SOI» PRESENT, SOST PASSE, SON AVENIR
CONSlDfl RATION s GËHËRÀLES.
^^ ARMi les lieux célèbres que l'on visite ■ dans l'ancienne Normandie, il n'en \ est assurément qu'un bien petit I nombre qui puisse le disputer à ' Ëtretat. Quels que soient ses goûts ses inclinations , quel que soit f l'attrait de son génie , le voyageur y trouve des objets dignes de son attention et des sujets d'étude aussi variés qu'abondants.
Observateur, il se complaît k ces tableaux de mœurs qui peuvent emprunter d'une plume élégante un charme inexprimable * . Ce mélange de religion et de galanterie, sorte d'héritage qu'ont transmis les chevaliers ; ces soirées si intéressantes qu'égaie, par sa chanson joyeuse,
' Un de nos écrlvaini le* plus ipirilaets s'est chargé de démontrer ce qae nous avançons. En 1831, M. Alphonse Knrr a passé sli mois ï Ëtrelat, et à son retour à Paris, il a donné an journal te Tempt nn eicellent Tetiillelon inr notre 'piehedti hareng (16 Janvier I83S); à la France MarUimt. nn charmant article sur les Maurs des populalimu tnarilimet en Normaiidie; et i la littérature contemporaine, deui romans intiiniés Vendredi loir et le Chemin le pliu court, qui «ont toute une peinture il'Éiretai.Ven ISSO il a encore publié, dans les Romans populaira tUutIrA, VHittùire de Rote et de Jean Duekemin. écrite par an« Te m me de nialelot.
son histoire romanesque, le bouffon du village, ou qu'épouvante et glace tour à tour la fable du revenant, de la béte qui court les rues, ou du lutin familier ; ces festins nautiques où le matelot noie, dans des flots du Bacchus normand, les soucis de la semaine, et laisse au fond des tonneaux sa pauvreté et ses malheurs ; cette fête des Rois, avec son gâteau, ses coulines et sa royauté de festin ; cette nuit de Noël où la vieille Mélusine quitte les bois pour courir les rues du village ; ce carnaval si gai, si folâtre, avec ses masques barbouillés, ses danses et ses chansons ; ces pains bénits couronnés de fleurs ; ces fêtes de patrons où la religion se trouve si originalement mêlée aux joies et aux festins ; ces prières sur TOcéan, où Ton répète tour à tour Thymne de Saint-Sauveur et le cantique de Notre-Dame ; ces pèlerins qui s'en vont le bâton à la main, chantant une complainte naïve, et reviennent chargés de coquillages en faisant retentir la côte du bruit de leurs conques joyeuses.
Naturaliste, il pourra étudier à la fois les phénomènes de la terre et des mers, et, rival de Dicquemare, élever une ménagerie marine où se rassembleront les huîtres, les moules, les crevettes, les crabes, les cancres, les chenilles, les mollusques, enfin les coquillages et les poissons sans nombre que nourrit VOcéan ; là, il observera à Taise les habitudes de ces animaux, leurs rapports, leurs goûts, les circonstance^ de leur reproduction, et il augmentera ainsi le domaine de la science icthyologique.
Botaniste, quelle immense collection de plantes aquatiques ne lui sera pas ofierte? que de conquêtes à faire parmi les herbes si pressées de nos vallées littorales et de nos falaises côtières I et quel vaste domaine que cette foule de végétaux que la mer ou les vents nous amènent ; car on sait que les vents, la mer et les fleuves sont les grands véhicules dont se sert la nature pour
transporter ses productions» et c'est un objet digne de la philosophie que l'observation de ces colonies de plantes, qui voyagent par flottes le long des rivières ou de l'Océan, et que de temps en temps les vents jettent sur la grève, afin d'en peupler les différents rivages.
Géologue, il dira de combien de révolutions cette terre a été le théâtre ; il comptera, s'il le peut, les innombrables alluvions qui ont formé les lits de sable, d'argile et de silex qui composent aujourd'hui le sol d'Étretat ; il dira par quelles étonnantes catastrophes la rivière qui coulait jadis à pleins bords dans ce vallon fertile s'y trouve aujourd'hui si profondément ensevelie. La coupe de nos majestueuses falaises, de nos belles aiguilles, de nos grandes arches lui fournira d'utiles observations et de savantes recherches. Un homme, dont le pays s'honore, a indiqué au monde les richesses que nous possédons en ce genre. Que le géologue vienne donc sur les pas de M. Passy étudier ces pyramides de craie, ces arches que les flots ont formées, phénomène unique en Europe, si l'île de Wight n'existait pas.
Antiquaire, il trouvera dans les plaines et dans les gorges qui environnent Étretat cette riche moisson de faits archéologiques qu'offrent partout les côtes de la Normandie. Une voie romaine, des ferrières exploitées au temps des Césars, des vases d'argent dédiés à Mercure, des poteries à relief, des urnes remplies d'ossements, des médailles consulaires et impériales, des bains, des hypocaustes, des galeries, des villas, un aqueduc de plus de 3,000 mètres de longueur, voilà pour les amis de l'antiquité romaine. Des chapelles carlovingiennes, la trace du passage des saints, de vieilles carrières rebouchées, des maladeries, des sentes lépreuses, des barrages maritimes, de vieux fossés, des mottes féodales, des forts et des châteaux ruinés, et surtout une belle église ogivale et cintrée, pro-
digieux enfant de la ferveur monumentale du xii® siècle, voilà pour les admirateurs du moyen-âge.
Si le projet conçu par Lamblardie et décrété par Napoléon était jamais mis à exécution , Étretat présenterait l'aspect d'une nouvelle Herculanum, Figurez-vous des légions d'ouvriers armés d'une bêche et fouillant la vallée, à plusieurs mètres de profondeur, afin d'y creuser des bassins pour les vaisseaux de guerre, qui peut dire alors toutes les maisons ensevelies, toutes les constructions englouties par l'alluvion, que la pioche des terrassiers ferait revivre. Si de nos jours on ne peut ouvrir la terre sans rencontrer le sol romain avec ses huîtres, ses moules, ses vases, ses médailles et ses tuiles à rebords, que serait-ce si l'on enlevait une à une toutes les couches, toutes les assises déposées périodiquement par les eaux? Alors on pourrait assister à l'exhumation d'une ville entière. Faisons des vœux pour que cette double opération se fasse bientôt pour l'amour des anciens et pour la gloire des modernes.
Mais il est surtout une sorte d'hommes pour qui Étretat présente un attrait tout particulier; ce sont les peintres, les poètes et tous ceux qui manient la plume ou le crayon. En effet, est-il rien de plus pittoresque que nos grandes falaises, hautes comme des cathédrales, découpées comme de vieilles tours crénelées, élancées comme des clochers ou croulantes comme des abbayes en ruines. La mer avec ses caprices, le ciel avec ses teintes variées, le paysage avec son austère mélancolie, les humbles chaumières nichées au pied de gigantesques collines, les frôles barques portées par les bras des pêcheurs ou renversées en caréné sur la plage ; tout cela peut et doit inspirer mille de ces tableaux divers et variés dont le public ne s'est jamais fatigué depuis trente ans. Etretat est une mine inépuisable de peinture ; c'est une vraie Cali-
fornie pour Talbuin des artistes ; aussi ils n*y font pas faute dans la belle saison.
Chaque été on les compte par centaines, depuis 4820, époque où Isabey commença k exploiter Étretat pendant six mois. En 48213, MM. Osterwald et Eyriës, dans leur bel ouvrage sur les côtes de la Normandie, fondèrent pour toujours sa réputation pittoresque. Ce fut à un tel point que, en 4824, la duchesse de Berry, allant par mer du Havre à Fécamp, voulut descendre à Étretat ^ ; mais rheure de la marée ne lui permit pas de visiter un village sur lequel ne s'était jamais arrêté un regard de prince.
Je me trompe, les princes de la peinture et du feuilleton, qui sont aujourd'hui les rois de Tintelligence, se plaisent à Étretat. Là, ils écrivent ou ils dessinent à leur aise. Jamais les sujets ne manquent à leur inspiration. Aussi il n'est pas d'atelier où l'on ne rencontre une vue d'Étretat, pas d'exposition où ne figurent quelques-uns de nos rochers, pas de marchand d'estampes qui n'en possède des épreuves dans ses montres ou dans ses cartons. Des voyageurs en ont rencontré en Italie et aux États-Unis, dans l'ancien comme dans le nouveau monde.
Les artistes et les littérateurs vont plus loin, ils songent maintenant à se fixer à Étretat, à y choisir une maison de campagne 2. Les chemins de fer ont rendu ce village un faubourg de Paris, et les feuilletons en ont fait un pays à la mode. On commence donc à s'y établir, et de ce jour une nouvelle ère brille pour lui. Les artistes seront suivis par de paisibles propriétaires; les agitations des dernières années, les inquiétudes des grandes villes, les angoisses inséparables d'un régime nouveau, les frayeurs
' Voyage de S. A. R. Madame la duchesse de Berry en Normandie, en 1824, par Pihan de la Foresl.
' MM. Lepoitcvin, Anicet Lebourgeois, Dennery, de Montépin, Massol, Meurice, Dorus, M'"' Dorus-Gras, elc.
soudaines qui, comme des vapeurs, s'élèvent de temps en temps des palais de Tindustrie, ont épouvanté de pacifiques rentiers et leur ont inspiré Tidêe de se jeter à Étretat, Thébaïde moderne, vrai sanctuaire du silence et de l'oubli, asile suprême du calme et de la paix. Si jamais la paix devait quitter le monde, elle porterait ses derniers pas sous le chaume des marins d'Étretat, dans cette gorge normande assise entre deux'rochers de la Manche.
us NOM B'ÉTRBTÀT. — SON ORTHOGRAPHE. — SON ÉTTM0L06IB.
Commençons par bien établir l'orthographe du nom d'Étretat. Les anciens titres, tels que les chartes du Vallasse, de Fontenelle et de Fécamp, les rôles de l'Échiquier et les bulles des papes écrivent Estrutat. C'est le texte du Neuitria pia ^ et du Pouillé d'Eudes Rigaud ^ ; mais Dugdales, dans son MonasHcon Anglicanum, met Estrutart '. Cette dernière version est aussi celle que M. Léchaudé d'Anîsy a suivie dans la publication de ses Rôles normands sous les rois d'Angleterre ^, Cependant une bulle d'Innocent III, à l'abbaye de Montivilliers, en 4203, dit Estreîat ^. Enfin un cartulaire du Vallasse, du xvi« siècle 0, et un cartulaire de Fécamp, du xni« 7, disent l'un Eiistretat et Estrutat, l'autre Estrutart, Estrudard, Estructat et Estrutat.
Dans des temps plus rapprochés de nous, nous ne trouvons pas moins de variantes et de fluctuations. V Atlas de Gérard Mercator, imprimé à Amsterdam, en 46218, di-
■ Neuslria pia, p. Stftf .
' Copie d*Ange Godin, aux archives de la Seine-Inférieure.
* Monas. Anglie,, t. u, p. 994.
* Mém, de la Soc. des AnUq. de Nor., t. xv, p. 48.
^ Copie du XVIII* siècle, dans V Antimoine da caré de RoaeUes.
* Aui archives départementales.
^ A la bibliothèque publique de Rouen.
sait Eêtrefal ou Estretal. Comme le répétait Tassin, ingénieur du roy, dans ses Plans et profils de toutes les principales villes et lieux considérables de France, ensemble les cartes générales de ckascune province, etc. , publiés en 4 634 . Cette version est répétée en 4 666 par Guillaume Brasseur, sieur de Beauplan i, en 4669 par Bouton et Delacroix 2, et en 4 766 par Denos, dans sa Carte du gou-vernement général de la Normandie. Ce nom d'Estretal, écrit aux archives de Fécamp, est encore répété aujourd'hui par beaucoup d'habitants de nos campagnes, et il paraît être le plus vrai et le plus ancien.
Plusieurs anciens géographes ont écrit Ëstretot. De ce nombre est François Ranchin, dans sa Description de VEwrope, en 4 643 ; Salomon Rogers, dans sa Description du païs de Caux, qui date du milieu du xvii® siècle ; Guillaume Blaeu, dans son Normandia Ducatus, gravé vers 4630 ; le célèbre Sanson d'Abbeville, dans sa Carte du durché et gouvernement de Normandie, en 4650 et 4667, et enfin les Cartes du duché de Normandie, publiés à Paris, par Jaillet, en 4669, et par Nolin, en 4694. Mais la terminaison en tôt est évidemment une corruption. Nulle part elle ne se rencontre ailleurs que chez ces géographes et dans tout notre pays de Caux, où la désinence tôt est commune, on ne la trouve pas une seule fois dans une vallée, toujours elle est dans la plaine ou sur les hauteurs. A partir de 4700 les géographes écrivent généralement Estretat, témoin la Carte particulière du diocèse de Rouen, publiée par Frémont, de Dieppe, en 4744, et revue par Dezauche, en 4785 ; la Carte réduite de la Manette, dressée en 4766 par Belin, par ordre du ministre Choiseul; les
Cartes de la Normandie, rédigées par Delisle, en 4746, et
* ^ Carte générale de la Normandie.
' Carte du gouvememenl des ville et citadelle du Bavrc-de-Gréce, dédiée à *M. de Saint-Aignan.
par Duperrier, en 1780. Tous les manuscrits, tous les imprimés du dernier siècle disent de même ainsi que Jes * archives de Téglise qui remontent jusqu'au xvi« siècle.
Ce n'est que depuis la division départementale de 1790, que Ton écrit Étretat. Les Essais de Noël de la Morinière, publiés en 1795, et le recueil hydrographique intitulé les Côtes de France, d'après les plans levés en 1776 par MM. Lacouldre de la Bretonnière et Méchain, publié en 1 792 pour le service des vaisseaux de la République, sont peut-être les premiers ouvrages sérieux où cette orthographe est définitivement consacrée. Ce village a donc fixé son nom à l'origine de la France moderne.
Maintenant que signifient ces mots A'Estretot, Estretat ou J?5«retoi ? Suivant le bénédictin Duplessis et M. Guilmeth, qui le copie littéralement, ce nom viendrait de West, Wester ou Oistre, signifiant ouest ou couchant et de tût, hameau, d'où Estretat le hameau du couchant.
Nous différons de sentiment avec ces Messieurs, sans toutefois tenir le moins du monde à notre interprétation . Étretat, selon nous, pourrait signifier le bout de la voie, ou le marché de la voie, stratœ talu^, et nous motivons ainsi notre interprétation : Le mot latin strata signifiant voie perrée a^'été traduit généralement en français par être; Etréville, stratœ villa s Etrécauchie, strata cakeia; Etrépagny, stratœ pagus, le bourg de la voie ; Etreham, sPratœ hammu^s, le hameau de la voie, locu^s in vid regid positu^, dit Adrien Valois. Maintenant tal pourrait signifier tout à la fois marché ou extrémité. Court de Gébelin tire du celtique tal le verbe étaler et les étaux des bouchers. Du mot tal, signifiant extrémité, on fait venir le mot talon, extrémité du corps humain.
Mais hâtons-nous de sortir du royaume des conjectures et des tâtonnements, pour nous placer sur le terrain de l'histoire et des réalités.
LÀ VOIE ROMAINE. — LE BARRAGE LITTORAL. — LA TOURi
D*Anville, dans sa Notice swr l'ancienne Gaule ^, avait soupçonné une voie romaine partant de Lillebonne et se terminant au bord de la mer, à Oistretat, qu'il conjecturait, avec raison, avoir été un port et une station au temps des Romains. De nombreuses chartes font mention de cette ancienne chaussée, que nous avons suivie pas à pas depuis la Seine jusqu'à la mer. Nous croyons avoir démontré son existence dans un Mémoire sv/r les voles romaines de l'arrondissem>ent du] Havre, inséré dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie 2. Le Neustria pia cite cette chaussée à propos du Vallasse, à l'endroit où elle longeait les confins de la châtellenie de Thiboutot et la paroisse de Gerville ^ ; les anciennes cartes de Normandie ne manquent pas de retracer cette voie de Lillebonne à Étretat. Citons de ce nombre la Carte de Normandie, publiée en 1716, par Guillaume Delisle, celle des duché et gouvernement de Normandie, dressée sur les mémoires les plu^ nouveaux, et éditée à Paris par Crespy, en 1767, et enfin la Carte de la Normandie, donnée par Duperrier, en 1780. Toutes trois marquent un grand chemin entre Lillebonne et Étretat, devenus alors deux obscurs villages.
Malgré les nombreuses destructions opérées par Tagriculture, aux Loges, à Goderville et à Bordeaux, la voie est encore bien reconnaissable au Marché-aux-Raies, près
' In-4^, Paris, 1760.
^ Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. iiv, année 1845.
' Neuslria pia, p. 853.
Gerville, à la chaussée de Bretteville et a celle de Bréauté. Tout déchu qu'il est de son antique splendeur, ce chemin est encore salué, par tous les habitants des campagnes, du titre de Chemin de César, De vieux contrats rappellent la Chaussée de la reine Brunehaut, nom patronimique de toutes les vieilles routes de la France septentrionale, dernier souvenir de cette reine mérovingienne qui a fait réparer tant de voies romaines dans les provinces du Nord.
Le voyageur qui abordait Ëtretat , venant de la mer, devait être frappé par un spectacle différent de celui qu'avait contemplé le soldat romain du haut de nos collines. Aux yeux du marin se présentait un énorme barrage qu'il lui fallait franchir par la porte de la mer.
n fut un moment où l'antique pays des Calètes, protégé dans ses vallons par de hautes murailles, et sur ses côtes par une chaîne de rochers gigantesques, présentait une image de l'empire chinois, que défend, du côté de la Tartarie, un boulevard d'une immense étendue.
A quel temps faire remonter ces barrages généralement arrasés? C'est ce qu'une longue étude pourra seule nous apprendre. Il me paratt malaisé d'attribuer ces maçonneries aux Romains, quoique les bons systèmes de fortification soient de tous les pays et de toutes les époques. Leur assigner le temps de Charlemagne est l'idée la plus naturelle qui se présente à Tesprit; mais pour être la plus naturelle, cette idée n'est peut-être pas la plus vraie, et ici l'antiquaire fera bien de laisser reposer sa tête sur l'oreiller du doute. En attendant le mot de l'énigme, signalons les lieux où nous avons reconnu ces singuliers travaux de défense.
Lamotte, dans ses Antiquités d'Harfieu/r, dit que la Lézarde était barrée par une muraille de dix-neuf cents pieds de longueur. L'origine qu'il donne à cette fortification est aussi étrange que fabuleuse. Les murs qui fer-
ment le vallon de Bruneval sont encore appelés les Forts, Fécamp montre de grosses murailles dans le quartier des Corderies et du Batifol. Saint-Valery a conservé ses murs et ses tours jusqu'en 1825. La rue des Remparts a perpétué le nom de cette vieille chatne de murailles. Dieppe était muré dans toute la traverse de la vallée. Ces murs indestructibles étaient beaucoup plus épais au xii*' siècle, d'après les chartes du Cueilloir. Les moines de Fécamp avaient barré la vallée de la Durdent, et à Yport, à Yeules, à Belleville-sur-Mer, à Criel, les traditions mentionnent des ruines que les yeux reconnaissent parfaitement à l'embouchure de l'Yère. MM. Pinel ^ Fallue 2 et Emmanuel Gaillard ont cru reconnaître des barrages jusque dans les vallées des bords de la Seine.
Des tours rondes échelonnaient, autrefois, ces, chaînes de murailles qui barraient nos vallées maritimes. Le Havre avait à l'entrée de son port les tov/rs du Vidame et de François /«'; Fécamp et^Saint-Valery en possédaient d'analogues ; Harfieur nous a laissé voir, il y a douze ans, les fondements de sa vieille tour des Galères; les galets des bouches de l'Yère n'empêchent pas de reconnaître la base circulaire de tours existantes sous Louis XIY. La plage de Dieppe garde encore ses trois tours, bâties en 1744, pour asseoir les batteries de la plage. Étretat montre aussi sa vieille tour ronde, jadis couronnée d'une plate-forme avec les pieds noyés dans le galet. Ce système de tours circulaires paraît avoir traversé la mer et passé jusqu'en Angleterre , car dans la vaste baie de Pevensey nous avons compté plus de trente tours rondes, placées à un kilomètre de distance, pour défendre la plage contre une nouvelle descente des fils de Guillaume-le-Conquérant.
* Essaie archéologiques el physiques sur Us environs du Havre* Havre, Faare, 1824.
' Travaux militaires des bords de la Seine eldela rive saxonique.