SCÈNE VIL CLOTILDE, puis FERNAND
un moment où elle se dirige vers la porte à droite, elle aperçoit Fernand qui entre , la coiffure et les vêtemens en désordre.
CLOTILDE. C'est lui!.. Encore ici!., et *j suis seule!.. Hâtons-nous.
FERNAND. Un seul instant ! . .
CLOTILDE. Comme il est défait!..
FERNAND. J'étais parti, madame, je m'étais éloigné de cette ville.. .
CLOTILDE. J'en étais sûre.
fernand. De cette ville, où une sœur chérie m'attendait.
CLOTILDE. Que dites-vous?..
FERNAND. Que je suis le frère d'Hortense de Varennes, de votre meilleure amie...
CLOTILDE. O ciel!.. Je vais la prévenir.
FERNAND, la retenant. C'est inutile...
ce n'est pas pour elle que je suis revenu sur mes pas... c'est pour vous, pour vous seule, que j'ai voulu revoir encore une dernière fois... Il est impossible, me suisje dit, que tant d'amour ne trouve pas pitié dans son cœur... Si elle me repousse comme ce soir, comme hier, comme toujours, eh bien! je m'éloignerai sans murmure, et elle n'entendra plus parler de moi... Cette fois, ma volonté sera forte, comme la sienne, et mon projet s'exécutera.
CLOTILDE. Je n'ose vous comprendre !..
Mais vous savez, monsieur, que je ne puis vous écouter, que mon mari...
FERNAND. Votre mari!.. Ah! voilà ce nom qui m'a exaspéré... ce nom qui tout à l'heure, après vos derniers refus, est venu se placer comme une barrière devant =e bonheur que j'avais rêvé... La seule emme que je puisse aimer, celle dont dépend mon avenir, je la vois au pouvoir d'un autre, et cet autre elle l'aime... car pour lui elle me repousse, elle me eonda- «ieàmourir... Cette pensée était affreuse... Alors je n'ai plus consulté que le désespoir... et le désespoir, madame, ne donne qu'un conseil, n'inspire qu'une résolution.
CLOTILDE. Malheureux ! . .
FERNAND. Que m'importe à présent une vie sans espérance et sans but?.. Ma vie, c'est vous... et vous ne voulez pas que je vive!
CLOTILDE. Calmez-vous, ayez donc un peu de raison... (A part ) Que lui dire ?.. {Haut et vivement.) Oh! tenez, je vous e?^
conjure, au nom de votre soeur (rai vous aime tant.
FERNAND. C'est aussi en son nom que, moi, je vous supplie... voulez-vous qu'elle n'ait plus de frère ?
CLOTILDE, à part. O ciel!. . cette pauvre Hortense... qui n'a que fui de famille... (Se retournant et voyant Fernand ouvrir la botte de pistolets qui était restée sur la table.) Monsieur que faites-vous!
FERNAND, qui a pris un pistolet. Votre silence est un arrêt...
CLOTILDE. Tout mon sang se glace!..
FERNAND, avec désespoir. Vous vouiez ma mort!..
CLOTILDE. Monsieur?..
FERNAND, de même. Vous l'avez prononcée !..
CLOTILDE, courant à lui. Mais pas du tout, mais au contraire !.. Car enfin, monsieur, que voulez-vous? que demandezvous?
FERNAND , se rapprochant vivement. Oh \ bien peu... rien qu'un nornent d'entretien,
CLOTILDE. Et mon mari que j'attends, qui va rentrer!
FERNAND Eh bien ! tantôt, dans cette salle, à quatre heures, quand votre roar sera sorti... je me charge de l'éloigner.
CLOTILDE. Eh! quoi!..
FERNAND. La promesse de m'entendre sans colère, voilà tout... Un amour coir. me le mien ne forme pas d'autre vœu.
CLOTILDE, à part. Il n'est pas trop exigeant... l'autre, l'ancien, demandait bien plus... (Haut.) A ce prix, consentez-vous à me remettre ces armes qui me font tant de peur?..
FERNAND. A l'instant.
CLOTILDE. Donnez. (Fernand s'avance pour lui présenter la boite avec tes pistolets. Clolilde recule effrayée.) Non! non! ne donnez pas... Fermez la boîte et portez-la vous-même dans ce secrétaire.
FERNAND. J'obéis... (// porte la boitt dans le secrétaire, et s'en éloigne. C loti/de court au secrétaire et le ferme.) Que faitesvous?
CLOTILDE. Moi, je le ferme, et j'en garde la clef. [Elle met la clef à sa ceinture.) Maintenant, je suis plus tranquille.
ENSEMBLE
Air de walse.
FERNAND
A ce soir!.. Douce espérance.
Qui met un terme à ma souffrance !
Ah! qu'ici l'heure s'avance
Au gré de mon impatience!..
MAGASIN THÉATLAL.
Songez bïen au serment qui vous lie , Et je vous en supplie Soyez au rendez-vous.
A ce soir , etc.
CLCTIIDE. Je iremis î car l'espérance Chez lui succède à la souiFrance .
Et déjà , lorsque j'y pense , L'effioi saisit mon cœur d'avance.
Mais pourtant ma promesse me lie, Et sa voix me supplie :
Hélas résignons-nous.
Je frémis, etc.
Elle entre dans la chambre à droite.
FERNAND, seul. A ce soir! elle y consent!.. Oh ! f excellent moyen ! C'est fini, je ne veux plus me servir que de celui-là... Les femmes ont pour elles les attaques de nerfs... il fout bien que nous ayons quelque chose.