SCÈNE XVI
Les Mêmes, BONNIVET.
BONNIVET, s' élançant et retenant le bras ae Fernand quittent encore le pistolet. Jeune homme, qu'est-ce que ça signifie*!..
CLOTILDE, regardant sa main qui est enveloppée de noir. Qu'est-ce donc?., qu'estce que vous avez là?..
BONNIVET, Rien...
CLOTILDE. Mais si, vraiment!..
BONNIVET. Je te dis que non... Ma petite fille jouait tout à l'heure dans le jardin de l'hôtel avec un gros chien noir, et des hommes couraient en criant: « Garde à vous, il est enragé!» Je me suis élancé alors entre lui et mon enfant. .. il m'amoriu, c'était tout simple.
TOUS. Enragé! .
BONNIVET. Eh! non... fausse terreur...
car un instant après il a bu comme si de rien n'était.
HORTENSE. Mais vous l'avez cru...
BONNIVET. Ma foi, oui.
HORTENSE. Et malgré cela!.. Quelle générosité!., quel dévouement!
BONNIVET. Du dévouement !.. Ypensezvous?.. quad il s'agit de sa fille ou de sa femme!.. C'est comme pour soi... c'est presque de l'égoïsme.
FERNAND. Et vous qui ne voulez pas qu on expose ses jours?..
BONNIVET. Quand il le faut... c'est trop
Saurigny, Hortense, Fernand, Clotilofo.
i 'uste... Raison de plus pour ô'en abstenir, î quand iî ne le faut pas... Ah ! ça, dînonsnous?
CLOTILDE, avec attendrissement. Monsieur , vous êtes le meilleur des hommes.
BONNIVET. Tais-toi donc.
CLOTILDE, de même. Le meilleur des maris... et je vous aime comme jamais je ne vous ai aimé.
BONNIVET. Tu es bien bonne, et came fait plaisir... Ça m'en fera aussi de dîner... Moià côté de ma femme... Madame à côté de son prétendu, qui bientôt sera son mari... et tous ensemble, nous boirons aux bons vivans... [A Fernand.) Parce que, voyez-vous, mon cher ami...
Air: Quand on est mort , c'est pour long-temps.
«Quandonestmort,c'estpour long-temps,»
Disait Désaugiers, notre maître; Ce jour va naître Et disparaître :
Imprudens, -Profitez des instans.
TOUS
«Quand on est mort, c'est i our long-temps,» Etc. , etc. , etc.
BONNIVET
Qui donc vous pousse Vers le trépas ?
N'avez-vous pas Le Champagne qui mousse?
La vie est douce A caresser , Et sans secousse Tâchons de la passer.
Car, ici-bas, A chaque pas, N'avons-nous pas , pour abréger la vie , Peine , chagrin , Et médecin , Dont la voix crie A tout le genre humain :
-Quand on est mort,c'est pour long-temps • Disait Désaugiers, notre maître ; Ce jour va naître Et disparaître :
Imprudens, Profitez des instans.
«Quand on est mort, c'est pour long-temps » Etc. , etc. , etc.
FERNAND
Sur notre scène Que montre-t-on ï Viol, poison.
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Et Melpomène Chaque semaine Part pour la chaîne
De Brest ou de Toulon
Vers ostrogoths Et visigoths , Des noirs tombeaux Sur vous tinte la cloche; Sombre roman, Drame de sang , Votre heure approche ; Hardi ! donnez-vous-en !.. «Quand on est mort,c'est pour long-temps.,» Disait Désaugiers , notre maître.
Bientôt vous allez disparaître :
Ainsi donc , profitez des instans.
TOUS
«Quand on est mort, c'est pour long-temps» Etc., etc. , etc.
SAUVIGKY.
Levant la nuque, Le jeune Franc Traite gaîment Racine de perruque.
« O siècle eunuque , »
Disaient-ils tous , e Gloire caduque , s Qui va revivre en nous ! »
Ils le disaient, Ils l'imprimaient , Ils le croyaient...
E*, malgré leur mérite, Nul jouvenceau De leur tombeau Né ressuscite
Ou Molière ou Boileau...
«Quandon est mort, c'est pour long-temps,» Disait Désaugiers , notre maître.
Grands talens , Pour vous voir renaître , 1 1 nous faut attendre encor du temps.
TOUS
«Quand on est mort,c'esl pour long-temps,» Etc., etc. , etc.
CLOTILDE, au public.
Sur le qui vive , En cet instant.
L'auteur attend Son heure décisive ; Sa crainte est vive Il va savoir S'il faut qu'il vive Ou qu'il meure.ee soir...
Montrez-vous tous Clé mens et doux, E' que pour nous La critique traîtresse Reste à l'écart :
Point de brocard Sur notre pièce ; Ne l'immolez pas... car , «Quandon est mort,c'est pour long-temps- Mais grâce au public, notre maître, Que cet ouvrage qui va naître Soit long-temps Au nombre des vivans.
TOUS
«Quana on est mort,c'est pour long-tempi Etc. . etc., etc.