‹ Étude anatomique sur le segment cellulaire contractile et le tissu connectif du muscle cardiaqueChapitre 23 sur 36 · PROCÉDÉ D'IMPRÉGNATION · texte numérisé non relu

PROCÉDÉ D'IMPRÉGNATION

De distance en distance cependant, dans les imprégna tiens les plus pures, on voit certaines cellules intercalées au milieu des autres, restées complètement transparentes, sur lesquelles l'argent s'est réduit de manière à leur donner une apparence granuleuse. Il est difficile de dire si ces cellules sont formées, ou non, d'un protoplasma plus perméable que ne l'est celui des cellules adjacentes; mais un fait absolument certain c'est que, chez les mammifères nos recherches ne nous ont permis de constater aucune solution de continuité intéressant d'une façon persistante la couche endothéliale de la séreuse et analogue aux fentes lymphatiques de la face péritonéale du diaphragme ou aux stomates de la membrane qui sépare la grande citerne rétro-péritonéale de la grenouille, de la cavité du péritoine de cet animal.

D'ailleurs ce que l'on sait de la migration des globules blancs, c'est-à-dire des éléments actifs de la lymphe, à travers la paroi des vaisseaux et à travers les lames séreuses tendues comme l'épiploon ou le méso-péricarde dans de grandes cavités lymphatiques, nous permet d'induire que l'endothélium est une barrière tout à fait insuffisante à empêcher la migration des globules blancs. La mince paroi protoplasmique constituée par l'étalement en nappe des cellules endothéliales n'est pas en effet une paroi sohde; elle est au contraire molle comme le serait une couche minuscule de gélatine.

De même qu'il serait difficile de retrouver au microscope, dans une mince lamelle de colle de Flandre, le trou résultant d'une piqûre d'aiguille, de même le passage des globules blancs à travers un endothélium peut et doit ne laisser aucun trou appréciable dans la mince paroi géla-

7Ô RUlSciEAUX LYMPHATIQUES

tineuse perforée. 11 peut exister des échanges incessants entre la lymphe contenue dans le tissu connectif du muscle cardiaque et la cavité péricardique, sans que pour ces échanges il soit besoin de voies préformées; c'est ce que va démontrer pleinement, pensons-nous, l'élude anatomique qui va suivre.

Ruisseaux lymphatiques. — Points poreux sous-péricardiques. — Si l'on imprègne fortement d'argent la surface du péricarde viscéral d'un cochon d'Inde et si, après avoir abandonné pendant une heure environ le cœur tout entier dans un grand cristallisoir rempli d'eau distillée, on traite légèrement la surface imprégnée par le pinceau, l'on met à nu le système des vaisseaux sanguins et lymphatiques sous -péricardiques. Une coupe parallèle à la surface et montée dans le baume de Canada montre alors au-dessous du péricarde un réseau extrêmement riche et compliqué de canaux circonscrivant des groupes de fibres musculaires étalées en surface.

Ces canaux sont simplement formés par une couche endothéliale présentant des cellules festonnées en forme de feuilles de chêne. Ils n'ont pas de paroi propre appréciable : ce sont de véritables ruisseaux ou trajets lymphatiques sous- péricardiques. Ils sont creusés comme des lacunes et se poursuivent dans les intervalles que laissent entre elles les masses musculaires cardiaques adjacentes. Ce sont ces canaux que l'on injecte aisément et régulièrement par piqûre dans un point quelconque du myocarde.

Lorsqu'on a fait une injection interstitielle de gélatine, on voit au-dessous du péricarde les mêmes trajets se déve lopper sous forme de sinus à contours irréguliers limités

POINTS POREUX SOUS-PÉRiCARDIQUES 77

seulement par la couche endothéliale et une mince bordure de fibres élastiques. A peine la paroi est-elle doublée d'un réseau lâche de faisceaux conneclifs, de telle sorte que rien n'est plus facile que la pénétration des globules blancs dans les ruisseaux lymphatiques de la surface.

Mais il existe une autre disposition. Le plus ordinairement dans rintervalle qui sépare les trajets lymphatiques les uns des autres, on remarque un ou plusieurs points que M. le professeur Renaut a appelés points poreux^ et au niveau desquels les éléaients figurés de la lymplie viennent s'accumuler, pour ainsi dire, de préférence et en grand nombre. Ces points poreux sont constitués comme il suit (Voy fig. II, pl. 2) :

Considérons une coupe faite normalement à la surface du péricarde, après argentation de la surface de ce dernier. Du côté de la séreuse, une ligne noire marque l'endothélium.' Au -dessous de cet endothélium on voit la coupe de la membrane fibreuse péricardique, dont les faisceaux sont nattés de diverses façons et se présentent en sections longitudinales obliques ou transversales. Le tissu connectif de la membrane fibreuse se dissocie dans la profondeur pour fournir les éléments du tissu fasciculant du myocarde au point donné. Sur toute la surface du point poreux (surface qui peut atteindre un quart de millimètre ou un demi-millimètre) on voit les intervalles des faisceaux connectifs occupés par une multitude de cellules lymphatiques qui s'insinuent dans tous les interstices et qui, se plaçant à la file ou par groupes, atteignent par un

1 J. Renaut, Cours cC Anatomie générale de la Faculté de médecine de Lz/on, 2 mars 1878.

TS POINTS POREUX sOLS-PKRICARDKjUES

trajet sinueux la surface de la membrane fibreuse enveloppante du cœur.

On voit ainsi que les cellules lymphatiques, pour émigrer du tissu du myocarde dans les cavités séreuses ou pour suivre le trajet inverse, prennent des chemins différents. Il se pourrait notamment que les points poreux fussent la voie suivie par les cellules lymphatiques contenues par la cavité du péricarde pour pénétrer dans le tissu interstitiel du cœur et que les cellules de la lymphe qui ont accompli dans l'intérieur du tissu myocardique leur cycle physiologique prissent au contraire, une fois leur rôle terminé, la voie des lymphatiques canaliculés pour rentrer dans la circulation générale.

Il est bien entendu que ces vues sont hypothétiques ; ce qui ne l'est pas, c'est l'existence de la double voie constituée par les points poreux et la présence des ruisseaux lymphatiques sous-péricardiques. Mais la supposition que nous formulons et qui a uniquement pour point de départ des faits observés, peut être proposée jusqu'à ce qu'on trouve une autre hypothèse préférable à lui substituer.

La richesse des voies lymphatiques qui permettent une communication constante entre les séreuses et les absorbants d'une part et le tissu connectif du muscle cardiaque de l'autre, se conçoit du re§te facilement. M. Ranvier a fait observer avec raison que le tissu connectif du cœur peut être considéré comme une éponge Ijanphatique. Dans cet organe contractile qui travaille constamment, sans intervalles de repos pour ainsi dire suffisants, les voies d'excrétion doivent être en effet larges et béantes, afin d'obvier aux besoins de sa réparation organique. Examinons la question de plus près et voyons comment le cœur,

Page 1