EXAMEN DES CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Les Molgulidées des collections du Muséum m’ont révélé un certain nombre de nouvelles particularités anatomiques qui permettent de mieux établir la valeur relative des différents caractères sur lesquels doivent reposer les subdivisions rationnelles de la famille.
En premier lieu, la structure de la branchie peut-elle être regardée comme un caractère générique ?M. Lacaze-Duthiers lui a accordé sa véritable valeur dans ses Recherches sur les Ascidies des côtes de France (1), et les espèces nouvelles qui ont été étudiées depuis par Herdman ( Tuniciers du « Challenger », 1882) ainsi que celles qui font l’objet du présent mémoire ne font que confirmer la manière de voir de ce savant zoologiste : des formes peuvent posséder une branchie très différente, alors que le reste de leur organisation les réunit manifestement dans un même groupe générique.
En voici quelques exemples : Molgida ampul/oïdes, 31. echinosiphonica et 31. socialis ont une branchie très différente (2).
La branchie de Ctenicella Lanceplaini ne ressemble pas du tout à celie de Ct. appendiculata (3).
On observe des différences plus accusées encore entre
(1) Arch. Zoo/. expérim ., t. III, 1874, et t. YI, 1877.
(2) Voir les figures qu’en a données M. Lacaze-Duthiers, Arch . Zoo/, exp., t. VI, 1877.
(3) Ibid .
ÉTUDE DES MOLGULIDÉES.
YAscopera gigantea llerdm., dont les trémas sont rectilignes comme ceux des Cynlhiadées, et Y Ascopera pedunculala llerdm., qui en a de courbes comme la plupart des autres Molgulidées, et cependant par l’ensemble de leurs autres caractères, en particulier par la conformation de leur tube digestif et de leurs glandes génitales, ces deux espèces doivent nécessairement faire partie d’un même genre (I).
Une autre Molgule, M. Carpenteri llerdm., possède également des trémas rectilignes de Cyntliia (2).
Par contre, certaines espèces appartenant à des genres manifestement différents ont sensiblement lamêmebranchie : MoUjula horrida llerdm. et Ctenicella rugosa n. sp. ; — Molgulu gigantea Herdm. et Ctenicella Lebruni n. sp. ; — Stomatropa villosa n. sp. et Ctenicella rugosa n. sp.; — Ascopera gigantea Herdm. et Molgula ampulloïdes Ivuppfer; — Eugyra et Gamaster Dakarensis n. sp.
Mais l’exemple peut-être le plus net des variations que présente la branchie nous est fourni par la Ctenicella Lanc.ep/aini , pour laquelle M. Lacaze-Dutliiers s’est vu dans l’obligation de créer trois variétés ne différant que par la forme et la disposition des trémas, et le savant professeur ajoute à ce sujet :
« 11 est incontestable, d’après l’existence même de ces variétés, que la brancliie, dans les différences qu’elle présente, ne peut fournir les caractères de premier ordre pour l’établissement des genres dans la famille des Molgulidées; car, dans une même espèce on rencontre incontestablement des différences qui, si elles étaient seules considérées, prendraient une importance qu’elles n’ont pas quand on les rapproche des autres dispositions organiques (3). »
Si la brancliie devait constituer un caractère générique, il est manifeste que la plupart des espèces de Molgulidées devraient être élevées à la dignité de genre.
(1) Tuniciers du <c Challenger », t. VI, 1882.
(2) Report « Challenger », vol. XIV, 1880.
(3) Arch. ZooL expérim., I. VI, 1877, p. 021.
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Les formes nouvelles décrites dans ce mémoire ne font qu’affirmer davantage la manière de voir de M. Lacaze- Duthiers, en diminuant encore la valeur à attribuer à la branchie, en particulier dans la diagnose du genre Eugyra ; je suis amené également à proposer la suppression de deux genres assez récents, Bostrichobmnchus Traustedt et Paramolgula Traustedt, qui ne reposent que sur la conformation de la branchie, alors que l’ensemble de leurs autres organes montre qu’ils appartiennent à des genres voisins bien déterminés. (Voir plus loin, p. 315.)
Chez les espèces décrites jusqu’ici, il n’y a qu’une disposition de trémas qu’on ait pu invoquer à elle seule pour la création d’un genre ; c’est celle que présente la Molgula tubulosa Forbes et Harley, et dont Hancock s’est servi avec raison pour créer son genre Eugyra (1). Les infundibulums, de grande taille, sont répartis en files régulières avec leurs centres sous les petites côtes méridiennes, et chacun d’eux n’est constitué que par deux longs trémas spiralés, enroulés en sens inverse l’un de l’autre (2). C’est là une disposition si caractéristique et tellement éloignée des petits infundibulums épars et à trémas généralement courts des autres Molgulidées, qu’il n’y avait pas à hésiter à lui attribuer une valeur générique ; d’autant plus que les Eugyres n’ont qu’une seule glande génitale située sur la face gauche du corps et qu’elles s’éloignaient encore par là de toutes les autres Molgulidées connues à l’époque où Hancock créait son genre, et qui toutes possédaient des glandes génitales paires.
Aujourd’hui, la disposition si remarquable des trémas n’est plus suffisante pour caractériser, à elle seule, le genre Eugyra. Je décris en effet plus loin (Voir p. 328) une nouvelle forme, Gamaster Dakarensis , qui a exactement la même branchie que les Eugyres, mais qui possède une glande géni-
(1) Ann. and Mag. of nat. History , 1870, vol. VI.
(2) Voir Arch. Zool. exp t. VI, 1877, pl. XXVII, et les Tuniciers du « Challenger», 1882, vol. VI.
ÉTUDE DES MOLGULIDÉES.
taie unique, situé sur la face droite et non sur la face gauche comme celle des Eugyres, avec des follicules spermatiques disposés d’une façon toute particulière. De telles différences anatomiques s’opposent évidemment à ce que cette espèce nouvelle soit versée dans le genre Eugyra et j'en ai faille type d’un genre nouveau, le genre Gamasler, terme qui rappelle la disposition étoilée des follicules spermatiques.
C’est ainsi que l’étude de cette forme nouvelle vient définitivement enlever toute importance à la branchie pour établir les grandes subdivisions de la famille.
La forme et le nombre des filaments tentaculaires varient également d’une espèce à l’autre; il n’est pas possible non plus de considérer comme un caractère générique la position de la glande hermaphrodite par rapport à l’anse intestinale, car on trouve aussi à ce sujet un grand nombre de variations chez les différentes espèces de Molgules.
L’étude des espèces nouvelles des collections du Muséum et leur comparaison avec celles qui sont déjà décrites, montrent que les grandes coupures de la famille doivent être basées sur le nombre des glandes génitales, qui sont toujours faciles à observer, sans même qu’il soit toujours nécessaire d’enlever la tunique. On obtient ainsi trois grandes sections :