SAUVIGNY, FERNAND
SAUVIGNY. Le maudit postillon! être ainsi en retard !
FERNAND. Qui vient là?.. Sauvigny!..
notre amoureux du Havre ! mon ancien camarade du Lycée!
SAUVIGNY. courant à lui. Mon cher Fernand!.. Y a-t-il long-temps que tous êtes arrivés?
FERNAND. Moi, depuis quelques heures... Ma sœur, il n'y a qu'un instant.
SAUVIGNY. Et je n'étais pas là pour la recevoir... pour lui offrir la main!.. Je suis au désespoir.
FERNAND. Il n'y a pas de quoi.
SAUVIGNY. Si, vraiment.. J'avais ordonné au postillcn d'aller si vite, qu'il nous a versés... Une roue cassée, un cheval tué, deux heures de perdues... est-ce malheureux !
FERNAND. Pour le cheval.
SAUVIGNY. Pour moi, mon cher ami, pour moi qui espérais précéder ici madame de Varennes... J'ai si peu d'occasions de lui prouver mon amour, elle a tant de peine à y croire !.
FERNAND. Mais du tout... ma sœur est persuadée que tu l'adores... je le lui. ai dit, et elle a confiance en moi.
SAUVIGNY. Pourquoi alors ne pas se décider quand je lui offre ma main et ma fortune?
FERNAND. Pourquoi?., parce qu'elle a été malheureuse avec un premier mari qui
l'adorait, et qu'elle se défie des grandes passions et de leur durée... Elle craint que tu ne changes.
SAUVIGNY, avec chaleur. Moi, changer !.. On voit bien qu'elle ne me connaît pas... mais je ne change jamais: quand j'aime, c'est pour la vie... et je n'ai jamais aimé que ta sœur, c'est la seule.
FERNAND, froidement. ,îe le veux bien.
SAUVIGNY. Je le lui ai dit, je le lui ai juré, et c'est la vérité.
FERNAND. Tu me dis cela, à moi...
qu'est-ce que cela me fait?.. Tu es un brave garçon... c'est tout ce qu'il faut pour un beau-frère, et ma sœur t'épousera.
SAUVIGNY. Tu en es sûr ?. .
FERNAND. Je t'en réponds... Et si elle tardait trop à se décider, je t'enseignerai un moyen...
' SAUVIGNY. Lequel?
FERNAND. Ln moyen dont je viens de faire la découverte, et qui est d'un effet immanquable auprès des dames.
sauvigny, vivement.
Air Du partage de la richesse.
Ah! dis-le-moi.
FERNAND
De sa vertu secrète Il faut user sobrement, mon ami:
Et je pourrai te donner ma recette...
Mais quand je m'en serai servi.
Je veux bien que tu t'enrichisses De ce moyen, qui fera ton bonheur; Mais après moi... les premiers bénéfices Appartiennent à l'inventeur.
SAUVIGNY. C'est trop juste... Mais tu me promets?..
FERNAND. A une condition.
SAUVIGNY, vivement. Je l'accepte d'avance.
FERNAND. Un service à te demander.
SAUVIGNY. Est-ce de l'argent?., ma bourse est à tes ordres.
FERNAND. Eh ! non, vraiment.
SAUVIGNY, allant d la table.* Un bon sur mon caissier?., entre beaux- frères, on ne fait pas de façons...
FERNAND. Il ne s'agit pas de cela... plus tard, je ne dis pas, c'est possible... mais dans ce moment, ce n'est pas là ce qui me gêne... c'est un mari.
SAUVIGNY. Un mari?
FERNAND. Qu'il faut éloigner, et je compte sur toi.
SAUVIGNY. Moi, qui n'ai pas encore vu ta sœur ?
* Fernand , Sauvigny.
FERNAND. Elle est à sa toilette , et ne peut te recevoir; et d'ailleurs, ce n'est pas encore maintenant... c'est à quatre heures qu'il faut l'emmener.
SAUVIGNY. Et où ça?
FERNAND. Où lu voudras. . . Tu iras avec lui visiter les quais, la cathédrale, acheter de la gelée de pommes de Rouen...
cela te regarde.
SAUVIGNY. Mais ce mari, je ne le connais seulement pas.
FERNAND. Qu'importe? tous les maris se ressemblent... Et puis, celui-là a un avantage... c'est un notaire... On peut toujours lui parler de ventes, d'achat, de donnations...
Air: Vos maris en Palestine.
Tu peux broder sur ce texte : Un tel époux... c'est de droit , Ne veut pas d'autre prétexte ; Car au public il se doit...
Allons, tâche d'être adroit.
SAUVIGNY
Puis-je ainsi, je t'en fais juge, Aider à tromper un mari ?
FERNAND
Tu le peux encore aujourd'hui...
Jusqu'au moment où, transfuge, Tu passeras à l'ennemi.
Tiens... tiens, le voilà.