‹ Etrenne poétiqueChapitre 14 sur 37 · À MON AMIE LA COMTESSE ANGELINE MAGNOCAVALLO · texte numérisé non relu

À MON AMIE LA COMTESSE ANGELINE MAGNOCAVALLO

J'aime les doux récits du. villageois candide, Ils sont chastes et frais comme la fleur des champs, Ils n'ont point, il est vrai, l'art superbe pour guide, Mais ils sont simples et touchants.

Nous poètes naïfs, enfants, au cœur crédule, Nous prenons goût à tout : une étoile , une fleur , Une nuée au ciel, l'aube et le crépuscule, Tout est poésie et bonheur.

Nous lisons dans un livre où bien d'autres épèlent, Nous seuls nous comprenons ces arcanes charmants Où la nature et Dieu sous un voile révèlent Leurs suprêmes enseignements.

Sentir et raisonner sont deux diverses choses ; Je ne discute point, mon esprit ainsi fait Comme l'abeille va butiner sur les roses , Et de jouir est satisfait.

4e l'avoue , à des riens je prends un goût extrême : Je passerais un jour tout entier à rêver , A poursuivre un grillon, avoir, bonheur suprême! Dans leur nid deux oiseaux couver!

Je ne me plais qu'aux champs; le long de la journée J'aime à m'asseoir à l'ombre auprès des moissonneurs, Et lorsque du repos l'heure est enfin sonnée A rêver aux chants des faneurs.

Ils ont de doux récits et vous pouvez m'en croire ; Rose au vierge parfum la poésie est-là ; Poème doux et pur, simple et touchante histoire, Et qu'au cœur le cœur révéla.

Un soir l'été dernier , de brunes jeunes filles En liant les épis chantaient toutes en chœur , Elles formaient un cercle à l'ombre des charmilles, Et leurs voix me montaient au cœur.

• Aidons-nous, aidons-nous, telle est la loi suprême;

• Qu'un lien fraternel nous unisse entre nous ;

• Tout est facile alors qu'on s'entend et qu'on s'aime,

El le bonheur qu'on donne est toujours le plus doux »

Un jour le papillon lassé d'être volage

Voulut se marier, De ses ailes d'azur , de l'or de son corsage ,

Il se sentait tout fier.

Il croyait qu'à l'amour la beauté doit suffire ,

Et que jeune, amoureux, Il n'aurait qu'à vouloir, il n'aurait qu'à le dire,

Hélas pour être heureux î

Vers la prairie en fleurs, tout joyeux, tout en fête,

Il avait pris l'essor , Vers les vierges ses sœurs il agitait la tête

Et son corsage d'or ;

Une guêpe le vit, la guêpe est envieuse

Gomme tout ignorant; Elle courut à lui , puis , d'une voix mielleuse

Lui dit en soupirant ;

« A quoi sert d'être beau , d'être jeune , mon frère ;

« As -tu quelque trésor?

« A quoi te sert d'aimer, l'amour et la misère

« Vont rarement d'accord! »

Honteux en inclinant la tête Le pauvre papillon pleura; Pour lui plus d'avenir en fête, Plus d'amour, triste, il soupira.

Dans une goutte de rosée Il mirait son front consterné ; Et sa voix murmurait brisée :

» Mieux valait ne pas être né ! ! »,

Aidons-nous , aidons-nous , telle est la loi suprême ; Quun lien fraternel nous unisse entre nous; Tout est facile alors qu'on s'entend et qu'on s'aime, Et le bonheur qu'on donne est toujours le plus doux

Et les fleurs se disaient entr'elles :

« Il ne vient pas nous courtiser!

« Avons-nous cessé d'être belles, « A qui le miel de son baiser? »

Et le papillon triste et pâle Répondit : • 0 mes chastes sœurs, « Du bonheur une loi fatale « M'a nié toutes les douceurs.

La nature envain m'y convie , Envain une jeune beauté , Enchanterait toute ma vie De tendresse et de volupté, Je suis pauvre , à ma fiancée , Hélas ! je ne puis rien offrir î Je courbe ma tête affaissée , 0 mes sœurs, laissez-moi mourir!

- Frère , lui dit alors la rose virginale ,

« Dans mon sein je te logerai ; « Mon calice sera ta chambre nuptiale , « De parfums je l'embaumerai.

- Oh! dit le papillon, dans ta couche vermeille,

« La faim troublerait mes amours » ; < J'ai mon miel parfumé » , lui répond une abeille Qui butinait aux alentours ;

Le papillon joyeux dit : «A ma fiancée « Il faudrait un voile d'argent » ;

« Prends la coque que j'ai pour moi-même tissée A repris le ver diligent.

Aidons-nous , aidons-nous , telle est la loi suprême ; Qu'un lien fraternel nous unisse entre nous , Tout est facile alors qu'on s'entend et qu'on s'aime , Et le bonheur qu'on donne est toujours le plus doux .

« Mais , dit le papillon , cette fête splendide

« N'aura-t-elle pas de flambeau? »

« De mes feux brillants, fit le ver-luisant timide ,

« J'éclairerai ce jour si beau » ;

« Moi , reprend le grillon de sa voix vive et folle

« Je célébrerai ton bonheur » ; « Et mon chant, dit alors la cigale frivole,

« Peindra ton amoureuse ardeur » ;

« Et moi, dit la fourmi sage et laborieuse,

« Si je n'ai pas un gai refrein , « 0 mes pauvres enfants, pour la saison frileuse

« Pour vous j'amasserai du grain » .

« Aidons-nous, aidons-nous, telle est la loi suprême ; Qu'un lien fraternel nous unisse entre nous, Tout est facile alors qu'on s'entend et qu'on s'aime , Et le bonheur qu'on donne est toujours le plus doux > .

Et l'heureux papillon à sa jeune compagne

Étala ces riches présents; On goûte les bienfaits que la grâce accompagne ,

Et jamais ils ne sont pesants.

Ainsi le ver-luisant, l'abeille diligente, Le grillon caché sous les fleurs ,

Le ver laborieux , la fourmi vigilante , La rose aux brillantes couleurs,

Tous offraient de s'aider pour ces noces si belles ;

Pauvres et faibles aimons-nous , Car alors qu'on le doit à des mains fraternelles,

Le bonheur nous semble plus doux.

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