‹ Etrenne poétiqueChapitre 11 sur 37 · WALTHER · texte numérisé non relu

WALTHER

D'où venait-il? chacun l'ignore, Mais c'était un beau cavalier, On se disait , c'est un Chef Maure Ou de Malte un saint chevalier.

Il avait cette beauté pâle Que donnent la gloire et les pleurs ; Sa voix mélancolique et mâle Portait le trouble dans les cœurs.

Seul , et dans son dédain superbe Fuyant les hommes il allait-, Des jours entiers assis sur l'herbe Il regardait l'eau qui coulait, Et d'une voix lugubre et sombre Il répétait un nom tout-bas.

Il appelait, était-ce une ombre A laquelle il tendait les bras?

— ( M ) - Son aspect étrange et farouche

Eveillait l'amour et la peur ; Parfois la menace à la bouche Morne, le front plein de stupeur, Il errait triste et solitaire Comme un mort parmi les vivants , Courbé sous sa pensée austère , Ses noirs cheveux livrés aux vents.

Un jour la douce Clémentine L'aperçut superbe et rêveur , Son cœur bondit dans sa poitrine , Son front se voila de pâleur , Elle eut peur , comme la colombe Qui voit le féroce épervier , Frissonnant du froid de la tombe Tremblante , elle ne put crier.

Lui , sur la jeune infortunée Leva son œil noir et profond; Elle muette, fascinée Sous ce regard courba le front: Est-ce un hasard? à la même heure Ils se virent le lendemain , Puis un soir , loin de sa demeure , Pensif, il lui saisit la main,

Et lui dit : « 0 vierge ingénue , Fuis un malheureux réprouvé » ; Mais elle d'une voix émue :

« C'est triste que je t'ai rêvé! »

Et lui d'une main convulsive , Du lac en lui montrant les flots , Dit d'une voix rauque et plaintive Pleine d'amour et de sanglots :

■ 0 sais-tu qu'une loi fatale

« Donne la mort dans mon amour , « Que sur ma couche nuptiale « Jamais ne se lève le jour ;

■ Sais-tu que la vierge qui m'aime

< Meurt quand j'ouvre mes bras lassés, « Car sur moi gronde l'anathème « Et je fuis les cieux courroncés.

« Par pitié douce jeune fille , « Fuis , loin de moi porte tes pas , « Retourne au sein de ta famille , « Vers moi ne te retourne pas » .

Déjà par un effort suprême Triste , il abandonnait sa main , Mais elle, murmura: « Je t'aime!

« Qu'importe de mourir demain » .

Et soudain l'on vit sur les ondes Courir comme un nuage en feu ; On ouït les vagues profondes Mugir sous le souffle de Dieu ; Que se passait-il? on l'ignore, xYlais le lendemain sur les eaux Près du cadavre du Chef Maure Flottait un voile avec des os.

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