VII
Deuxième section.
Molgulidées ne possédant qu'une seule glande génitale , située sur le
côté gauche.
1° Une rangée de grands infundibulums sous chaque méridien. Chaque infundibulum formé, seulement de deux
longs trémas spiralés. Eugyra Aider et
Hancock.
2° Infundibulums plus ou moins réguliers, de taille et de nombre variables, formés chacun de petits trémas
courbes. Eugyriopsis n.
sens.
1 er Genre : Eugyra Aider et Hancock (1).
11 n’existe aucun représentant de ce genre dans les colleclions du Muséum et je n’en dirai ici que quelques mots pour bien préciser ses rapports avec le nouveau genre Gamaster que j’ai décrit plus haut et la valeur qu’il convient d’attacher à sa branchie comme caractère générique.
On sait que le genre Eugyra possède une branchie très caractéristique. Elle porte de très grands infundibulums, constitués chacun par deux longs trémas qui s’enroulent en spirale et en sens inverse l’un de l’autre, s’étendant sans interruption du sommet à la base de l’entonnoir.
Les infundibulums ont leurs sommets sous les lames méridiennes, qui sont très fines et sont séparées les unes des autres par les côtes perpendiculaires, qui ont également la forme de très fins rubans remplis de sang.
Des vaisseaux radiaires très fins partent des côtes perpendiculaires et des méridiens pour aller converger au sommet de l’infundibulum.
La glande génitale est unique et située sur la face gauche.
Jusqu’à présent, la forme particulière de la branchie pouvait suffire pour caractériser génériquement les Eugyres.
Mais le nouveau genre Gamaster , que j’ai décrit plus
(() Ann. and. Mag. of Natur. History, vol. VI, 1870.
ÉTUDE DES MOLGUUDÉES.
liant (p. 328), présente une branclne identique à celle des Eugyres , avec des vaisseaux sanguins disposés également de la môme manière. Seulement sa glande génitale impaire, comme chez les Eugyres, occupe la l'ace droite du corps.
Par conséquent la structure particulière de la branclne n’est plus suffisante pour caractériser le genre Eugyra, il faut absolument y joindre la présence de la glande génitale gauche; d’autant plus que certaines espèces d’Eugyrcs, en particulier E. arenosa, ressemblent beaucoup extérieurement à Gcunaster ùakarensis, dont elles ont la taille et la tunique villeuse et agglutinante.
J’ai retrouvé dans les collections du Muséum un certain nombre de spécimens étiquetés Molgula tubulosa Forbes et Hanley, et recueillis à Roscoff par M. Lacaze-Duthiers.
Or, on sait que la Molgula tubulosa Forbes et Hanley est la même que M. arenosa Aider et Hancock, qui fut prise ensuite par Hancock comme type pour la création du genre Eugyra et qui devint ainsi E. arenosa Hancock.
J’avais donc à me demander si les spécimens étiquetés M. tubulosa répondaient bien aux caractères de YEugyra arenosa. Mais après examen j'ai pu me rendre compte qu’une telle identification n’était pas possible et que ces spécimens n'étaient pas autre chose que des Anurella Roscocita Lac.-Duth.
Dans son premier mémoire sur les Molgulidées (1), M. Lacaze-Duthiers avait, en effet, décrit une forme qu’il avait cru devoir identifier avec M. tubulosa Forbes et Hanley (British Mollusca), et dont il fit ensuite, dans son second mémoire, Anurella Roscovita (2). Il n’y a donc pas d’Eugyres dans les collections du Muséum.
Dans le même flacon que ces A. Roscovita se trouvait une petite Cynlhiadée qui me parait des plus intéressantes et qui. par son aspect externe, ressemble tout à fait aux Anourelles au milieu desquelles elle était placée.
(1) Are h. Zool. cxpcr., t. III, 1874.
(2) Idem, t. VI, 1877, p. 648.
AVTOIVi: IMZOV
Les dragages exécutés dans la baie de Saint-Waast ne m’ont encore donné aucune espèce d’Eugyre.
Cependant X Eugyra arenosci doit être assez commune, puisque Forbes, Hancock et Kuppfer l’ont trouvée sur les côtes anglaises de la Manche et dans la mer du Nord ; M. Lacaze-Duthiers l’a recueillie à Roscoff.
11 existe également des Eugyres dans la Méditerranée et Drasche, en 1884, a décrit E. adriatica , recueillie dans la baie de Trieste.
L’airederéparlitiondece genre est d’ailleurs très étendue, ainsi qu’on en peut juger par les stations des différentes espèces qui ont été décrites jusqu’ici et qui sont d’ailleurs assez peu nombreuses. Ce sont, par ordre d’ancienneté depuis la création du genre :
1° Eugyra arenosa Hancock, côtes d’Angleterre [Ann. and Mag. natur. Hlstory, vol. VI, 1870). Kuppfer l’a trouvée dans la mer du Nord ( Arch. Mikrosk. Anatomie , B. VIII, et Nordsee Expédition 1872); M. Lacaze-Duthiers l’a recueillie à Roscoff.
2° Eugyra globosa Hancock (mêmes indications que pour l’espèce précédente). Draguée en 1864 à Guernesey par Jeffreys et Norman ;
3° E. Kerguelenensis Herdm. recueillie par le Challenger à l’île Kerguelen, au milieu du Pacifique (trois spécimens dragués de 60 à 100 brasses (Le « Challenger », vol. VI, 1882):
4° E. adriatica Drasche, recueillie dans la baie de Trieste ( Verhandlungen der Zoologisch. in Wien, 1884). La seule qui ait été trouvée jusqu’à présent dans la Méditerranée;
o° E. symetrica, Drasche, provenant, de Jan Mayen (' Oster-Polarstat Jan Mayen, 1886).
6° E. pedunculata Traustedt. Expédition de la Djimphna dans la mer de Kara ( Djirnphna-Togtets Zoologisk-Botaniske , 1887).
7° E . bilahiata Sluiter, recueillie dans la baie de Batavia (Natuur Kundige Tijdschrift voor Nerderl. Indie-Batava).
(1) Arch. Zoo/, expérim., t. VI, 1877, p. 459 et 499.
ÉTUDE DES MOLGULIDÉES.
3 il
A cette liste il faudrait ajouter les deux espèces anciennement décrites sous les noms de Motgula pilularis Verrill [American Journal of Sciences , vol. 1, 1871) et Cynthia g lut inans Moller (Verrill, American Journal of Sciences , vol. III, 1872), qui paraissent cire aussi des Eugyres. Ceci porterait à neuf seulement le nombre d’espèces d’Eugyres actuellement connues. Il est à remarquer qu’elles appartiennent toutes à des régions différentes de l’hémisphère boréal et que l' Eug. Kerguelenensis est la seule qui ait été trouvée dans l’hémisphère austral.
2 e Genre : Eugyriopsis n. s.
J’ai exposé plus haut (p. 318), que Roule a créé un sousgenre Eugyriopsis pour une espèce de la Méditerranée possédant une glande génitale gauche comme les Eugyres, mais dont les trémas de la branchie sont petits et courbes comme ceux des Molgules.
D’autre part, YAscidia manhattensis Dekay, dont Traustedt a fait le genre Bostrichobranchus , n’a aussi qu’une glande génitale située du côté gauche avec des infundibulums irréguliers, distribués sans ordre et qui s’éloignent considérablement de ceux des Eugyres. Par conséquent, je propose la création d’un genre Eugyriopsis, qui aurait deux caractères essentiels :
1° Une glande génitale à gauche comme les Eugyres;
2° Une branchie à infundibulums plus ou moins grands et plus ou moins réguliers, mais qui ne sont jamais formés seulement de deux trémas spiralés comme ceux des Eugyres.
Ce nouveau genre ne comprendrait pour le moment que Y Eugyriopsis Lacazii Roule, et l’ancien Bostrichobranchus manhattcnsis r ÏTdiüsie&[ qui deviendrait Y Eugyriopsis manhattensis (Voir p. 319).
Aucun représentant de ce genre n’existe dans les collections du Muséum.
Troisième section.
Molgulidées à glandes génitales paires.
Siphons nuis ; chaque orifice bordé d’une double couronne de lobes
inégaux. Astropera n. g.
Siphons à lobes plus ou moins saillants, égaux et toujours entiers... Molgula Fortes. Siphons terminés par des lobes dentés ou bien siphons non lobés et pourvus de dents plus ou moins
développées.. Ctenicella Lac.-
Duth.
Siphon cloacal à 4 lobes égaux; siphon branchial courbé en anse avec six lobes inégaux, les deux supé- \ rieurs en forme de lèvre bifide.... Stomatropa n. g. Les deux branches de l’intestin sont verticales et non courbées en anse ; elles sont parallèles à la glande génitale gauche. Ascopera Herdm.
De ces cinq genres, le genre Ascopera TIerdm. est le seul qui ne soit pas représenté dans la collection du Muséum.
Intestin étendu transversalement sur la face gauche J et formant une' anse courbe plus ou moins accentuée.
1 er Genre : Astropera n. g.
Caractères génériques . — Les siphons sont nuis et les orifices placés immédiatement à la surface du corps.
Chaque ouverture est entourée d’une double couronne de lobes ayant l’aspect d’une corolle de fleur.
Chacune des couronnes de l’orifice branchial possède les six lobes caractéristiques des Molgulidées, mais ils sont inégaux, h bords arrondis et très finement dentelés (un grand, deux latéraux un peu plus petits et trois autres plus petits encore, au moins chez l’espèce A. villosa décrite plus loin).
Les lobes de la rangée interne sont beaucoup plus petits que les externes et leur différence de taille est par cela même beaucoup moins accusée; ils alternent avec ceux de la première rangée.
L’orifice cloacal est bordé d’une première rangée de quatre lobes dont deux grands et deux petits qui alternent et qui ont leurs bords finement dentelés; puis d’une autre rangée interne de quatre lobes beaucoup plus petits que les précédents, avec lesquels ils alternent.
Les glandes génitales hermaphrodites sont paires.
Le terme d 'Astropera que j’applique à ce nouveau genre
ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 343
rappelle l’existence de ce double cercle de lobes rayonnants autour de chaque orifice.
Espèce unique : Astropera sabulosa n. sp.
(Fig. 6 et 7, PI. XIII; fig. 7 et 8, PI. XIV; fig. 7, pl. XV.)
Syn. Ascidia sabulosa Quoy et Gaimard [Voyage de /’« Astrolabe », Quoy et Gaimard, 1829, Pl. XIX et XXII).
Cette espèce est la seule du genre qui soit représentée dans les collections du Muséum. Elle a été rapportée de la Nouvelle-Hollande (Port Western) par Quoy et Gaimard qui l’ont décrite sous le nom d 'Ascidia sabulosa.
Je ne puis mieux faire, pour en exposer les caractères extérieurs que de reproduire la courte description qu’en ont donnée ces ailleurs :
« C’est une Ascidie entièrement sphérique, de la grosseur d’un petit œuf de poule, très rarement isolée, presque toujours agglomérée eu petits paquets, dont le nombre varie de 3 à 6. Quelquefois le lieu de leur agrégation est une plante marine qui leur sert d’axe; elles sont alors en grappe. Elles sont coriaces, quoiqu’elles aient la peau mince et toujours couverte d’une couche de sable tin dont elles empruntent la couleur jaune grisâtre.
« Les deux ouvertures sont sessiles, rapprochées et entourées de folioles en rond sur deux rangées, ce qui les fait ressembler à la corolle d’une fleur.
« Ces sortes de pétales ne sont point en nombre fixe : à une des ouvertures il y en a six grandes, avec environ un pareil nombre de plus petites intérieures, tandis qu’à l’ouverture opposée, on n’en compte que quatre, avec quatre ou cinq internes moins grandes.
« Quoi qu’il en soit, cette disposition des ouvertures fera facilement reconnaître celte espèce, que nous trouvâmes d’abord desséchée et qui conserve parfaitement ses formes