‹ Étude anatomo-pathologique de la commotion médullaire directeChapitre 13 sur 35 · III. — Résultats et vue d'ensemble · texte numérisé non relu

III. — Résultats et vue d'ensemble

Comme on peut le voir, les 7 animaux dont nous avons réservé les pièces pour l'examen histologique ont été sacrifiés à des dates variables après leur traumatisme : 3 mois et demi pour le cobaye n° 7; 21 Jours pour le lapin n° 9; 12 Jours pour le cobaye n° 4; 8 jours pour le cobaye n° 3 et immédiatement pour les cobayes n°8, 10, 17.

Le cobaye n° 4 et le lapin n°9 ont présenté un syndrôme d'interruption physiologique totale. Nous avorts pu noter chez eux des modifications LR RArES des réflexes d’automatisme médullaire, sur lesquelles nous n'insisterons pas ici, cette question ne concernant pas les présentes recherches.

Les constatations anatomiques macroscopiques nous ont montré dans un de ces deux derniers cas, malgré lintégrité de la lumière du canal rachidien, de petites plaques ocreuses, reliquat d’hémorragie méningée ancienne. Dans 3 autres cas, une ou deux apophyses épineuses, à la hauteur du point traumatisé, avaient été fracturées.

Chez tous les autres animaux, la colonne vertébraie était intacte; on ne relevait aucune modification macroscopique, tant du canal rachidien que des méninges et de la moelle. De même nous n'avons Jamais constaté la présence d’hémorragies médullaires même minimes. Ces faits ne nous paraissent pas sans intérêt, car ils concordent avec les constatations de la plupart des auteurs précédemment cités.

Pour l’eramen histologique des différentes pièces que nous avons prélevées, nous avons borné nos investigations-à la moelle et, pour certains animaux, aux racines. Immédiatement après le sacrifice de l'animal, le prélèvement de la moelle a été

fait, suivi de fixation dans le formol à 10 p. 100. Dans d’autres Cas, nous avons placé moelle et rachis aussitôt après la mort caf le formol à 10 p. 100 et nous avons extrait la moelle ultérieurement quand la fixation était complète. Nous avons ainsi évité les altérations cadavériques signalées par Biondi, rappelant la dégénérescence primaire et présentant une nn topographique marginale avec atteinte des cordons postérieurs pouvant en imposer pour des lésions commotionnelles. Ce détail, on le voit, a une très grosse importance afin de ne pas ‘commettre d'erreurs fondamentales dans linterprétation des coupes. L'examen viscéral ne nous ayant rien montré de particulier à l’autopsie, nous ne nous y arrèterons pas dans ‘ce travail. R

Comme on a pu le voir, nos divers examens ont été pratiqués suivant plusieurs techniques dont les plus courantes ont été l’hémalun-éosine-bleu Poirier (méthode de Mallory-Masson, modifiée par R. Leroux (1), le Sudan, la méthode de Nissl, et surtout la méthode de Bielchowsky sur blocs.

L'étude microscopique topographique des diverses régions médullaires lésées nous a montré tout d’abord la présence de zones de dégénérescence aiguë analogues à celles que l’on trouve chez l’homme et dont on peut préciser l’étendue en largeur et en hauteur. En largeur, siégeant uniquement sur la substance blanche, cette dégénérescence aiguë des fibres myéliniques frappe surtout la région marginale, ainsi que le montre la figure 1. Elle prédomine dans les cordons antéro-latéraux et les cordons postérieurs. En outre, à cette désintégration élective des fibres nerveuses s'associent de peüts foyers de nécrose intéressant neurones et névroglie. |

Ces lésions importantes contrastent singulièrement avec l’état normal en apparence de la substance grise, vue à un

faible grossissement .

En hauteur, les fibres dégénérées et les foyers de nécrose peuvent, s'étendre au-dessus et au-dessous de la région trauma-

(1) La technique de Mallory-Masson modifiée, a été exposée dans une communication de notre ami R. Leroux à la Société Anatomique du 23 Avril 1921.

tisée et affecter ainsi un ou plusieurs segments médullaires. Dans le cas n° 9 où la survie fut de 21 jours après le traumatisme, nous avons observé un foyer de ramollissement, zone de , nécrose transverse, intéressant toute la moelle; ce foyer avait déterminé un syndrome d’interruption anatomique et physiolo-

Fig. 1. — Coupe de la moelle dorsale du cobaye n° 4. — Dégénération de la substance « blanche, des cordons antéro-latéraux (A) et des cordons postérieurs. Dans ces derniers, en B, on remarque plusieurs petits foyers nécrotiques. En CO, dilatations régu- ï : lières des mailles de la trame névrogiique. : En D, coloration intense des fibres nerveuses des zones radiculaires avec quelques vacuoles. ; Dilatalion du canal épendymaire (Méthode de Bielchowsky sur blocs).

gique complète comme chez les blessés de guerre étudiés par Lasrurrre, Roussy, d’Œzsxrrz et Corxir.

Chez le même animal on relevait l'existence d’une cavité: nécrique intéressant la corne postérieure et le cordon latéral. * Non seulement les fibres nerveuses ont complètement disparu et la trame névroglique largement aréolaire seule persiste dans la substance blanche, mais l'axe gris n’est plus reconnaissable. I n'existe plus trace du réseau des fibres nerveuses myéliniques et amyéliniques et les cellules nerveuses elles-mêmes ont été complètement résorbées. Seules quelques rares « masses hya-

lines » de Scamaus témoignent du processus pathologique qui s’est déroulé sur le segment médullaire dont, nous le répétons, aucune structure nerveuse ne se laisse identifier.

Telles sont, brièvement résumées, les premières altérations constatées par nous et qui viennent confirmer celles des auteurs précités.

Dans une étude analytique des lésions, nous avons tout par-

Fig. 2. — Coupe longitudinale de la moelle du cobaÿe n° 3. Hypertrophie considérable des cylindre-axes avec aspect moniliforme dû à leur fragmentation.

De nombreuses fibres argentophiles (A) sont hérissées d’épines (B). En C, fibrilles nerveuses en voie de fragmentalion. Dans la partie supérieure de la figure, aspect granuleux de nombreuses fibres nerveuses. Dilatation des mailles névrogliques. (Méthode de Bielchowsky).

tüiculièrement porté nos investigations sur l’état des fibres et des cellules nerveuses, de la névroglie et des vaisseaux. Nous tenons ici à faire remarquer combien l'étude pratiquée sur des coupes longitudinales est plus féconde en constatations pathologiques que celle sur coupes transversales, où l’aspect des cylindre-axes est plus difficile à apprécier. | Les fibres présentaient un aspect un peu variable suivant qu’il s'agissait de lésions observées très peu de temps (25 minu-

tes à 1 heure) après le traumatisme, ou de lésions plus tardives (8 à 21 jours). C'est un des faits les plus caractéristiques de la. lésion commotionnelle expérimentale que cette dégénérescence aiguë des fibres myéliniques dont l’aspect, à quelques détails près sur lequels nous insisterons plus particulièrement, rappelle la lésion observée chez Phomme.

Les cylindre-axes sont, immédiatement après le traumatisme,

Fig. 3. — Coupe transversale du cordon latéral de la moelle dorsale du cobaye 4. Dilatation irrégulière des mailles névfogliques (A), gonflement des gaînes myéliniques. Fragmentation et hypertrophie des cylindre-axes. (B), faible réaction de la névroglie. En C, cylindre-axes conservés. (Méthode de Bielchowsky).

gonflés considérablement, hypertrophiés dans la zone d’atteinte marginale, et mieux encore que chez l’homme apparaît Paspect monihforme et fragmentaire. La figure 2 montre nettement la présence d’épines hérissant la plupart des cylindre-axes altérés.

En outre, dans la partie supérieure de la préparation représentée, correspondant à la partie toute périphérique marginale, de la moelle, on peut remarquer l'aspect finement granuleux de nombreuses fibres nerveuses, aspect que nous avons retrouvé dans 3 cas seulement (obs. IF, IT et VIP. Nous ferons remar-

quer à ce sujet qu’il n'existait aucun dépôt granuleux sur les fibres conjonctives ou névrogliques pouvant faire penser à un artefact. ®

Sur les coupes transversales de la moelle, L ressemblance avec les lésions décrites chez l’homme s’accuse encore. La

Fig. 4. — Coupe transversale de la moelle dorsale! (du lapin n° 9 au niveau du foyer nécrotique transverse. Disparition complète de toutes les fibres nerveuses. Etat réticulé de la trame névroglique dont les fibrilles sont à peine hyperplasiées. En A. hypertrophie considérable de fragments rompus de cylindre-axes (Masses hyalines de Schmaus), au sein de vacuoles distendues. En B, quelques débris de fibres nerveuses ne revêtant plus l’imprégnation argentique. En C, fibres'conjonctives et névrogliques agglutinées et à aspect homogène. (Méthode de Bielchowsky avec surcoloration au Trypan:Rot).

figure 3 montre, en eflet le gonflement des fibres myéliniques, l’aspect irrégulier et hypertrophique des cylindre-axes.

Dans un stade plus avancé, réalisé par le syndrome d’interruption physiologique complet comme celui observé chez le lapin n° 4, nous voyons l’aspect ultime des altérations cylindra- xiles; les fragments altérés et rompus finissent par prendre ce type particulier auquel Scnmaus a donné le nom de masses hyalines. Ces corps hyalins nettement visibles sur la figure 4 sont très hypertrophiés, assez peu argentophiles, de même d’ail-

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