdisphragmatique.

Il s’agit d’une perforation gastro-duodénale indiscutable. :

Intervention immédiate, sous narcose à l’éther.

A l’ouverture du péritoine, issue de liquide séro-purulent sans odeur. La perforation qui a les dimensions d’une grosse lentille, s’étale sur la face antérieure de l’antre pylorique au milieu d’une zone calleuse.

Estomac vide et peu dilaté.

Fermeture de la perforation par un triple plan de sutures. | La lumière du canal pylorique paraît fortement rétrécie.

Gastro-entérostomie postérieure sous-mésocolique, isopéristaltique à anse courte. La bouche est faite très large.

Fermeture de la brèche mésocolique.

On vide la cavité abdominale par aspiration.

SA

Drainage de l’espace sous-hépathique par. une petite ‘boutonnière sous-costale droite donnant passage à un drain de Goldmann. < 2

Suture complète de l’incision pariétale, en deux plans.

Les suites opératoires immédiates sont favorables.

A signaler seulement des vomissements qui cèdent rapidement à quelques lavages de l’estomac.

Le drain est enlevé au sixième jour. Cicatrisation per priman. <

L'alimentation est reprise progressivement.

Un examen radiologique pratiqué le 8 juin, soit trois semaines après l'intervention, montre une évacuation gastrique se faisant à la fois par l’ancien pylore et par la bouche anastromotique. L’estomac est petit, animé de contractions anti-péristaltiques.

Le 18 juillet, soit deux mois après, on le ramène d’urgence : depuis quelques heures, il est en proie à des douleurs atroces localisées à la région épigastrique. Ces douleurs surviennent par crises et s’accompagnent de vomissements. Le ventre ést souple. Pas de fièvre.

Plusieurs lavages d'estomac PÉoGUrent une amélioration passagère.

Le 20 juillet, l’un de nous, chirurgien de garde, le doc- : teur Salmon, est appelé : x :

Nous trouvons un homme qui souffre ornineen agité par des crises tétaniformes, avec rétractions permanentes des doigts de la main, contracture des màchoires, signes de Schwosteck positif, vomissements incessants de liquides aqueux sans odeur, anurie.

L'abdomen est rétracté à l'extrême : faciès pâle, sque- Jlettique, pouls imperceptible. Etat général misérable. Azotémie : 1 gr. 50.

On décide de réintervenir après avoir remonté l’état général par un traitement énergique : sérum physiologique salé, 1 litre et demi : sérum salé hypertonique,

SARL

40 cc. à 10 p. 100 ; chlorure de calcium, une ampoule. Le tout injecté par voie intra-veineuse, en deux heures.

Un mieux sensible suit. Les crises tétaniques s’espacent. Les douleurs sont moins vives.

Réintervention sous narcose prudente à l’éther. Incision médiane sus-ombilicale.:

A première vue, l’estomac est petit, vide. Le côlon est

plat, le grêle également.

- Mais en regardant de plus près, on s’aperçoit que les anses grêles sont plus nombreuses à gauche qu’à droite et que la majeure partie de cet intestin est rattachée à un pédicule très étroit situé au niveau de l’anastomose gastro-jéjunale et on découvre que presque tout le grêle a traversé de droite à gauche un orifice compris entre le péritoine pariétal postérieur sous-mésocolique et l'anse afférente de la gastro-entérostomie.

On réduit l’intestin de gauche à droite à travers cet orifice dont le calibre admet deux petits doigts (voir figures d’après le croquis pris au cours de l'intervention) .

La bouche de gastro-entérostomie est large. Elle est bien au point déclive. Le contenu gastrique passe aisément dans l'intestin. Les sutures mésocoliques ont tenu.

On ferme l’orifice par deux points au fil de lin, unissant le péritoine pariétal et la branche afférente de l’anastomose.

Suture de la paroi en deux plans.

Bien qu'il soit moribond, le malade supporte très bien l'intervention. Au réveil, il ressent un bien-être inexprimable : on continue la réhydratation.

Le soir même, le bien-être s’accentue. L'alimentation est reprise. Cicatrisation per primam.

Le 23 août 1937, examen radiologique : évacuation gastrique par la nouvelle bouche sans passage visible par le pylore. ancien. Aucune stase. Aucune trace d’ulcère.

Le malade, revu à plusieurs reprises au cours de l’année 1938, jouit dune santé parfaite.

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