‹ Étude Anatomo-Pathologique d'un Cas de LymphadénieChapitre 39 sur 42 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Parvenu au terme de cette analyse histologique, 1l ne nous reste qu’à résumer, à discuter et à conclure.

L'examen anatomo-pathologique nous a révélé dans ce cas de lymphadénie trois ordres de lésions :

1° Des lésions primilives portant sur les organes hématopoiétiques, ganglions, rate et moelle osseuse, qui procèdent au début d’une tendance néoformative contrariée à un stade ‘plus avancé par la dégénération scléreuse.

Il nous a paru, d’après le degré comparé de cette sclérose, que la maladie ayant débuté par les ganglions du cou se serait étendue, par une progression descendante, au système ganglionnaire, en même temps à la rate ct plus tard seulement à la moelle osseuse.

2° Des lésions secondaires dans le foie et dans le poumon, dans les vaisseaux de ces organes et dans le sang de la circulation générale, dues aux embolies néoplasiques ou cellulaires issues des organes hématopoïétiques.

3° Enfin des lésions diffuses atteignant la plupart des glandes : rein, foie, testicule, capsule surrénale et pancréas, qui

RU S semblent attester la diffusion dans l'organisme de toxines semblables à celles que sécrètent les microorganismes.

De ces trois catégories de lésions, les deux premières dépendent sans conteste de la lymphadénie ; quant aux lésions diffuses, on peut hésiter à les y rattacher en raison de la survenance de linfection pyogène terminale qui a pu suffire, à la rigueur, à les réaliser. Nous ne saurions donc conclure fermement sur ce point.

En somme, le processus lymphadénique nous apparaît, dans notre cas, envahissant lout d'abord, soit les ganglions du cou, soit ceux du médiastin, comme semblerait peut-être l’indiquer le début clinique, s'étendant, dans l'ordre descendant, aux divers termes de fa chaîne lymphatique qui va du cou jusqu’à la région mésentérique, atteignant peu après la rate, et ne frappant la moelle osseuse qu’en dernier lieu. Pendant qu'il gagne ainsi de proche en proche, par un mécanisme qui nous échappe, ce processus néoformateur verse dansle sano les produits de son activité morbide : leucocytes et thrombus. Les leucocytes donnent lieu dans le sang à la leucémie ; entraînés par la cireulation Jusque dans les capillaires des organes, ils y portent leur propriété spécifique de faire du tissu réticulé là où il n’y en avait pas et donnent naissance, dans l'intimité même du parenchyme, à des néoformations lymphoïdes, tandis que les thrombus, échoués dans les gros troncs vasculaires, y réalisent de véritables greffes néoplasiques où survit l’activité formatrice du processus qui les engendra. Peut-être, enfin, mais ceci sous toutes réserves, l'organisme recevrait-il, en dehors des éléments figurés, une invasion de produits solubles analogues aux toxines bactériennes qui, diffusés dans la plupart des glandes, y manifesteraient par d’intenses lésions cellulaires leur capacité toxique.

Telle est, croyons-nous, la pathogénie de notre cas, dans sa formule synthétique.

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Mettons-la en regard des problèmes énoncés au début et voyons quel appoint de solution elle leur apporte :

1° Au point de vue nosologique, c’est évidemment un cas favorable à la doctrine uniciste, puisqu'il constitue à tous égards un de ces termes de transition sur lesquels insistait Jaccoud.

Cliniquement, c'est une forme hybride des plus nettes que les dualistes seraient impuissants à classer. Si certains symptômes, en effet, entre autres l'absence d’hémorrhagies, en font un cas de pseudo-leucémie, d'autres signes, au contraire, parmi lesquels l'excès d'acide urique dans les vrines (1) et surtout les caractères morphologiques du sang, le rattachent à la leucémie proprement dite, tandis qu’enfin le degré moven de la leucocythémie le place à égale distance des deux types isolés par les dualistes.

Ce caractère d’hybridité se manifeste plus encore dans le processus analomo-pathologique. Ces deux types anatomiques du dymphome pur où mou et du lymphome impur où lymphosarcome qui caractériseraient en propre d'après les dualistes, le premier les formes leucémiques et le second les formes aleucémiques, il les montre voisines et combinées. Suivant le degré de leurs altérations, les ganglions sont, en effet, des lymphomes purs comme au mésentère ou des lymphosarcomes comme au cou, où plutôt 1l n'est pas de forme strictement pure, car, dès le début, les ganglions présentent à la fois l’hyperplasie cellulaire et la prolifération conjonctive, attestant

(4) Eichhorst, Crocq, Laache, etc., font de l'augmentation de l'acide urique dans l'urine un des caractères et essentiels de la leucémie proprement dite, Virchow et Salkowski ajoutent mème de la leucémie splénique.

res

ainsi l’unité de ce double processus. Par la nature de ses lésions, autant que par ses caractères cliniques, notre cas est. donc favorable à la théorie uniciste.

I lui apporte aussi un argument sérieux en révélant le mécanisme de la transformation de la leucémie en pseudo-leucémie. C’est, en effet, une des objections les plus pressantes de l’école dualiste que la présence et l'absence de la leucocythémie pouvant coïncider avec les mêmes lésions des organes hématopotiétiques. Notre cas en fournit l'explication en montrant que la transformation de la leucémie en pseudo-leucémie peut résulter de l'oblitération des voies lymphatiques par la sclérose, c’est-à-dire du processus lymphadénique lui-même. [confirme donc par là l’une des hypothèses de Jaccoud disant, pour exphiquer le défaut de la leucocyvthémie: «Il est possible que les vaisseaux efférents soient imperméables par compression et que les globules blancs n'arrivent pas dans le sang, parce que la route leur est fermée.»

La pseudo-leucémie nous apparaît donc, d’après notre cas, comme un stade plus avancé de la maladie que la leucémie, fait qu'exprimait déjà Cantani (1), tout en l’expliquant mal, quand il disait: «La pseudo-leucémie représente le degré le plus élevé de l'affection. et si les globules blancs ne se montrent pas en excès dans le sang, c’est parce que dans cette forme les leucocytes, encore plus malades que dans la forme leucémique, ont perdu la faculté d'émigration et, par suite, restent accumulés dans les organes où ils sont formés.»

Nous avons vu que ce ne sont pas les leucocytes qui sont «plus malades», mais bien les organes qui leur donnent naissance, et que si les leucocytes jont perdu la faculté d'émigration, c’est qu'ils sont emprisonnés par la sclérose dans les organes originels.

(1) Sopra un caso di leucemia splenica. Il Morgagni, 1881.

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