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Après l'analyse que nous venons de faire des altérations
ganglionnaires, il convient de dégager — en une formule synthélique — [a tendance générale du processus morbide.
Le ganglion mésentérique et les ganglions du cou, qui ont élé choisis comme représentant les deux termes extrêmes de la chaîne ganglionnaire pathologique, nous ont montré ce processus en œuvre depuis son début jusqu'à son stade ultime.
IL est facile de voir que sa première tendance est néoformative et hypertrophique. Dans le ganglion mésentérique, en effet, taus les éléments manifestent leur activité proliférative: dans le parenchyme d’abord, les cellules épithéliales pourvues d’un gros noyau ovoïde, vésiculeux, sont notablement augmentées de volume et font une forte saillie dans la cavité circonscrite par le réticulum. Leur noyau s’hypertrophie et se divise: tantôt la division se fait par segmentation directe sans que la chromatine soit augmentée ; d’autres fois, la chromatine, considérablement augmentée, s’accumule en deux gros amas semblables à deux gros nucléoles, et la segmentation se fait entre ces deux amas sans karyokinèse proprement dite. Ce dernier mode de division donne naissance à des cellules géantes contenant 3, 4, 6 noyaux de forme irrégulière, conglomérés entre eux et fortement co- Zorés.
Dans d’autres territoires, les mêmes cellules endothéliales
THOSE semblent réagir d'une autre façon à l'irritation morbide : au lieu de ces formes cellulaires géantes, elles nous ont paru donner naissance à de petits éléments arrondis du type lymphocyte. Nous aurons à revenir, à un autre point de vue, sur celte genèse lymphocytaire, nous ne la signalons actuellement que comme un mode de la prolifération endothéliale.
Indépendamment de l’endothélium du parenchyme, les vaisseaux donnent aussi des signes d'activité morbide : nous voyons leur endothélium à gros noyau, proéminant dans la lumière vasculaire, se diviser par segmentation directe, et leur tunique adventice présente deux ou trois traînées concentriques de grosses cellules.
Enfin, les lymphocytes eux-mêmes prolifèrent, car on observe chez eux des figures nucléaires correspondant à tous les stades de la karyokinèse et donnent naissance à d'autres Iymphocytes.
— Le ganglion mésentérique est donc le siège d'un processus actif et néoformateur. Déjà cependant se fait jour une autre tendance, celle de l’évolution vers la sclérose.
Elle se traduit par l’épaississement de la capsule connective et de la plupart des cloisons qui en émanent, par l'effort que fait la néoformation fibreuse partie des cloisons pour pénétrer dans les cordons ou les follicules voisins, enfin dans l'intimité mème du parenchyme, par l'hypertrophie des trabécules du réticulum, d'autant plus marquée que l’on se rapproche davantage de la cloison, et la transformation des cellules endothélales en cellules fibroplastiques.
— Cette sclérose, qui ne fait encore que s'ébaucher dans le ganglion mésentérique, apparaît prédominante dans les ganglions du cou atteints plus anciennement par la maladie: là, les divisions néoformatrices sont plus rares, l’activité cellu-
= A laire est diminuée et c’est l’infiltration généralisée par le tissu conjonctif hyalin qui domine la scène.
Ce tissu hyalin, qui se présentait à l’œil nu sous forme de bandes jaunâtres prises, à l’autopsie, pour de la nécrose, envahit l’organe en toutes ses portions: à faible grossissement, on l’aperçoit formant de larges traïnées hyalines d’un éclat particulier, circonscrivant des ilots lymphatiques de diverses grandeurs; à objectif fort, on voit partir de ces trainées des flèches de sclérose qui pénètrent dans l’intérieur même des ilots lymphatiques où le tissu hyalin s’infiltre diffusément ou se dissemine en nodules périvasculaires plus où moins volumineux.
Sous l'effort compressif de cette sclérose envahissante, les mailles du réticulum, aplaties, sont transformées en fentes allongées, où les lymphocytes se disposent en série linéaire comme les grains d’un chapelet; — les sinus périfolliculaires,
qui étaient élargis dans le ganglion mésentérique, sont effacés et ne laissent aucune trace ; — en un mot, la structure générale du ganglion, qui était conservée dans le ganglion mésentérique, est ie profondément troublée.
Nulle part, dans ces diverses altéralions, on n’a vu trace de nécrose; le fait est à noter, en raison de la fréquence de cette dégénération dans les lymphomes et en particulier dans les formes molles où elle est parfois très étendue. Ces formes nécrosiques correspondent cliniquement aux cas aigus; la sclérose appartient plutôt aux formes chroniques : et notre cas est, à ce point de vue, conforme à la règle.
Ajoutons que rien, dans les lésions ganglionnaires que nous venons de décrire, n’éveille l’idée d’un sarcome des ganglions.
En résumé, le processus morbide ganglionnaire est hypertrophique et néoformateur dans son premier stade et tend
déjà à la sclérose qu'il réalise pleinement à la période ultime.
— En l'examinant de plus près, il est possible d’en tirer quelques données utiles au point de vue des problèmes de divers ordres que la lymphadénie comporte.
On y surprend d’abord la genèse dans le ganglion de lélément lymphocyte : le plus souvent, ces lymphocytes nous ont paru procéder les uns des autres par karyokinèse, mais nous avons cru apercevoir aussi, en plusieurs points, un autre mode de formation — plus intéressant — à savoir: la transformation en lymphocytes des cellules endothéliales à gros noyau ovoïde, vésiculeux, qui tapissent le réticulum du parenchyme. Cette origine endothéliale du leucocyte rappellerait le fait observé chez les cyclostomes, poissons inférieurs. de la formation des leucocytes aux dépens des cellules mésodermiques de l'embryon (1). Cette genèse a été trop rarement observée chez l’homme pour être notée 101.
— L'étude du contenu cellulaire des sinus iymphatiques nous instruit sur la nature des éléments apportés au sang par les ganglions : cette étude est favorisée d’ailleurs par l'élargissement remarquable de ces sinus dans le ganglion mésentérique. Elle montre qu’en dehors des leucocytes polynucléés, d’ailleurs peu nombreux, amenés par le courant de la lympbhe, les sinus renferment les deux ordres d'éléments qu’on a vu naître dans le ganglion, c’est-à-dire des lymphocytes et de grosses cellules rondes à protoplasma abondant et à novau volumineux, de forme souvent inégale, festonné, riche en chromaline, avec des indices de division. De ces deux ordres d'éléments, le lymphocyte seul, comme on sait, se rétrouve dans le sang; quant à la grosse cellule ronde, ou bien elle disparait intégralement ou bien elle se transforme en grand
(1) Elie Metchnikoff. Leçons sur la pathologie comparée de l'inflammation.— Masson, 1892, page 135.