OBSERVATION II
(Charles VIANNAY, de Saïht-Etienne)
Il s'agissait d’un homme de 34 ans, à qui j'avais fait
une gastro-entérostomie postérieure trans-mésocolique
pour sténose du pylore sous-anesthésie loco-régionale ; infiltration de la paroi et des splanchniques par voie para-vertébrale.
L’estomac, distendu, portait au niveau du pylore une.
masse indurée grosse comme une noix dans sa coque verte. La séreuse de la région pylorique était œdémateuse et présentait des signes de réaction inflammatoire récente : gros ganglions mous le long des deux courbures,
une bride antérieure de périgastrique récente, encore fi-
brineuse, en voie d'organisation et plusieurs brides plus anciennes dans l’arrière cavité des épiploons. II s’agissait manifestement d’un ulcus.
Je fis une gastro-entérostomie postérieure trans-mésocolique à la suture (soïe) en prenant, suivant mon habitude, une anse courte et en ayant soin de suturer exactement le cône gastrique aux bords de la brêche du mésocôlon. à
Après des suites tout à fait normales et apyrétiques, cet opéré eut un premier vomissement le huitième jour. Le lendemain, les vomissements devinrent plus fréquents. Le malade régurgitait, non de la bile (il ne
s'agissait donc pas de « circulus viciosus ») mais les :
boissons ingérées.
Je réintervins le onzième jour après la gastro-entérostomie. 4
L’estomac se dessinait sous la paroi épigastrique, animé de contractions péristaltiques énergiques : le pouls était à 120 ; l’état général qui, jusqu'alors s’était bien tenu, commençait à fléchir.
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Anesthésie générale au mélange de Schleich ; réouverture de l’incision épigastrique médiane. L’estomac, immense, encombrait le champ opératoire, à tel point que l’on dut le vider au moyen d’un tube de Faucher, après avoir mis le malade en position déclive. Alors seulement je pus voir clair et explorer les viscères abdominaux.
Soulevant le côlon transverse avec son méso, j'aperçcus deux anses grêles qui s’engageaient dans un orifice au ras du mésocôlon : l’une très petite, atélectasiée, l’autre d’un calibre un peu supérieur à la normale. Comme leur coloration n'était pas modifiée, j'eus d’abord l'impression qu'il pouvait s'agir de l’anse afférente et de lanse efférente de mon anastomose, au point où elles traversaient le mésocôlon. Mais en y regardant de plus près, j'aperçus, au contact de la face inférieure du mésocôlon, l’appendice et le cæcum, ce dernier attiré en haut et basculé. Je me rendis compte alors que toute la masse de l'intestin grêle s’était engagée entre la première anse jéjunale anastomosée et la face antérieure de la colonne et qu’elle avait passé tout entière dans la moitié gauche de l'abdomen, à gauche du mésentère. Le cæcum aurait passé lui-même à la suite du grêle, s’il n’avait été retenu par son adhérence au plan iliaque. 7
La boucle formée par l’anse afférente étant peu serrée, il n’y avait pas sur l'intestin incarcéré de sillon de constriction visible. Aussi, n’eus-je pas de peine, en exerçant des tractions douces sur la dernière anse de l’iléon saisie près du cæcum, à remettre en place l’intestin grêle en ie dévidant de proche en proche et en lui faisant suivre en sens inverse le chemin qu’il avait parcouru.
La réduction achevée, j’aperçus un duodénum énorme, surdistendu. Il me parut alors prudent d’aller vérifier l’état de mon anastomose gastro-jéjunale. Je libérai donc l'estomac. d’avec le mésocôlon et je pus voir et palper cette anastomose qui me parut correcte et en bonne
place.
Re
Je rétablis par quelques points de suture l’adhérence du mésocôlon au cône gastrique. Puis je fermai par un seul point de suture la fente péritonéale comprise entre la colonne et l’anse afférente, afin d'éviter une nouvelle incarcération du grêle. |
Enfin, j'établis une duodéno-jéjunostomie entre la troisième portion du duodénum distendu et l’anse jéjunale efférente.
Suture de la paroi sans drainage. Guérison sans in-
cident.
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