CHAPITRE X
APPAREIL RESPIRATOIRE (Fig. 26).
L'appareil respiratoire comprend la région du pharynx, avec les arcs branchiaux.
Le pharynx est une prolongation de la cavité buccale, il a la forme d’un entonnoir; latéralement, se trouvent les fentes et les arcs branchiaux. Ces derniers sont recourbés, à concavité antérieure, le côté convexe étant dirigé en arrière et en dehors. Nous avons observé cette disposition pour les branches des arcs ventraux et dorsaux. Il y a quatre arcs qui diminuent progressivement de longueur d’avant en arrière. Leur dimension varie selon l’âge du Poisson; le premier arc mesure environ la moitié de la hauteur de Ïa tête. Chaque arc branchial a deux rangées de lameiles branchiales finement subdivisées. Ces lamelles branchiales renferment des vaisseaux capillaires qui viennent presque à fleur de la surface. En ce qui concerne les arcs branchiaux, ils sont recouvert du côté de la cavité buccale, souvent en rang serré, de papilles sensorielles. Ces papilles jouent sans doute un rôle important dans le triage
de la vase qu’aspire le Poisson pour sa nutrition.
Ho
Les arcs branchiaux ou branchies sont situés dans une cavité limitée par l’opercule, l’omoplate, les clavicules et le coracoïde. Cette cavité débouche à l'extérieur par une large fente à gauche et à droite. Les fentes pharyngiennes sont plus grandes que les fentes branchiales externes. Du côté du pharynx, les arcs branchiaux sont soutenus par leur squelette duquel partent de minces rayons cartilagineux soutenant les lamelles branchiales.
Nous n’avons pas pu constater comme c’est le cas chez d’autres Silures un organe respiratoire accessoire.
L’oxygénation du sang se fait par l’aspiration régulière d’eau dans la cavité buccale et son expulsion à travers les fentes des branchies et la fente de l’opercule. Pendant l'inspiration, la bouche est ouverte, et par l’extension des parois, la cavité buccale est élargie latéralement; la bouche se remplit d’eau puis se referine. Lors de la contraction des parois latérales de la bouche, l’eau est projetée à l’extérieur à travers les fentes des branchies baignant les lamelles branchiales et sortant par la fente operculaire, en même temps, les clapets à l’intérieur de la fente buccale la ferment hermétiquement.
Chez Corydoras la fréquence du rythme respiratoire dépend de la quantité de l’oxygène dans l’eau et de la température: Une déficience d’oxygène rend la respiration rapide, mais nous avons remarqué que, dans une eau presque privée d'oxygène, Corydoras ne se sentait pas incommodé; ce fait semblerait par-
ler en faveur d’une accumulation d’air dans d’au-
No
tres parties du corps afin de compenser cette déficience. Le réservoir d'air pourrait être la vessie natatoire ou l'intestin. C’est comme nous l’avons déjà dit lintestin terminal qui contient de l’air respira-
toire aspiré par la bouche,
Ficure 26. — Coupe transversale de l’appareil branchial.
La respiration branchiale de Corydoras est accompagnée probablement d’une respiration aérienne, puisque le Poisson vient souvent à la surface pour
prendre de Pair.
La vessie natatoire du Corydoras, Comme nous
ST piE
l'avons déjà dit, est si pauvre en vaisseaux sanguins qu’elle ne peut être le siège de phénomènes respirafoires. Il est probable que l'intestin a des fonctions respiratoires, puisque le rectum est fort élargi et possède une forte vascularisation. Le grand diamètre de l'intestin pourrait également être dû à une fonction respiratoire. Lorsque le Poisson est exposé à une température élevée, des bulles d'air sont souvent expulsées par l’anus, rarement par la bouche, ce qui prouverait que l'intestin forme un réservoir d'air (voir chapitre IX).
La fonction respiratoire de la peau est forcément très limitée vu qu’elle est peu vascularisée et presque entièrement recouverte d’une cuirasse de plaques osseuses, Nous doutens beaucoup qu’il y ait une respiration cutanée chez Corydoras, et, si elle existe, elle doit être minime.
D'une façon générale, nous avons observé qu’en plus de la respiration branchiale, Corydoras est obligé d’avoir recours à la respiration intestinale. Généralement, la respiration est rapide; on compte dans des conditions normales environ 100 aspirations par minute, Lorsque le poisson est excité, les aspirations sont si rapides qu’il est presque impossible de les compter.
Corydoras est un Poisson de fond, vivant dans des eaux souillées où lPoxygène est rare, par conséquent la respiration branchiale est souvent insuffisante. Dans ces circonstances, Corydoras a recours à la respiration
intestinale par l'aspiration de Pair atmosphérique.
Dans des conditions normales, le poisson s’élance très rapidement à la surface, à des intervalles de 3 à 10 minutes, mais nous avons observé qu’il peut rester plus d’une demi-heure sans venir chercher de Pair.
La vessie natatoire n’est pas assez riche en sang pour servir à l’échange d’oxygène et d’autres gaz. Le diamètre du canal pneumatique, en outre, est trop étroit pour laisser entrer ow sortir de grandes quantités de gaz. Il n’est donc pas possible que la vessie natatoire soit un réservoir d’oxygène, et que ce gaz soit expulsé dans l’œsophage par le canal et ensuite dans le pharynx et vers les branchies. Chez deux espèces d’Hoplosternum et chez Callichthys, la partie de lintestin située derrière lestomac et Jusqu'au rectum est remplie de gaz et vide de nourriture; cette région est très large, transparente et repliée sur elle-même, comme chez Corydoras. Les trois genres de Poissons ci-dessus appartiennent d’ailleurs à une même famille, les Callichthydæ qui présentent cette même adaptation respiratoire spéciale. Il est incontestable que cette adaptation caractérise une même direction d’évolution, tandis que tous les autres genres qui leur sont vaguement rattachés ont des appareils respiratoires accessoires situés au-dessus des’ arcs branchiaux.
Voici des preuves histologiques d’une respiration intestinale chez Corydoras :
a) Les couches musculaires intestinales sont peu importantes, de sorte que la paroi est extrêmement
mince.