‹ Étude anatomique de la famille des ménisperméesChapitre 1 sur 4 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En nous proposant de faire l’élude de la famille des Ménispermées, notre but n’est pas de reprendre l’examen de toute une classe de végétaux dont les caractères ont été maintes fois signalés. Nous n’avons pas non plus la prétention de donner de nouveau une description des 100 espèces environ<juerenferme cette famille. Notre plan est plus modeste et plus moderne. Sans vouloir modifier les opinions que nos maîtres en botanique ont émises sur les rapports qui relient ou éloignent chaque espèce, tentative qui ne pourrait se faire fructueusement qu’avec une connaissance plus étendue de la flore intertropicale, nous nous sommes réduit à l’examen de quelques types de la famille des Ménispermées et nous nous sommes attaché à ceux qu’une anomalie dans la structure rendait particulièrement intéressants.

On a vu de nos jours s’ouvrir pour la botaniijue un nouveau champ d’explorations éclairé par une idée vraiment féconde. Nous voulons parler de l’anatomie comparée servant à la classilication naturelle. La connaissance des tissus n’a pas la prétention de remplacer les méthodes de classilication des végétaux, méthodes qui, reposant sur les caractères

naturels, sont d’une indiscutable utilité; elle vient au contraire lui apporter son appui. Car la connaissance histologique de tous les organes des plantes en augmentant le nombre des éléments de comparaison, offre un plus grand nombre de moyens de classification qui ont déjà été mis à profit pour un certain nombre de familles.

Pour faire un travail absolument complet il eût fallu pouvoir étudier chaque végétal dans toutes ses parties, et de cette somme énorme d’observations tirer des conclusions générales.

Ce travail n’était guère possible pour des végétaux, que. trop souvent nous ne possédons qu’à l’état de dessication dans les herbiers. Nous avons dû limiter no.re étude à quelques types, surtout à ceux qui ont quelques rapports avec la science pharmaceutique. Heureux si nous pouvons, dans la mesure de nos forces, apporter une pierre à l’édifice toujours en progrès de la botanique et rendre par suite, service à la matière médicale et à la pharmacie.

Le plan de ce travail sera des plus simples. Après avoir donné un historique détaillé concernant les travaux publiés sur la famille, au point de vue spécial de l’anatomie, nous donnerons en quelques mots les caractères généraux des Ménispermées. Nous en ferons ensuite l’étude anatomique, tribu par tribu, en étudiant dans chacune d’elles un type auquel nous comparerons les différentes espèces étudiées.

historiqüï:.

Nous n’avons pas à faire ici l’histoire de la famille des Ménispermées, bien qu’il eût été intéressant de suivre à travers les âges l’ordre dans lequel les végétaux de cette famille se sont présentés à l’attention des botanistes (1), et de faire voir les différentes étapes que la science a parcourues dans la détermination botanique des espèces utiles à l’industrie de l’homme comme la coque du Levant (2), ou à l’art de guérir comme la racine du Colombo ou le Pareira brava. Notre cadre ne renferme pas cette étude historique et nous devons nous borner à passer en revue les travaux des différents auteurs qui se sont occupés des Ménispermées au point de vue de leur structure anatomique.

Les anomalies des tiges de ces végétaux, anomalies dont les variations de détail d'un genre à l’autre n’altèrent pas le type général d’organisation histologique, ont attiré depuis longtemps l’atten-

(1) Ce fut Tournefort qui détermina le premier les caractères du genre Menispermum.

(2) Avicenne et d’autres auteurs arabes mentionnent celte drogue comme ayant la propriété d’empoisonner les poissons.

Tbn Baytar, au xiti" siècle, avoue cependant ne pouvoir indiquer la nature de cette substance. -

tion des observateurs ; sous ce rapport, Lindley voulait séparer les Ménispermées des végétaux exogènes, tout en leur reconnaissant de grandes analogies avec les Aristolochiées. Ce fut vers 1830 « que Gaudichaud, après avoir parcouru quelques « régions du nouveau monde rapporta en France « une grande collection d’échantillons de tiges de « lianes intertropicales. Depuis lors les botanistes « français et étrangers qui s’occupaient des tiges « des plantes à structure anormale, se sont mis à « observer plus particulièrement la formation « curieuse des différents centres ligneux et les « diverses autres anomalies que l’on trouve dans « les tiges des lianes » (1).'

En 1833, Decaisne, alors aide-naturaliste au Muséum, publia dans le premier volume des Archives du Muséum, un mémoire sur la famille des Lardizabalées, mémoire présenté le 4 septembre de la môme année à l’Académie des Sciences. En étudiant le petit groupe des Lardizabalées, il y a observé des modifications de structure nombreuses et importantes qui l’engagèrent à en constituer une famille distincte des Ménispermées, et pour faire voir la marche que l’accroissement ligneux suit dans cette dernière famille, il eut le premier l’idée de prendre comme point de comparaison un jeune rameau de l’année de Menispermum canademe lors-

(1) Netto. Sur la structure anormale des tiges dos Lianes. (Ann. des Sc. nat. Bot.-4' série, t. XXI, 1869).

que le tissu est encore herbacé. Il vit que cette tige présente l’organisation générale des Dicotylédones, mais qu’au bout de 2 ans apparaît une modification.

D’abord absence de couches annuelles ; mais il y a un allongement de chaque faisceau vasculaire dont la forme obovale est plus prononcée. Ces faisceaux ne se dédoublent pas, et l’accroissement se continue indéfiniment sans que le nombre des faisceaux soit augmenté ; il est facile de voir que cet accroissement se fait parla partie externe à laquelle vient s’ajouter chaque année une formation non interrompue de nouvelles fibres entremêlées de vaisseaux, tissu dépourvu de vaisseaux spiraux.

On distingue encore à la partie extérieure des formations primaires des fibres disposées en demilune que l’auteur prend pour du liber. On sait qu’à cette époque les fibres étaient considérées comme une des caractéristiques du liber. Conséquemment le liber était considéré comme un cambium qui donnait naissance à du bois; cette conviction erronée fait affirmer à Decaisnc que le liber manque dans les faisceaux de formation secondaire et tertiaire, et que le liber du premier cercle de làisceaux reste stationnaire.

Decaisne observa le même mode de développement dans le Coceulus laurifolius. Nous reviendrons sur cette étude quand nous parlerons nousmême du CoeculiiH laurifolius. Comme dans le Menispermum miiadeuse l’auteur se contente de constater l’anomalie sans lui chercher une origine.

M. Trécul (1) eut l’idée de rechercher l’origine de ces formations et l’explication qu’il en donne marque un progrès dans la découverte delà vérité. Il reconnaît qu’il s’est formé dans la couche utriculaire la j)lus jeune de l’écorce, c’est-à-dire dans la plus profonde un cloisonnement dans les cellules, et que renseml)le de ces divisions intracellulaires a produit un méristème.

M. Uadlkofer (2) reprit en 1858 l’étude de l’accroissement anormal des Ménispermées, sur les conclusions de Decaisne. Il reconnaît avec lui (|ue les couches concentriques ne peuvent être comdarées aux couches annuelles, ni aux couches concentriques de prosenchyme des Protéacées, des Chénopodées, etc , que le développement des Ménispermées est sui yeneris, et que l’activité de chaque méristème ne dure ([ue (|uelqucs années. Si le travail de Decaisne nous éclaire sur bien des jtoints, il no nous dit pas comment le nouveau cambium se produit dans le parencliyme cortical, et comment les cellules allongées du cambium résultent des cellules courtes de ce parenchyme en dehors du jtremier cercle do faisceaux vasculaires.

Raldkofer reproche à II. Gruger d’avoir admis, sans observation suftisante, qu’il a dû y avoir là

(1) Ann. Sc. nat. série 3, T. XIX, 21)5, 1853.

(2) Rur l’accroissement anormal do la lige dans les Ménispermées. (Flora 1858 et Ann. Sc. nat. Dot. 4* série, t. X., p. IfR).

une formation intercellulaire, opinion qui n’est qu’une jmésomption ; et reconnaissant comme inadmissible et inexacte l’idée émise par M. Scliaclit (1), d’une fusion de cellules superposées en une seule, par résorption des cloisons transversales, il reprend à son tour l’étude du Cocculus laurifoUus et nous fait assister à la naissance du méristème dans un tissu amylifère. Pour faire comprendre ce phénomène, il entre dans de longues explications détaillées sur ce processus particulier, bien connu aujourd’hui et sur lequel nous n’insisterons pas.

Le travail de Radlkofer, qui témoigne d’une persévérante et sagace observation, nous apprend comment se forme le méristème qui doit former des faisceaux libéro-ligneux, mais nous no savons pas encore Sous quelle influence.

M. Niigeli (2) regarde les Ménispermées comme le type des Dicotylédones, ])Ossédant.dans le prosenchyrae des zones successives et limitées de cambium. Il précise exactement le point de départ du développement anormal. L’endoderme d’un végétal de 3 à 4 ans devient générateur et donne naissance à un méristème. Les cellules se divisent radialement par voie de division centripète et tangentiellement;

(1) âchacht([L) (Manuel d’anatomie et de physiologie végétales, 1859).

(?) Nagcli. Uober das Wachsthuni des Stammcs und der Wuvzcl bei den Gefasspflanzen (lieitrage zur Wiss. Bot. 1858).

ce méristème se différencie extérieurement en un anneau continu de fibres jaunes sur quatre rangs. Le reste des cellules se différencie dans le même sens en parenchyme scléreux qui a pour origine une écorce secondaire. Mais la sclérose ne se fait pas uniformément. La troisième rangée, par exem- (de, garde ses parois minces et conserve son protoplasma. Quand la sclérose a presque rejoint l’endoderme, cette rangée devient génératrice à son tour et [iroduit un méristème tertiaire presque exclusivement centrifuge, qui donne de place en place un cercle régulier de faisceaux libéro-ligneux, tandis que l’intervalle donne des rayons de parenchyme scléreux. Quand cet arc générateur cesse d’être actif, il se forme un nouveau méristème centrifuge dans la couche la plus interne de la zone non sclérifiée, et toujours ainsi jusqu’à épuisement des zones non encore épaissies.

Ce développement compliqué se trouverait peutêtre dans d’autres végétaux, mais n’a été nulle part étudié avec le même soin.

La structure des tiges des Ménispermées a été encore étudiée par : Griflith, H. Mohl, Eichler; mais comme ces auteurs n’ont rien ajouté de particulier à ce que nous venons de relater, nous croyons devoir borner ici notre aperçu historique etmentionner seulement les observations de M. Bâillon (1). 11 ra[)portela confirmation que MM. J. Hooker

(1) Histoire des plantes, tomelll., 1852.

et Thomson ont donné des faits qui ont été exposés. Ces auteurs ont constaté de plus que la structure des types les plus voisins peut différer autant que l’organisation histologique est parfois la même dans les genres les plus éloignés les uns des autres. La moelle, disent ces auteurs, peut former depuis -i jusqu’aux J de l’épaisseur de la tige, et le nombre des faisceaux ligneux varie d’une douzaine à soixantedix. Ils sont formés de fdjres ponctuées, mélangées de vaisseaux. Les faisceaux libériens sont plus ou moins écartés les uns des autres, et leur coupe transversale représente un croissant plus ou moins arqué ; mais ils peuvent aussi être confondus en une zone continue.

Enlin, aux caractères qui précèdent, M. Bâillon en ajoute trois qui avaient été complètement passés sous silence dans l'étude des tiges des Ménisperniées. La zone qui enveloppe la moelle présente parfois des caractères [)articuliers. Outre qu’elle est souvent verdâtre, et d’un tissu serré et dense, comme il arrive fréquemment pour les couches profondes du parenchyme cortical, et pour les rayons médullaires auxquels elle fait suite, cette zone est dans les Ménispermées formée d’éléments allongés, résistants, intermédiaires pour les caractères extérieurs aux fibres et aux cellules de parenchyme. En second lieu il signale la présence de vaisseaux laticifères dans les faisceaux libéro-ligneux des Anamirta. Troisièmement il distingue

ilana les Anainirta, les Menùpermiim et dans beaucoup d’autres genres du même groupe deux espèces de cellules dans la moelle adulte : les unes molles et pleines de gaz dans leur \deillesse, les autres isolées ou réunies en petits îlots et sclérifiées.

M. J. Yesquedans son mémoire (l)a présenté des observations anatomiques sur les feuilles de quelques-uns des végétaux qui nous occupent; nous en parlerons à mesure que nous nous rencontrerons avec le savant histologiste.

11 semble, après ce qu’on vient de lire, (ju’il ne reste plus grand chose à dire. Les études signées de grands noms botani([ues paraissent avoir épuisé le sujet. Toutes les ])arties de la question n’ont cependant pas été traitées. Gomme on a pu le remarquer, l’attention jusqu’ici avait été attirée seulement sur la tige et sur les anomalies que l’on y rencontre, tandis qu’on laissait de côté la structure des racines.

Les racines des plantes de la famille des Ménispermées n’ont intéressé que les auteurs qui s’occupent de matière médicale, et les études descriptives que l’on a faites de la structure et des anomalies de la racine de Colombo ou de la racine de Pareira brava n’ont jamais été présentées dans un esprit de recherche purement scientifique; et l’on n’a pas

(I) L'anatomio des Tissus appliquée à la classification des plantes. (Nouv. Arcli. du Muséum, 1881).

suffisamment insisté sur la persistance dans la racine de l’anomalie que l’on signale dans la tige de certains de ces végétaux.

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