‹ Etrenne poétiqueChapitre 2 sur 37 · AU TOMBER DE LA NUIT · texte numérisé non relu

AU TOMBER DE LA NUIT

Hier, je traversais une rue animée, C'était fête , et chacun se pressait l'air joyeux ; Les chars légers volaient sur la roue enflammée, Les femmes souriaient d'un rire gracieux.

C'était l'heure où le bal appelle ses convives, Où la foule se presse au théâtre riant, Où l'orchestre frémit, où les danses lascives Tourbillonnent ainsi qu'un rêve d'Orient

Où l'or et les saphirs sur les seins nus ruissellent , Où la perle et les fleurs couronnent tous les fronts , Où les regards ardents de désir étincellent , Où la valse en courant trace d'obliques ronds ,

Où les femmes d'attraits et de grâce parées Promènent un regard superbe et triomphant, Où d'amour , de bonheur , de plaisir enivrées Elles rêvent, peut-être, à ce que Dieu défend.

Et je voyais courir cette foule oublieuse, Les couples amoureux passaient , passaient toujours ; Une vague rumeur insensée et joyeuse M'apportait les soupirs de ces vaines amours.

La musique sonore , harmonieuse et tendre , Le bruit des chars dorés , les chants des conviés, L'éclat resplendissant qu'au loin allaient répandre Les candélabres d'or , le parfum des trépiés,

Les arbres odorants s'enlaçant en portiques, En perles de cristal l'eau parfumant les airs , Les fontaines de feux aux reflets fantastiques Eblouirent mes yeux de leurs gerbes d'éclairs

Et, sous la voûte même où se donnait la fête , Près des piliers en fleurs où la cire brûlait, Sous les pieds des chevaux qui dressèrent la tête J'aperçus un objet informe qui roulait . . .

Malgré moi, je sentis un frisson d'épouvante, Vers un groupe en tremblant je m'avançai soudain : « Qu'est-ce? dis-je; Oh, me fit la foule indiférente, « C'est un pauvre qu'on vient de trouver mort de faim

Janvier 185&.

8998BS

Oh! non, ne lisez pas des livres corrupteurs f

Ils souillent les regards de l'âme ; Ils entraînent au mal comme ces séducteurs

Brûlant d'une impudique flamme.

Tant d'utiles écrits, tant d'ouvrages charmants

S'offrent à votre esprit avide ; Qui, de nobles pensers et de doux sentiments

Déroulent un tableau limpide !

Etoiles qui des cieux parsèment les splendeurs ,

Echos des harpes angéliques !

Poètes qui de Dieu révélez les grandeurs

Dans vos extases prophétiques , Hommes, qui des secrets inconnus aux mortels

Epélez au moins quelque chose,

Et dont l'esprit pressent les décrets éternels

Qui voyez Dieu dans une rose, Qui le trouvez encor dans les monts de granit,

Dans les cieux , dans la mer si belle, Dans l'étoile qui brille, et jusques dans le nid

Où couve la faible hirondelle.

Respirez ces parfums, — rejetez loin de vous

Ces vases de lie et de fange . . .

Il faut qu'on puisse lire un livre à deux genoux

Sous l'œil caime et pur de son ange.

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