WALTHER
D'où venait-il? chacun l'ignore, Mais c'était un beau cavalier, On se disait , c'est un Chef Maure Ou de Malte un saint chevalier.
Il avait cette beauté pâle Que donnent la gloire et les pleurs ; Sa voix mélancolique et mâle Portait le trouble dans les cœurs.
Seul , et dans son dédain superbe Fuyant les hommes il allait-, Des jours entiers assis sur l'herbe Il regardait l'eau qui coulait, Et d'une voix lugubre et sombre Il répétait un nom tout-bas.
Il appelait, était-ce une ombre A laquelle il tendait les bras?
— ( M ) - Son aspect étrange et farouche
Eveillait l'amour et la peur ; Parfois la menace à la bouche Morne, le front plein de stupeur, Il errait triste et solitaire Comme un mort parmi les vivants , Courbé sous sa pensée austère , Ses noirs cheveux livrés aux vents.
Un jour la douce Clémentine L'aperçut superbe et rêveur , Son cœur bondit dans sa poitrine , Son front se voila de pâleur , Elle eut peur , comme la colombe Qui voit le féroce épervier , Frissonnant du froid de la tombe Tremblante , elle ne put crier.
Lui , sur la jeune infortunée Leva son œil noir et profond; Elle muette, fascinée Sous ce regard courba le front: Est-ce un hasard? à la même heure Ils se virent le lendemain , Puis un soir , loin de sa demeure , Pensif, il lui saisit la main,
Et lui dit : « 0 vierge ingénue , Fuis un malheureux réprouvé » ; Mais elle d'une voix émue :
« C'est triste que je t'ai rêvé! »
Et lui d'une main convulsive , Du lac en lui montrant les flots , Dit d'une voix rauque et plaintive Pleine d'amour et de sanglots :
■ 0 sais-tu qu'une loi fatale
« Donne la mort dans mon amour , « Que sur ma couche nuptiale « Jamais ne se lève le jour ;
■ Sais-tu que la vierge qui m'aime
< Meurt quand j'ouvre mes bras lassés, « Car sur moi gronde l'anathème « Et je fuis les cieux courroncés.
« Par pitié douce jeune fille , « Fuis , loin de moi porte tes pas , « Retourne au sein de ta famille , « Vers moi ne te retourne pas » .
Déjà par un effort suprême Triste , il abandonnait sa main , Mais elle, murmura: « Je t'aime!
« Qu'importe de mourir demain » .
Et soudain l'on vit sur les ondes Courir comme un nuage en feu ; On ouït les vagues profondes Mugir sous le souffle de Dieu ; Que se passait-il? on l'ignore, xYlais le lendemain sur les eaux Près du cadavre du Chef Maure Flottait un voile avec des os.
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