‹ Étude anatomique sur le segment cellulaire contractile et le tissu connectif du muscle cardiaqueChapitre 22 sur 36 · FIBRES MUSCULAIRES INTRA-TENDINEUSES · texte numérisé non relu

FIBRES MUSCULAIRES INTRA-TENDINEUSES

qu'un grand nombre des petites cordelettes, tendues comme des fils d'un point à l'autre de la paroi des cavités cardiaques et souvent réticulées à la façon des mailles d'un filet, renferment un système de tenseurs actifs qui, chez le mouton, sont représentés par des traînées dePurkinje, comme certains auteurs l'avaient du reste signalé sans y insister davantage.

Chez l'homme, où les fibres de Purkinje n'existent pas, on rencontre assez fréquemment, au centre des petits tendons qui nous occupent, des fibres musculaires formées de segments de Weismann disposés en séries axiales et soudés entre eux par des traits d'Eberth (Renaut).

Avant nous cependant, aucun auteur n'avait insisté sur la disposition exacte de ces fibres contractiles au sein du tissu fibreux des tendons filiformes et, de plus, on n'avait pas encore, croyons-nous, rapporté cette disposition à sa véritable signification morphologique. Nous pensons, en terminant, devoir insister de nouveau sur ce fait, que les tendons qui réticulent la face interne des cavités cardiaques ou qui se poursuivent au sommet des muscles papillaires pour s'insérer sur les valvules, ne sont autre chose qu'un prolongement du tissu fasciculant du cœur, renforcé et densifié pour exécuter une fonction spéciale, sans que le type fondamental soit sensiblement changé.

De plus l'existence de tenseurs actifs doit apporter un élément nouveau aux notions anatomiques que l'on peut utiliser pour expliquer le mécanisme de la contraction cardiaque. Il est clair que dans ces points où le système précité est quelque peu développé, une altération survenue dans la nutrition de l'axe contractile des tendons

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filiformes pourra rendre ce dernier inerte ot conséqiiemment diminuer, sur ce point, ou abolir l'un des éléments de la contraction cardiaque considérée dans son entier.

Il est bien évident qu'ici nous n'entendons pas affirmer que tous les petits tendons de la face interne du cœur sont chacun munis d'un axe contractile : sur beaucoup d'entre eux cet axe disparaît et le tendon cesse par conséquent d'être un tenseur actif de la paroi; mais la disposition qui vient d'être décrite est assez intéressante au point de vue de l'anatomie générale pour qu'on nous pardonne, dans tous les cas, d'avoir tant insisté sur ce sujet.

Dans l'étude qui précède, nous avons vu comment se comporte le tissu connectif par rapport aux faisceaux secondaires du myocarde. Nous avons appris que ces gaines fasciculantes étaient fenêtrées, c'est à -dire composées de faisceaux fibreux minces dirigés dans le sens général des fibres musculaires, écartés les uns des autres, et supportant les cellules fixes connectives, à prolongements protoplasmiques anastomosés. De plus nous avons montré que par leur adossement ces gaines, décrites pour la première fois par Henle, formaient des espaces au centre desquels étaient les vaisseaux de distribution.

Ces sortes de lacunes connectives affectent des formes plus on moins variées, mais qui, le plus ordinairement , ont sur une coupe transversale un.e configuration étoilée. Quel que soit le point du myocarde où l'on examine les gaines fasciculantes et les fentes de Henle, on voit, contrairement à ce qu'on observe dans les muscles rectilignes à fibres striées, que le tissu connectif qui en tre dans leur constitution ne présente de densification en

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aucun point. Examinons maintenant la façon dont se comporte le tissu connectif dans les faisceaux secondaires du myocarde enveloppés par les gaines fasciculantes.

Sur une coupe transversale il est facile de voir que les coupes des fibres sont le plus généralement séparées les unes des autres par des espaces plus ou moins grands. Sur des préparations colorées soit avec le picro-carminate d'ammoniaque, soit avec l'hématoxyline, les cellules cardiaques se présentent avec leur noyau vivement coloré et entouré d'une aire granuleuse qui s'en distingue très nettement. Déplus dans les intervalles qui séparent les uns des autres les éléments musculaires on remarque des cellules contenant elles aussi dans leur intérieur un noyau sur lequel la matière colorante a fait particulièrement élection. De ces cellules partent dans tous les sens des prolongements protoplastiques rameux qui, s'anasto-mosant avec d'autres prolongements émis par les cellules connectives voisines, constituent une sorte de filet tout à fait semblable à celui que nous avons vu autour des capillaires j ou étendu sur les faisceaux du tissu connectif tâche.

Nous allons voir maintenant que les lacunes décrites par Henle * ne sont point de véritables canaux lymphatiques tapissés d'un endothé]ium continu, comme l'ont affirmé nombre d'auteurs. Ce sont des espaces formés par les mailles du tissu connectif lâche périvasculaire. En effet, quand on fait une injection interstitielle de nitrate d'argent par piqûre du myocarde, on développe ces espaces précités et la solution imprègne l'endothélium des veines à parois mince qui les traversent. Cet endothélium n'apparaît jamais festonné comme celui des lymphatiques.

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Quand rinjcctiona été bien faite, surtout lorsque après la solution d'argent on a injecté de l'alcool absolu, en suivant le procédé appliqué par Malassez et de Sinéty à l'étude des lymphatiques des kystes ovariques, on voit au milieu de chaque lacune le vaisseau sanguin béant imprégné régulièrement. Mais il existe ici une cause d'erreur qui vraisemblablement a conduit Eberth et les observateurs qui l'ont suivi à admettre l'existence d'un endothélium pariétal tapissant les parois de la lacune. La solution d'argent diffuse et imprègne tout autour de la fente de Henle les plans musculaires cardiaques étalés en nappe au pourtour de cette dernière.

Les traits scalariformes d'Eberth se marquent de distance en distance et donnent lieu à l'apparition d'un système de lignes entrecoupées qui, à première vue, peut en imposer pour un endothélium. Mais sur des imprégnations bien faites et avec un grossissement suffisant, il est facile de rapporter cette apparence à sa véritable cause*. Nous admettons donc dès k présent que les fentes de Henle sont de simples espaces connectifs dépourvus de revêtement endothélial continu.

Quant à la couche de cellules qui tapissent les vaisseaux contenus dans les fentes, elle est formée exactement de la même façon que la couche périvasculaire qui entoure les capillaires des membranes séreuses, telles que le mésocolon trans verse du cochon d'Inde ; ici encore il n'existe pas d'endothélium continu disposé comme un manchon à la surface externe des vaisseaux sanguins.

' J. Reiiaut, Leçons d'anatomia générale à la Faculté de Médecine de Lyon, 2 mars 1878.

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Comme on le voit, nous considérons le muscle cardiaque comme plongé avec ses vaisseaux et ses nerfs dans un véritable bain de lymphe qui le pénètre de toutes parts. Schweigger-Seidcl et Ranvier ont montré que des injections de bleu de Prusse soluble poussées dans le myocarde remplissaient rapidement les lymphatiques sous-péricardiques, et ils ont vu, en pratiquant des coupes sur des coeurs ainsi injectés, que les lacunes de Henle étaient distendues par la matière colorante. Ces faits démontraient clairement que les lymphatiques sont en communication directe et facile avec le tissu connectif lâche du cœur formant les gaines fasciculantes.

Nous avons cherché à obtenir une démonstration plus complète encore et nous sommes arrivé à un résultat qui, nous l'espérons, nous permettra de considérer la question comme entièrement résolue. Voici comment nous avons opéré : après avoir rempli une grande seringue modèle do Pravaz, avec une solution tiède de gélatine de Paris, nous avons piqué la paroi ventriculaire d'un cœur de mouton récemment tué, puis nous avons poussé lentement l'injection. Pour que cette dernière n'éprouvât dans le myocarde que le moins de résistance possible à sa pénétration, nous avions plongé le cœur dans de l'eau à 3S° centigrades. De cette façon nous avons réussi à remplir les lymphatiques sous-péricardiques, qui apparaissaient sous la forme de petits cordons noueux et ramifiés.

L'opération une fois terminée, le cœur fat immédiatement plongé dans de l'alcool à 90" et laissé le temps nécessaire pour permettre à la solution de gélatine de se solidifier ; ceci fait, des fragments de myocarde d'un cen timètre cube environ furent découpés dans la région in- 9 5

(0 ITJKGTIONS INTRA-MYOGARDJQUES

jectée et placés pendant ving t- quatre heures dai s l'alcool à 90", puis dans la solution dégomme et enfin de nouveau dans l'alcool. Un grand nombre de coupes ont été faites sur ces fragments ainsi préparés et colorés au picrocarminate d'ammoniaque. Sur les préparations qui montraient les faisceaux secondaires sectionnés transversalement, voici ce que nous avons constaté (\oyez fig. 1, pl. Il) : les lacunes de Henle sont remplies entièrement par une masse rose (on sait que le carmin possède la propriété de colorer ainsi la gélatine) homogène, enveloppant les vaisseaux et les nerfs contenus dans ces espaces.

Cette masse est traversée dans tous les sens par des filaments connectifs pâles et mêlés à des noyaux colorés en rose foncé ; elle s'infiltre dans l'épaisseur des faisceaux secondaires et va séparer les unes des autres les coupes des fibres, qui apparaissent sous la forme de disques orangés ayant à leur centre un point d'un rouge vif. Les noyaux des cellules connectives intrafasciculaires, plus vivement colorés que la masse à injection, tranchent nettement sur elle.

Ce n'est pas seulement dans les espaces intrafasciculaires que pénètre l'injection. Sous l'endocarde, au niveau des points où se rencontre un peu de graisse, les cellules adipeuses sont séparées par des traînées de gélatine colorée en rose homogène.

Ces faits démontrent clairement qu'il n'est pas un seul point du myocarde que la lymphe ne puisse aborder lacilement, et que l'origine réelle et indiscutable maintenant des lymphatiques est bien dans le tissu connectif lâche qui unit et sépare non pas seulement les segments

musculaires du cœur, mais aussi les éléments anatomiques difféi eiiciés des autres organes.

Lorsque nous avons entrepris ce travail, notre intention n'était pas d'insister sur la disposition du système capillaire dans le myocarde, mais nous avons eu l'occasion de pratiquer dans le cœur exsangue d'un homme une injection vasculaire : on sait que ces injections présentent de sérieuses difficultés dans les cas ordinaires.

Nous avons opéré de la façon suivante : après avoir enlevé le cœur d'un supplicié (trois heures après l'exécution), nous avons, les veines eflérentes et l'artère pulmonaire étant liées, fixé solidement l'aorte sur l'extrémité d'un tube de verre de 1™ 50 environ de hauteur ; puis nous avons versé dans le tube une solution de bleu de Prusse, de manière à le remplir complètement, afin d'avoir une pression considérable, uniforme et sans secousses. Au bout de quelques instants, la colonne de matière à injection conservant son niveau, une ligature fut placée sur l'aorte, et le cœur plongé immédiatement dans de l'alcol à 36° de Cartier.

C'est sur ce cœur ainsi préparé et durci, suivant la méthode habituelle (gomme et alcool), que nous avons pu, à l'aide de coupes pratiquées parallèlement à la direction des faisceaux cardiaques, vérifier la description donnée par M. le professeur Ranvier^

« Le réseau capillaire est analogue dans sa disposition (( générale avec celui des muscles striés ordinaires. Il « décrit des mailles allongées parallèles aux faisceaux « musculaires primitfs, réunies entre elles par des traits

1 Cours iVoivatomie générale au Collège de France, 26 avril 1876.

« d'anastomose qui donnent à chaque maille prise en parce ticulier l'aspect d'un parallélogramme ou d'un trapèze « L'écartement des mailles est ici moindre que dans les {( muscles striés de la vie de relation ; les branches vas- (( culairessont le plus souvent hélicines. »

Sur les préparations que nous avons faites, la disposition liolicine des branches vasculaires, signalée comme étant la plus fréquente par M. Ranvier, ne se montrait que rarement ; en examinant l'injection sur des coupes transversales, nous avons vu que chaque cellule cardiaque est enfermée pour ainsi dire dans un panier de capillaires dont la direction générale est parallèle à celle du faisceau; des anastomoses transversales très nombreuses relient entre eux les capillaires. Les artérioles et les veinules pénètrent dans chaque faisceau perpendiculairement à la direction des fibres, puis s'épanouissent brusquement en un bouquet de capillaires coudés presque à angle droit et se dirigeant, en sens opposé, vers les extrémités du faisceau.

D'une manière générale, le réseau capillaire cardiaque, n'était la petitesse de ses mailles, ressemble beaucoup au réseau capillaire d'un muscle rouge ordinaire ; niais lorsque la comparaison est faite de plus près, on voit bien vite qu'il existe une différence capitale que nous nous étonnons de n'avoir pas encore vue signalée déjà. (Voyez fig, 1 et 2, pl. IIl). On sait en effet qu'une partie des anastomoses transversales qui unissent entre eux les capillaires longitudinaux des muscles rouges, présentent des dilatations ampuUaires dans lesquelles, au moment de la contraction musculaire, le sang peut stagner comme dans des réservoirs. Ce ne sont pas seule -

ment les capillaires qui présentent ces ampoules, on en voit aussi sur les veinules qui partent du réseau.

Rien de pareil n'existe dans le cœur, jet cette disposition d'ailleursy serait inutile. Claude Bernard a démontré que le sang qui s'échappe d'un muscle au repos est rouge, mais que, par contre, celui qui s'écoule après une contraction énergique et d'une certaine durée est noir. Ainsi donc, quand un muscle travaille, c'est -à-dire lorsqu'il se contracte, il prend au sang son oxygène; mais nous savons qu'un muscle en état de contraction ne laisse pas pénétrer de sang dans son intérieur. Gomment donc expliquer la durée quelquefois si considérable de la contraction ? Où le muscle peut-il se procurer l'oxygène nécessaire aux actions chimiques qui se passent dans sa substance ? La disposition que nous avons étudiée plus haut nous permet d'expliquer facilement les faits. A l'état de repos du muscle, les dilatations ampullaires sont remplies de sang ar tériel, et lorsque le muscle entre en contraction, cette dernière peut durer tant qu'il reste des provisions dans les réservoirs. S'il en était autrement (comme dans les muscles blancs du lapin, par exemple), la durée de chaque contraction serait diminuée aûn de permettre que par le repos les capillaires se remplissent sang de artériel chargé d'apporter de nouveaux aliments au muscle.

Le cœur, se contractant d'une manière instantanée et rythmique, n'a que faire de réservoirs dans lesquels stagneraient des provisions de sang; nous allons du reste voir plus loin comment s'accomplit la circulation dans les petits vaisseaux du muscle cardiaque, lorsque nous aurons montré de quelle manière la lymphe myocardique communique avec celle qui est contenue dans le péricarde.

T'i MIGRATIONS DE LA LYMPHE

'Les faits que nous allons exposer ont été à peu près ignorés jusqu'ici, aussi insisterons-nous sur eux d'une façon toute particulière.

A la suite des travaux de Schweigger-Seidel et de Dogiel sur les centres phréniques, divers observateurs, et notamment Dibkowsky, cherchèrent dans l'épithélium du péricarde viscéral des communications entre la séreuse et le tissu connectif intermusculaire. De prétendus stomates ont été de la sorte décrits ; mais, de même que ceux indiqués par Schweigger-Seidel, dans son premier travail, à la surface du diaphragme, ces stomates ne sont rien autre chose que des accidents de préparation. Lorsque l'on a mal lavé la surface du péricarde avant de ■l'argenter, l'argent se réduit le long des lignes de ciment, d'une façon irrégulière ; à la place du trait inter épithélial on voit une ligne grossière le long de laquelle sont de petits cercles dessinés en noir par le réactif. Ces cercles ne sont autre chose que des gouttelettes du liquide visqueux qui lubréfie la surface de la séreuse et autour desquelles s'est réduit le sel d'argent. Il serait erroné de prendre de pareilles images pour celles de stomates punctiformes.

M. le professeur Ranvier a du reste signalé explicitement cette cause d'erreur, et nous n'insisterons pas davantage à son sujet. Si l'on imprègne la surface du péricarde, après l'avoir soigneusement lavée par un courant d'eau distillée, si en un mot, l'opération de l'argentation a été faite avec soin et propreté , les traits interépithéliaux sont tous fins, nets, et l'on ne voit sur leur trajet aucune figure qui puisse conduire à la notion d'une ouverture d'un stomate préexistant.

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