‹ Etude biographique, M. Jean Raimbault [microforme]Chapitre 12 sur 21 · LEE · texte numérisé non relu

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remarquer dans les examens publics des élèves, il traitait avec talent les sujets qui semblaient les plus abstraits, il portait la clarté dans les discussions; et, dans les réunions de ses confrères, ou encore dans les sociétés qu’il favorisait de ses rares visites, on parlait toujours avec admiration du charme et de l'intérêt de sa conversation. Ses entretiens étaient toujours instrucüifs, et ses vicaires nous en ont parlé, plus d'une fois, avec une profonde admiration.

Depuis trente-cinq ans, M. l’archiprêtre Raimbault, entouré de la confiance et du respect de tous ceux qui leconnaissaient, faisait le bonheur des paroissiens de Nicolet, où il s’efforçait de tout régler, de tout sanctifier par la douce influence de la religion, lorsqu'il sentit ses forces le quitter, ses membres lui refuser leur service.

Sa complexion, toujours si délicate et si frèle, semblait même, par fois, faire entièrement défaut, mais il se gardait bien de troubler les autres par ses plaintes, de les importuner de son malaise; car nul ne ‘connut mieux que lui les bienséances sociales, nul ne se serait reproché davantage de ne les avoir pas respectées.

Touruant son regard vers le bel établissement auquel il avait sans relâche dévoué son énergie, ses ressources et ses lumières, il eût désiré prolonger sa carrière pour aider encore les prêtres infatigabies qui s'étaient livrés à la sainte tâche d’'instruire et d'encourager la jeunesse réunie sous leur direction, pour recueillir les bienfaits d’une éducation classique et relivieuse.

La même simplicité de manières, la même droiture de cœur se faisait toujours remarquer dans les arrangements qu'il arrè-

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tait, de même qu'il savait montrer la même aménité de caractère dans les douleurs. Les facultés de son esprit ne dépérissaient pas. De concert avec ce prêtre, aussi modeste qu'habile et généreux, que nous avons mentionné, M. Léprohon, il fit une revue exacte de son passé, il interrogea ses souvenirs, revit des arrangements réglés el arrêtés depuis longtemps, dans le but de rendre de nouveaux services, d'être encore utile, s'il le pouvait, el de réparer ce qui aurait parut défectueux ou repréhensible dans les actes de son administration. Alors se répandit, dans la paroisse, dans le district même, la nouvelle affliseante de sa fin imminente. Les prêtres auxquels il avait prodigué ses soins, particulièrement à l'approche des examens et des ordinations, les ciloyens qui se rappelatent ses longs et utiles services, les fidèles qui n'avaient pu oublier les fonctions pénibles qu'il avait remplies auprès d'eux, s'inquiètent et prient dans le but d'obtenir du ciel la prolongation d’une vie si pleine de bienveillance et de charité. Au milieu des émotions que causait l’appréhension de sa fin prochaine, on oubliait que l'heure des récompenses était arrivée pour le bon et lidèle serviteur.

Cependant, le vénérable septuagénaire n'avait rien perdu de son jugement ni de sa présence d'esprit. Il sentit qu’il devait utiliser davantage encore les derniers moments de sa vie. Aussi, conservait-il toute la fraîcheur d'imagination, la sensibilité de cœur qu'on avait tant de fois remarquée en lui, lorsqu'il n’était qu’au méridien de la vie, alors qu'il se distinguait le plus par son air à la fois doux, grave et digne. Jusuqu’à :: . dernier jour, on put admirer, en effet, la noblesse et le uesintéressement de son âme.

Son attitude était toujours ferme et annonçait le courage du bon soldat de Jésus-Christ, disposé à soutenir de nouvelles épreuves. On voyait que depuis longtemps, il se préparait à l'heure du sacrifice comme une victime destinée à l'immolation. Ainsi, jusqu'à la fin, Dieu se plut à éprouver et à soutetenir son grand serviteur, et jusqu’à la fin, ce prêtre fidèle

voulut édifier et sanctifier, par sa parole et par sa conduite, ceux qui l’approchaient. Sur son lit de mort, il fut ce qu’il avait loujours été : sage, calme, courageux et fervent. Plus l'heure suprême approchait, plus la prière était sur ses lèvres.

Tant qu'il put prier, il remerciait Dieu sans cesse d'avoir préservé son âme des effets du souffle révolutionnaire ennemi de tous les pouvoirs et ‘le toutes les croyances, et de lui avoir conservé les consolations de la foi à travers toutes les phases de la vie.

On est porté à se dire quand on a santé, vigueur et prospérité, qu'il est facile de se tenir à cette hauteur de sentiment ; mais qu'on ne perde pas de vue toute l'étendue de la carrière de ce vertueux ecclésiastique, et l'on trouvera que son âme, dans le maiheur et dans toutes les situations, à su conserver la même noblesse de sentiments, la même dignité de pensées, le même respect pour son caractère.

L'état de faiblesse et l'épuisement dans lequel se trouvait ce bon prêtre, depuis si longtemps malade, l'avait averti qu'il devait bientôt finir son utile et édifiante carrière, Depuis plusieurs années il se préparait à ce grand événement, et l'annonce de l'heure suprême ne lui fit éprouver aucune émotion. Toujours recueilli, M. l'abbé Raimbault se montra résigné et confiant en la bonté du Sauveur. Sa parole, son front, l'accent de sa voix, annonçaient le calme et la sérénité de son âme.

M. Raimbault prescrivit tout ce qui regardait la paroisse dont il allait se séparer, et les avis qu’on devait donner à ses chers paroissiens afin de les intéresser plus efficacement à son sort devant Dieu. D'un air ferme et doux à la fois, il ordonna ce qui concernait ses funérailles. 11 reçut les sacrements pour la dernière fois, vendredi, le 12 février.

Tous les assistants étaient édifiés des témoignages qu'il donnait de la foi la plus vive et de l'amour le plus tendre. Ses regards étaient pleins d'affection pour eux. Les visages étaient mories et attendris. Le respect seul contenait la douleur des

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Dès le commencement de février 4841, il avait fait appeler de nouveau le directeur de sa conscience, son confident intime, M. Léprohon, et luiavait remis ses papiers, ses manuscrits, pour en disposer selon qu'il le jugerait convenable devant Dieu. I lui donna, dans le temps, pour l'avantage de la jeunesse, toul ce qu'il possédait : mobilier, livres, ete. ; il aimait à s'entrelenir dans ce moment solennel avec ee guide éclairé, el avec le dépositaire de ses pensées, de ses craintes, de ses projels et de ses espérances. Nous n'entrerons pas dans ces mystérieuses intelligences d'un homme sur le seuil de son éternilé avec celui qui l'y introduit. Sans doute il reçut de la bouche de son ami les encouragements el les exhortations dont les saints mêmes croyaient avoir besoin, pour franchir le passage redoutable du temps à l'immortalité....................….

Eafin, le 16 février, M. Léprohon reçut son dernier soupir. Le digne et vertueux pasteur venait de rendre à Dieu son âme enrichie de tant de belles actions ; il s'était endormi avec calme dans le Seigneur, en pressant son crucifix sur ses lèvres avec la confiance du juste. I n'avait éprouvé aucune de cvs frayeurs ordinaires à ceux qui ne sont pas accoutumés à envisager le ciel et à méditer sur Féternité. Sa mort, comme sa vie, fut des plus édiliantes.

Les élèves du coflége, également pénétrés d'amour et de respect pour le vénérable défunt, prirent spontanément le deuil. Les restes mortels du regretté pasteur furent exposés, dans laehapelle du collège, sur un lit funèbre. Le corps, revêtu des ornements sacerdotaux, fut transporté, le jour de linhumation, à l'église paroissiale, à la suile d'un service funéraire <élébré dans la ehapelie.

L'inhumation eut lieu le 19, dans la chapelle Saint-Louis, à l'église paroissiale. Le clergé de la paroisse se réunil au elergé du Séminaire, composé des élèves de la maison et d’un

grand nombre de prêtres du district, La foule encombrait te temple et ses avenues.

M. Cooke, vicaire-général de l'évêque de Québee, et alors curé des Trois-Rivières, ancien élève du Collége de Nicolet, et qui avait toujours été à même d'apprécier les talents variés et féconds de Pillustre défunt, ainsi que la noblesse de son caractère et la pureté de sa vertu, célébra la messe pour le repos de son âme, au milieu du pieux recucillement des fidèles éplorés, des chants pleins d'harmonie et des sons de l'orgue répétant des hymnes funèbres où harmonieuses avec les sentiments de deuil du jour. Après les absoutes, il énuméra les titres de ce: bon prêtre aux regrets de ses paroissiens, des ciloyens et des. enfants de l'Eglise, en montrant qu’il avait été doué des talents de l'homme généreux et des sentiments d’un vrai ministre de l'Eglise de Dieu. Ce grand cadre fut rempli par les divers traits qui signalèrent la carrière si bien remplie du vieux prêtre ; mais on regrella que le prédicatenr parlàt d'un ton de voix qui ne laissait qu'aux plus rapprochés la satisfaction de l'entendre. Le froid, Pempressement de la foule et la trop grande émotion de l’orateur firent perdre tout l'effet de ce diseours.

La mort de M. Raimbault causa une grande affliction dans sa paroisse, el dans lout le district généralement, Ce pieux ecclésiastique fut aussi regretté par un grand nombre de prêtres, dont il était le conseiller et le guide, disons mieux, l'ami dévoué ; sa mémoire est encore chère à ceux qui l'ont connu.

Ce bon prètre aux mœurs pures et austères, mortifié, studieux, patient à l'excès, avait véeu retiré, tout occupé à remplir ses diverses obligations. 11 é'ait doué de qualités précieuses et rares, qualités personnelles non moins estimables: que ses lalents. IL était bon, obligeant, serviable, plein de

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compassion pour les pauvres et très-ingénienx à soulager leur misère, Avec tout le monde, il était poli, prévenant, couversant avec intérêt, mais avec modestie. Sa parole élait onctueuse, et parfois éloquente, toujours animée de la charité la plus pure.

Ses veux étaient noirs et pleins d'éclairs ; ils refléchissaient sa belle intelligence. Son teint était pâle et mélancolique, De grande taille, d'un maintien grave, tout en lui aceusait l'homme digne et qui commandait le respect. I partait avec une grande précision, sans toutefois exclure l'élégance, On eût dit que son caractère était timide, tant sa fermeté était modeste, Le respect de soi-même et des autres, il l'affirmait par la décence et la propreté de sa mise et de ses habits.

La foi de ce digne ecclésiastique était vive ; on sait avec quel calme il envisagea ses derniers moments. Lui qui, dans sa jeunesse, avait entendu les plus désolantes doctrines, sans qu'elies eussent jamais abaissé son âme, ou énervé sa vertu, lui, dont la jeunesse avait élé si dûrement éprouvée, et dont les jours avaient $té pendant quatre ou cinq ans un holocauste continuel, il ne trouvait de consolation qu'au pied des autels,

Ses écrits, quoique peu nombreux, suffisent pour attester que le digne archiprêtre étaitrempli du zèle sacerdotal et que, chez lui, la sagesse se joignait au zèle, et la lumière à la piété,

Mais ce n'est pas l'éloge de cet homme de bien que nous avons à tracer. Nous avons dû nous borner à quelques particularités d'une vie qui nous a semblé constamment remplie de sacrifices faits au devoir et à l'honneur. En constatant que ce prêtre vertueux fut toujours honoré de l'approbation de ses supérieurs, qui l'appelèrent à des postes où il fallait mettre de grands talents au service d’une administration importante, on voit que le désir de bien faire, le porta toujours à accomplir sa tâche de façon à donner satisfaction à tous. Noble ambition d'une âme au dessus du vulgaire, noble loyauté qui avait déjà trouvé sa récompense sur la terre, avant d'aller en recevoir une plus durable, dans un monde meilleur,

Le monument élevé sur la tombe de M. l'abbé Raimbault, dans l'église paroissiale de Nicolet, monument qui rappelle tant de vertus el laut de bonnes œuvres, est simple et sans ornements. Les amis de la religion ont voulu perpétuer ainsi ja mémoire d'un digne prêtre dont nous vencns de raconter brièvement la vie en rappelant à la postérité les services signalès qu'il a rendus à l'Eglise, aux lettres et à F'Etat qui se gl'rifie de le compter au nombre de ses enfants les plus dévoués.

L'épitaphe de feu M. Raimbault est ainsi conçue :

Cineribus et memoriæ Revdi JOAN : RAIMBAULT, Aureliani, E Gallia pro fide exulis,

Morum suavitate et pietate Humanis sacrisque litteris...

Conspicui,

Seminarii Nicoletanensis Prwsulis.

Qui hanc parochiam XXXIIT annos, Summä omnium vencratione, Rexit,

Juventuti, artibus et religioni Charus,

Placidä morte quievit Die XVI februarii anno MDCCCXLI Ætatis suæ septuagesimo primo.

Olim Iste pastor Sponte et optime Dicebat : Domine,

Dilexi decorem domüs tuæ.

Plangite simul'et orate.

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