‹ Être aimé ou mourir!Chapitre 13 sur 21 · BONNIVET, SAUVIGNY · texte numérisé non relu

BONNIVET, SAUVIGNY

BONNIVET. Que je vous regarde encore. .. Yous que nous avons tous pleuré à Bagnères de Luchon!.. vous dont le journal a imprimé le suicide et la mort bien constatée!.. C'est un miracle à crier partout.

SAUVIGNY, vivement. Au contraire!. . et je vous prie en grâce de ne point parler de cette aventure... ici surtout,

BONNIVET. Pourquoi donc?., un suicide par amour !..

SAUVIGNY. Raison de plus,.. Cela me perdrait... cela ferait manquer mon mariage.

bonnivet. Comment cela?

SAUVIGNY. Vous êtes un galant homme. . . un homme discret ?

BONNIVET. Un notaire... c'est mon état.

SAUVIGNY. On peut se fier à vous, et d'ailleurs vous m'avez toujours témoigné tant d'amitié... (Après un court silence.) Apprenez donc que lorsque je vous ai rencontré aux eaux de Bagnères... j'étais attaqué d'une maladie nerveuse qui avait produit sur moi une sensibilité si vive, que j'étais amoureux de toutes les femmes... une, surtout...

BONNIVET. Cette belle Anglaise?..

SAUVIGNY. Non.

bonnivet. La femme du médecin des eaux ?

SAUVIGNY. Du tout.

BONNIVET. Et qui donc?..

SAUVIGNY. Ça ne fait rien à l'histoire. BONNIVET. J'y suis... cette jolie comtes-

se.

SAUVIGNY. Si VOUS qu'inflexible et sévère

voulez... d'autant elle me traita avec tant de cruauté , qu'entraîné par le délire , le paroxisme de la passion. . . peut-être aussi par cette maladie nerveuse dont je vous parlais... j'avais pris la résulution d'en finir, mais une bonne et solide résolution... J'y allais franchement... Etle genre de mort que j'avais choisi, comme le plus en harmonie avec l'état de mes idées, consistait t me précipiter dans un de ces abîmes si

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fréquens sur les Pyrénées... Il y avait làdedans du grandiose.

BONNIVET. Oui... en extravagance.

SAUVIGNY C'est possible... Or donc; après avoir écrit à mon domestique, pour lui faire cadeau de mes effets et prier qu'on l'inquiétât personne à cause de moi... je me dirigeai vers le lieu adopté... C'était le matin... et, tout en marchant! déjà je me calmais... je me sentais refroidi... j'avais les pieds dans la neige et il faisait un vent de tous les diables.

Air : du Vaudeville de Turenne.

Mais arrivé sur le bord du cratère , Dont je sondais l'horrible profoudeur, Un mouvement involontaire Me fit reculer de terreur !..

Puis, je revins , honteux de ma frayeur... Mais de nouveau sentant mo n cœur s'abattre , Je reculai, les yeux troublés...

BONNIVET

Comment ! deux fois ?

SAUVIGNY

Parbleu! vous qui parlez, Je vous le donnerais en quatre !

Enfin ! bien malgré moi, et par respect humain, j'allais peut-être m'élancer les yeux fermés... quand tout à coup, dans la montagne, un grand bruit se fait entendre... C'était... devinez.

BONNIVET. Une avalanche ?..

SAUVIGNY. Non... Charles d'Avernais, un de mes amis, et quelques jeunes gens de sa connaissance. . . des artistes, des peintres, qui faisaient la chasse aux chamois... Ils riaient tant, ils étaient d'une telle gaîté, que je n'osais leur raconter mon histoire, de peur qu'on ne se moquât de moi... Et quand ils se mirent tous à crier : Viens avec nous, viens avec nous... je me dis : Je me tuerai tantôt, àmidi, aussi bien que maintenant! et même j'aurai plus chaud... Me voilà donc chassant des cha mois, courant dans les montagnes... perdant mon chapeau, mon mouchoir; et arrivant enfinau rendez-vous harassé etmourant de faim.

BONNIVET. Vous aviez faim?

SAUVIGNY. Je dévorais!., un appétit de chasseur, ou plutôt de revenant... car j'avais tout-à-fait oublié l'affaire principale... J'étais à cent lieues de mon abîme, et je me disais : Si le désespoir m'a permis de vivre trois heures et demie... j'irai bien à quatre, cinq, douze... et ainsi de suite... Dans ces cas-là, il n'y a que le i premier pas qui coûte. .. Voilà mon raison- ! uement, fe meilleur, sans contredite cme j

| j'aie jamais fait à mon usage... Maisleplas ! difficile n'était pas de revenir à la vie... j c'était de rentrer à Bagnères... Comment j m'exposer aux brocards, aux quolibet? „. | donner un démenti au journal?.. Et puis, aux yeux de celle que. j'aimais, comment me présenter vivant?., ce n'était pas possible... Aussi, prenant mon parti et une place dans la diligence de Tarbes, je revins à Paris, de là au Havre... où mon père me mit à la tête de son commerce... Et depuis ce temps , les sucres . les cafés, les cotons. . . j'ai été si occupé., ..

bonnivet. Que vous n'avez plus trouvé un moment pour vous tuer...

SAUVIGNY. C'est vrai.. Et puis, j'ai fait fortune... une belle fortune , ce qui distrait toujours un peu et donne d'autres idées... des idées de mariage.

BONNIVET. Je comprends... cette fortune, vous voulez maintenant l'offrira votre ancienne passion.

SAUVIGNY, Non... àuneautre...

BONNIVET, riant. De sorte que cet amour qui devait être éternel...

SAUVIGNY. Existe encore, plus ardent , plus brûlant, si c'est possible... C'est toujours le même... seulement il a changé d'objet.

BONNIVET. C'est le phénix qui renaît de sa cendre.

SAUVIGNY. Voilà. . . Une veuve charmante, adorable... mais, malgré mon amour, je n'ai pu encore obtenir un consentement formel .. elle se défie de moi et de ma constance.

BONNIVET, froidement. Elle a bien tort.

SAUVIGNY. Et comme elle est ici, dans cet hôtel, pour un jour ou deux , si vous vous avisiez de parler devant elle de cette malheuseuse histoire de Bagnères...

BONNIVET. Pauvre jeune homme!, soyez tranquille, je ne vous trahirai pas, et s'il faut même vous aider...

SAUVIGNY. Ah! monsieur! tant de bonté, tant de générosité ! après ce que j'ai fait!.. J'en ai vraiment des remords...

Car si vous saviez...

BONNIVET. Quoi donc?

SAUVIGNY, voyant la porte à gauche qui s'ouvre. Rien... C'est celle que j'aime, la voici avec son frère.

BONNIVET. Hortense de Varennes?

SAUVIGNY. Vous la connaissez?

bonnivet. C'est l'intime amie de ma femme.

sauvigny, avec effroi. De sa femme

ETRE Aillé BT MOURIR!

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