‹ Etude biographique, M. Jean Raimbault [microforme]Chapitre 17 sur 21 · LU · texte numérisé non relu

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Qu'il serait beau de le faire voir dans la double épreuve de la grandeur et de l’adversité, des richesses et de l’indigence, honorant le sacerdoce par ses vertus, en enoblissant ses disgricen par son courage; et, dans cet asile que la Providence lui ménagea, qu’il sut si bien apprécier, 8e dévouant aux travaux du ministère avec le zèle et l’ardeur d’un jeune lévite, avec le succès et la ferveur d’un apôtre.

Mais d’abord que pourrons-nous vous dire sur une vie si remlie de vicissitudes ?...... Pour vous parler de sa naissance et e son éducation, il faudrait des mémoires de familles qui nous

manquent. Les seuls détails que nous ayons à vous communiquer sont pris dans quelques écrits publics ou dans ses entretiens particuliers qui avaient tant de charmes. C’est par ses communications échappées à sa modestie, ou surprises à sa complaisance, que nous savons que la famille dont il était issu était surtout célèbre dans la magistrature. Son illustre père, M. Louis-Dominique De Calonne, premier président au parlement de Flandres, réunissait aux talents qui font le magistrat les vertus qui distinguent le chrétien. C’est ce que nous apprend la légende apposée autour du portrait du premier président ‘ Jlic lux Patriæ pauperum que salus”” (a). Il était l'ornement de son pays, le salut et le soutien des pauvres. Témoignage d'autant plus honorable que c’est la voix publique qui le proclame l’ornement et la lumière de son pays, par l'éclat de ses talents et de son mérite, le salut et le soutien des pauvres; soit qu’il se fût toujours montré, dans l’exercice de sa charge, le défenseur naturel du pauvre contre le riche oppresseur, du faible contre le puissant, soit que sa charité envers les pauvres ait été une de ses vertus distinctives.

Le chef de la magistrature, comme tous ceux qui remplissaient les charges les plus élevées, s’honorait des devoirs du christianisme. La religion était héréditaire dans ces anciennes familles; et, avec quelle confiance, et l’Etat et le public, ne pouvaient-ils pas se reposer du soin de leurs plus précieux intérêts sur des hommes qu’ancune considération n’empêchait de s'acquitter de leurs devoirs religieux. La mère de notre cher

Trois-Rivières. On sait que, dès son arrivée aux Trois-Rivières, en 1807, il fut chargé de la desserte de la paroisse de la Pointe-du-Lac, en qualité de curé, en même temps qu'il remplissait les fonctions de chapelain et de confesseur des dites dames, chez lesquelles il demeurait, que pendant six annres qu'il conserva sa cure, il disait la messe au couvent, prèchait tous les dim'nches et fêtes, pour partir de là et aller à trois lieues, à cheval ou en voiture, par de très-mauvais temps et chemins. chanter la messe à sa paroisse, y prècher, catéchiser, confesser, etc,

(a) Le portrait est entre les mains de l’auteur. On y lit la devise ou légende citée. on y voit les armes de la famille, et au bas celles, à ce qu'il semble, de l'abbé De Calonne.

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défunt travaillait avec autant d’émulation que de succès à inculquer dans le cœur de ses enfants les principes de la foi, de l'honneur et de la vertu.

C’est sous de tels au<pices, fortifié par de si beaux exemples, que s'élève le jeune Ladislas DeCalonne. Ses études finies, 1l se destine au barreau. Dans un âge peu avancé, nous le voyons Conseiller au Parlement de Douai, place qu'il dût, moins à la protection et à la faveur qu'à ses talents qui commencçaient à se développer. Les Cours Supérieures ayant ete exilées, M. DeCalonne suivit le sort de ses illustres confrères, comme pour préluder à un exil plus rigoureux et qui ne de rait avoir d'autre terme que sa mort.

Qui aurait pensé que cette disgrâce dût changer ses inclinations et produire un résultat si avantageux ? C’est dans Île loisir, que lui laissa la vacance des cours, qu'il se dégoûta de la vie seculière, et qu'il résolut de se consacrer à Dieu duns l’état ecclésiastique. On croira peut-être que, ne pouvant parvenir au gré de ses désirs dans cette profession qu'il abandonna, il

n'uspirait à rien moins qu'aux plus hautes dignités de lé tait qu' il embrassait; la suite nous fera voir qu'il n'avait fait qu'obcir aux attraits de la grâce et qu’il fit plus d'efforts pour se soustraire aux honneurs que pour les rechercher. Pour faire lapprentissage d'une vocation si sainte, il choisit le Séminaire celébre, où des hommes vénérables, joignant la science à la sim-

licite, exercent tous les jours, SOUS les yeux de leurs élèves, fe vertus qu ‘ils enseignent et s’en montrent plutôt les pe res que les maitres. C’ est là que fut formé l’official de Cambrai, comme il avait pr ‘paré l’immortel Fénelon, son illustre archevêque, ainsi qu'un grand nombre de ceux qui, depuis deux siceles, ont jete le plus d'éclat dans l’épiscopat et le sacerdoce français par leurs vertus ou par leurs talents,

Parvenu, dans un âge mûr, à l'ordre de la prêtrise, auquel il s'était prépare par les études analogues en se formant aux mœurs et aux obligations qu'il lui imposait, sur l'exemple de ses maitres, dont il parlait toujours sur le ton du respect le plus profond, il est appele dans la capitale de sa province pour un canonicat dans la cathédrale de Cambrai. L'illustre prélat qui en se pe alors j siége, (4) digne appréciateur de son mérite, bientot élevé à la dignité de grand vicaire, et, peu après, à un d’official de cette église,

Je ne le suivrai point dans sa nouvelle carrière où sa ré putation de sagacité dans les procédures les plus compliquées, de diligence et d'intégrité dans l'administration de la justice, détournant le cours des procès dex voies ordinaires pour les faire aflluer à son tribunal, lui suscita une conestation vive et im-

(a) M. DeChoiseul était alors Archevèque de Cambrai.

portante dont il sortit victorieux, ne s'applaudissant du gain de son affaire qu'en faveur du publie dontil servait la cause (a)

Mais bientôt Pelevation d’un frère que l’eclat de ses rares talents, plutôt que celui de sa naissance, fit arriver successivement à l’intendance de la Province de Lorraine et au poste éminent de controleur général des finances, ne permit plus au digue official de demeurer dans cette place qu'il remplissait avec tant de distinction, Prossé pur les sollicitations du ministre, qui, connaissant le mérite de son frère, ne le croyait pas au-dessous des premières dignités de l'Eglise, poussé, dis-je, d'accepter un Evéché, il le refusa constamment, La seule charge qu'il désira, qu'il demanda et qui ne lui fut paint accordee, sans doute parce qu'on ne la croyait pas digne de lui, fut celle de Bibliothecaire du Roi (h). Ce qui atteste bien sens blement la modestie de son ambition et son goût naturel, en méme temps que son aptitude pour les sciences,

Il entrait dans les vues du ministre d'approcher de lui un frère dont il appreciait les lumières, C’est pour cela qu'il lui fit accepter l’abbaye en commande de Saint-Père de Melun, bénéfice dont les priviléges honorables et les grands revenus lui procuraient des avantages peu inférieurs à ceux de lPepiscoput, sans lui en imposer les obligations qu’il redoutait (c).

C’est dans cette situation, dont il mit a profit les loisirs, par son goût pour le: sciences qu'il cultivait, par les ameliorations qu'il fit à son abbaye, par son intimité avec des personnes en place, où recommandables par leurs connaissances, c'est là, dis je, que le trouva cette malheureuse révolution qui, en changeant sa situation, l'exposan à tant de vicissitudes. Jetons un voile de discrétion sur la part que son frère lui donnait aux affaires les plus importantes de l'Etat; passons sous silence le zèle et le dévouement avec lequel il aïdait le ministre, par ses conseils, par son habitude duns les affaires, pour arriver à cette facheuse époque.

C’est ici que l'abbé de Saint-Père va déployer tont le courage de son âme; tous les moyens vont être employés à la cau e la

(a) L'officialité de Cambrai partageait la jurisdietion civile avec les tribunaux séculiers: mais ce droit de juger les canses civiles au choix des p'aideurs etait tombé en desuétude par le défaut d'exercice, lorsque M. De- Calonne entreprit de le faire revivre et en vint à bout à la grande satisfaction du publie. les procès se jugeant sans frais.

(b) M l'abbé DeCalonne n'a fait cet aveu que peu de temps avant sa mort, il ajouta même que son frère, le ministre, Payant fait donne à un autre, quoiqu'il la lui eñt promise, cela oecasionna entre les deux frères une alt-reation qui fut même prête de les brouiller pour toujours. Cette: circonstance provenait de ce que le ministre avait des vues plus élevées eur son frère.

(e) La ville de Melun n'étant qu'à douze lieues de Paris, M. l'abbé pou vait aisément communiquer avec le ministre.

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plus honorable qui fut jamais, au soutien du trône et de l'autel, C'est ici que commence aussi l'histoire de ses malheurs. Elle est arrivee pour la France cette désolation, dont on peut dire qu'on n'en avait pas vu de semblable depuis le commencement de la montrchie, et dont je ne veux rappeler en ce moment que ce qui se lie aux destinées de M, l'abbé DeCalonne,

Aux siècles precédents on avait vu ce qu: peut la haine du

christianisme dans les sectateurs des autres religions, ce que eut le faux zèle pour amener quelquefois les hommes contre LT hommes au nom du ciel; maintenant on va voir ce que eut, pour le malheur des peuples, le fanatisme de l'impiete, ve sophistes impitoyables, armes tour à tour du gluive de Néron et de la plume de Julien, déclarant la guerre à Dieu et aux hommes; tout ce qui ne plie pas devant leurs systemes pervers en devient ki victime; les noms de tolerance et d’humanité ne sont que le signal de la persécution la plus sanglante. Les chrétiens sont immolés devant les autels de la raison, comme ils l’étaient autrefois aux pieds des idoles du paganisme ; et le dix-huitième siecle, qui s'est appele le siècle des lumières, aura la honte éternelle d'avoir fait une multitude de martyrs. Les sciences, les arts, les connaissances humaines ne sont rien contre la fureur des passions déchainees, quand les freins de la religion et de la morale sont brisés. Ainsi s’accomplit cette parole du sage: # Lorsque les impies règneront, le peuple gémirva.”" Cum impii sumpserunt principatum, gemet populus.

C’est suriout contre les colonnes de l'Eglise, contre le corps des Pasteurs que les coups sont dirigés, mais le ciel est avec eux pour leur communiquer une force invincible, Les jeunes s'unissent aux anciens pour former tous ensemble une sainte phalange contre l'ennemi commun. Le moment du combat arrive, et, dès la seconde attaque, on s'aperçoit qu’il est plus facile de les dépouiller que de les avilir, de les persceuter que de les aincre. Fatigues de leur resistance passive et de la présence importune de ces. accusateurs de leurs nouveautés sacriléges, après avoir employé tous 1es moyens de lasser leur patience, les persecuteurs pr'ononcent la peine d’exil, mais avec tant de rigneur que, sans la protection divine, ils ne pouvaient échapper au massacre auquel ils semblaient réservés. C’est le sort que subirent un grand nombre de ceux qui n'avaient pu obeir à la loi de l'exil, et qui furent égorgés sans défense, comme si leur sang eut dû servir à venger leurs adversaires de tant d'autres victimes qui venaient de leur échapper.

Certes, c'est un beau spectacle donné an monde que celui de cent trente Evèques marchant à la tête d’une multitude de prétres fidèles qui, s'élevant par la foi au-des-us des considérations humaines, immolent leur repos à leur conscience, et pré-

férent l'exil, In mort môme, s'il le faut, à de commodes, mais funestes innovations, Paraissez, illustres exilés, niontrez aux peuples divers cette Eglise Crallicane, plus belle dans ses mal- Euh que dans ses prospérités, et plus grande encore que sa renommée. Il appartenait au royaume très-chrétion, de donner à l'univers un des plus beaux exemples d'héroïsme religieux que puissent présenter les annales du christianisme. Pour trouver quelque chose de semblable, il faudrait remonter jusqu'à l'Eglise d'Afrique, au temps de la dévastation des Vanaies.

Cependant, quel parti prendra l'abbé de Saint-Père de Melun dans des conjectures aussi fâchenses? Politique souple, adroit, se pliera-t-il au gré des circonstances? Ces droits antiques, cos prineipos fondamentaux de la monarchie, le verra-t-on les abandonner pour se déclarer en faveur de nouveaux systèmes? Le verra-t-1i S'ecrouler sans le défendre, ce trône de Charlemagne et de saint Louis? Mais surtout dans cette lutte mémorable de l'impiété armee de tout le pouvoir, trahira-t-il la cause de la religion ? Ce serait bien peu connaître l’illustre abbé de Calonno que de le croire capable d’une lâcheté si coupable, de si eriminellex errears.

N'ayant pu défendre ces droits sacrés au sein de cette assemblee, si malheureusement célèbre, et où il avait désiré d'avoir un siége, il travailla de tout son pouvoir, tant par ses écrits que par ses conseils, à ralentir du moins la force du torrent qui menacait de tout engloutir. Prononcer hautement ses opinions, c'était s'exposer à tout de la part des factieux ; mais il en avait prévu les conséquences, et rien ne fut capable de le faire changer de conduite. Inflexible dans ses principes, ardent à les défendre, il n'était pas dans son caractère d'y mêler certains tempéraments propres à ôter tont ce qu'ils avaient d'odieux à l'égard de ses adversaires. Tant d'efforts, tant d'intrepidité a bientôt surexcité contre lui la haine des méchants, Son courage les irrite, sa tète est mise à prix (a), et l'abbé de Calonne a l'honneur de voir son nom inscrit sur la mêmo liste de proscription à la suite des augustes princes, que la Providence n’a conservés au milieu de tant de revers, que pour guérir les plaies de la France désolce, pour fermer l’abime des révolutions et réparer es brèches du trône et du sanctuaire,

Pour faire ressortir tous les droits que l’abbé de Calonne a à l'estime et à la considération publique, il faudrait le suivre dans les différentes contrées qu'il parcourut successivement, tantôt réuni à la Cour des Princes angustes, tantôt fixé en Angleterre. Là, à défaut de tout autre moyen, il défendit la

a) Sa tête fut mise à prix—celle des princes pour la somme de 50,000 francs et celle de l'abbé de Calonne pour 3,000 francs,

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bonne cause, celle de la royauté, de la religion et de l'honneur dans des écrits périodiques, rédigés avec autant de chaleur que de solidité (a.) C'est ainsi qu'il croyait acquitter la dette de la reconnaissance pour l'hospitalité qu'il avait reçue de cette nation généreuse et servir son ingrate patrie dont il ressentit toujours vivement les infortunes.

Enfin, une nouvelle carrière s'ouvre devant M. l'abbé de Calonne, Le désir d'être utile à des neveux que la révolution a dépouillés de leur fortune, l’attire dans une île du golfe dépendant, pour Île nd de ce diocèse, C'est là que, manquant l'objet qu'il s'était proposé, celui de former des établissements pour ses neveux, il envisagen de plus près lo néant des fausses espérances du siècle ; il ne veut plus s'occuper que du principal négoce, celui des biens célestos. C’est là qu'il commence la vie d’un apôtre, que dis-je? joignant l'austerité d'un anachorète au zèle d'un évangéliste, il cultive, avec autant de succès que de soins, une chretienté qui conservera toujours le souvenir de sa charité e4 de ses instructions.

Il est arrêté dans les décrets que cette ville (les Trois- Rivières) aura la consolation d'offrir à l'abbé de Calonne un abri contre les coups de la fortune et un nouveau champ à son “èle apostolique. En vain la politique particulière de certains tndtetiq qui semblaient craindre sa célébrité, cherche à mettre des obstacles à son entrée dans cette province, Appelé par l’illustre prélat (Mgr. Denaut) qui gouvernait alors lo diocèse de Québec, et qui sut apprécier son mérite dès le premier instant qu'il le connut, il PM à enfin ces heureuses contrées ; il prend possession de cette douce solitude dont il sut si bien goûter les avantages et où il a vécu quinze années sous nos yeux. Le voilà sur un nouveau théâtre. N'est-ce pas ici que doit se terminer cette faible esquisse d’une vie si intéressante ? Car que pourrais-je ajouter que vous ne sachiez mieux que moi ? Que dis-je? qui pourrait se flatter de connaître à fond une vie si cachée en Jésus-Christ ?

Tout ce qu'il pratiqua d’austérités, tout ce que son zèle lui inspira pour la conversion des pécheurs, tout ce que sa charité lui inspira en faveur des pauvres qu’il soulageait de sa propre substance, tout ce qu’il lui en coûta, dans son honorable indigence, pour perdre le souvenir de ce qu’il avait possédé, tout ce qu'il fit d'efforts pour réprimer la fougue de son tempérament, sauf quelques saillies échappées à la nature plutôt qu’à la volonté et réparées presque aussitôt, tant de victoires difficiles, tant de sacrifices pénibles et ces communications prosque continuelles avec Dieu. Ah! ce sont autant de

(a) L'abbé de Calonne rédigea pendant plusieurs années le Courrier de Londres et y défendit toujours les bons principes.

trésors qu'il tenait renfermeés, C'est un fonds inépuisable do mérites qu'il cachait dans le sein de Dieu pour n'en attendre que de lui la juste recompense,

Aije besoin de vous le représenter dans la chaire de vérité où vous l'avez vu tant de fois monter ? A ses cheveux blanes, à su vencrable figure, on croyait reconnaitre un Pere do l'Eglise, D'abord reuetili, les yeux fermes où modestement baisses, on attendait avec anxiete Le moment où il allait commencer, La parole sainte sortait de su bouche avec une magnilicence divine où avec une majestueuse simplicité, Bientot l'orateur s'élevait, il s'enflammait, il lancent des foudres sur la tote des pecheurs. Il proclaumait les jugements de Dieu sur les iniquites du monde, sur le scandale des mauvais exemples : à peine pouvait-on respirer d'étonnement et d'ami ration, Tout à coup, quel changement dans l'orateur!linter. prete de la sévérité du ciel devient humain et débonnnire, Aux eclats du tonnerre celeste ont succode les doux accents de ln misoricorde divine, Après avoir montré un juge severe, il aimait à faire entendre un Dieu sauveur, Alors qu'il etait touchant de lentendre! ou, les yeux mouillés de larmes, s'accusant lui-méme d'insensibilité, où reprochant doucement au pecheur son defaut de confiance et sa resistance coupable aux sollicitations du bon Pasteur,

Vous le peindrai-je prosterne et comme anéantisur les degrés du sanctuaire, passant des heures entières dans le recucillement le plus profond, occupe à pleurer ce qu'ilappelait ses fautes, ses erreurs passées, où à adorer le Dieu des tabernaeles ? Ah! qu'il eut bien voulu expier, dans cette posture si humble et pur ses hommages, les scandales et les irrevérences commises dans le lieu saint! Mais quelle piété, quelle dévotion il inspirait dans l'esprit des assistants, lorsque revêtu des habits sacerdotaux, il montait à l'autel pour célébrer les saints mystères. De quelle foi vive il était animé, avec quelle onetion il proforait les paroles redoutables! De quelle crainte, de quelle contianee il paraissait tour à tour pénetré en mangeant le pain de la vie | Mais, je le sens, je ne fais qu'affaiblir les impressions que de si beaux exemples, dont vous avez été tant de fois les témoins, auront grave dans votre mémoire et plus encore dans vos cœurs en traits incttaçables (a).

(a) L'auteur regrette que le peu de temps qu'il a eu à se préparer ne ni ait pas permis de faire entrer dans cet éloge funèbr: certains details de la vie publique et privee de l'illustre défont. eût falu abreger ou elaguer ce qui n'etait pas personnel, et, pour ce choix, il eût fallu du temps, a nsi que pour presenter ces détails dans un style oratoire. Que de choses à dire, par exemple, sur sa manière de vivre si reglee, si uniforme, si constante. Se lever à quatre heures du matin, dans toutes les saisons de l'an nee, faire deux heures d'oraison par jour, la première le matin et l'autre en

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El restornit à vous le faire voir dans sos derniers moments, où affaibli gear l'age et exténue par des intirmités qui le mi naient sourdement, par une application peut-6tre À une œuvre du ministere à laquelle il ke préparait encore, pouvant à peine respirer, et dans les derniers jours, se trainant au pied de l'uus tol pour y recevoir l'agneau divin, depuis qu'il était prive dé pouvoir l'offrir en sacritice, Et ses ornisons, qu'il n'intorrome pait presque plus, Et ses souffrances qui tai tiruient à peine quelques soupirs, Cette douce sérénité, présage d'une confiance ussurce duns les miséricordes de celui dont il n'avait cesse do craindre la justice, “Non, ne comptons pas sur nos œuvres extericures," répondait-il à quelqu'un qui cherchait à modcret cette defiance par In vue de ses travaux et de es mortitieations,

Je ne puis passer sous silence ce trait d'éedification d'une vie qui en etait toute remplie, Je veux dire comment il reçut pour la derniére fois le pain des vivants qui devait lui servir de vit

deux fois, jeñner tous les mercredis, vendredis et samedis de l'année, tout l'avent, Le caréme et observer les autres jeûnes de Léglise, etc, ete, Mais quels jeûnes encore! ne faisait absolument qu'un seul repas, le midi, et he mangeait que des légumes, Dans la faiblesse où il se trouvait à la fin du carème ou dans ses maladies, il ne voulait rien Changer à ce regime, Quelle sobrieté dans ses repas 280 privant des choses que lon sait qu'il aimait. —Son talent pour la conduite des âmes, cette confiance qu'il ins pis rail, Isemblait que ses decisions étaient reçues comme des inspirations, Sa théologie était autant le fruit de ses études que de ses méditations au pied du erucilix. Si fallait decider quelle était sa dévotion particulicre, on pourrait dire que c'étan celle de saint Paul: c'estä-dire Famour de Jésus-Christ crucifié, Ses jaculations ordinaires, et elles étaient fréquentes, élaient : O mon désus...ô Jésus!

Éntin, sion se rappelle sa vivacité, quelques traits de brusquerie, on ne manque pas de se rappeler aussitôt que ces saillies d'un caractere bouil. lant étaient desavouées, reparees presque à l'instant... Qu'on se rappelle ce trait d'une charite vraiment chrétienne et d'une force héroïque. Avarit traite, avec un peu de sévérité, un de ses paroissiens, un dimanche, avant la grand'imesse ; après qu'il eût fait l'aspersion etavant de celévrer, ilalla, en présence de tous les assistants, assembles pour l'ollice, se prosterner au banc d'anvre,—c'était un de ses marguilliers qu'il avait offense,—et là il lui demanda pardon à haute voix de sa faute, du scandale qu'il avait dons n°, mais avec tant d'instance, que non-seulement celui à quiil s'adrege sait, mais tous les assistants fondant en larmes,

L'auteur pourrait ajouter d'autres traits aussi dignes d'admiration et que la discrétion le contraint de passer sous silence.

Que n'aurait-on pas à dire aussi de la perdeetion. tant des vertus que des obs rvances religieuses, qu'il introduisit dans cette communauté déjà si régulière, Les larmes et les regrets de ces Frventes cenobites prouvent bien leur affection pour un père si cheri et si digne de l'être, par l'atlc« tion qu'il avait pour ses dignes filles ; mais cetle bonne odeur que ses ins truclions et ses exemples ont laissre daus celte communaute, et que la rotection de ses prières servira à entretenir, attestera à jamais le prix et es avantages du séjour qu'il y a fait et les efforts du zèle le plus pur pour la sanctification des âmes qui lui étaient confiées et les fruits abondants qu'en ont retirés ces âmes dociles et avides de croitre dans la perfection,

tique pour le passage du temps qui lui échappait à l'éternité où il allait entrer. Quels avaient été ses désirs de recevoir encore le Saint des saints, de boire de ce vin délicieux, du sang de Jésus-Christ dont il ne devait plus boire que dans son royaume! Avec quels transports de foi et d'amour il voulait s'élancer au devant de l'époux en s’écriant : % Mon Seigneur ot mon Dieu!" jusqu'à ce que, manquant de forces, il tombe en frappant la terre de son front vénerable,

Enfin la victime est prête, le froment est mûr, l'heure du sacrifice approche. Il demande encore le ministre du sacrement, Mais, puritié par les souffrances, il s'endort sans trouble et sans etiorts dans le Seigneur. C’est le sommeil du justo, Ainsi meurt celui qui avait fait depuis si longtemps de l'eternite le sujet de ses meéditations.

Ici, mes frères, une pensée vient frapper mon esprit. Supposons que celui que nous pleurons, entendant ce faible tribut rendu à sa mémoire, recouvre tout à coup l'usage de la parole, avec quelle vivacite il m'interromperait pour s'écrier : “Que faites-vous ? Au lieu de ces éloges qui me sont inutiles, annoncez au pécheur que son heure est proche, qu'il est temps do faire pénitence, Dites à l'homme du monde: que sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son âme.”

Ce qu'il ne vous fait pas entondre de sa voix, ne vous semblet-il pas le lire sur son visage flétri par la mort? Que lui auraient servi à ce moment fatal ces vains honneurs, la gloire du monde, les distinctions les plus flatteuses, s’il s'en était laissé éblouir ? Que lui auraient servi de se laisser enivrer par les plaisirs, d'avoir goûté les douceurs et les commodités de la vie, quand méme elles auraient pu l’exempter des infirmités de l’âge ? Ah! il vous l’a dit cent fois. C'est en portant le joug du Seigneur, c'est au sein des mortifications, des privations qu'il pouvait offrir à Dieu, qu'il avait goûté un honheur, une paix, des consolations qu'il n'avait jamais éprouvés au milieu du siècle, C'est dans ces saintes pratiques de la religion que ses jours s'écoulaient avec tant de rapidité qu’il lui semblait n'avoir pas vécu jusque-là, Son exemple doit vous convaincre qu'il est bon de ne pas s'attacher ici-bas, d'être crucifié au monde, de porter la croix de Jesus-Christ, puisque cette croix qu'il tient entre ses mains, dans laquelle il se gloritiait, après avoir fait son tresor sur la terre, doit être sa gloire et sa récompense dans le ciel.

Reprenez vos chants lugubres, triste Sion, gémissez sur los cendres de l’epoux qui vous est enlevé, Remontez à l'autel, prêtre du Seigneur, et si quelque reste de fragilité, si quelque tache que nous ne voyons pas, perceptibles à l'œil seul de celui qui en voit jusque dans ses anges, arrètaient encore le digne

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prêtre que nous pletrons, dans cet endroit mystérieux du temple où les prêtres achovaient de se puritier, ah ! disposez le sacrifice, offrez en faveur de cette chère âme le sang 1 à l’'Agneau, afin que rien ne retarde son entrée dans le sanctuaire du ciel, afin d'y célébrer à jamais les miséricordes du Seigneur, Ainsi soit il,

(N° 4.) ORAISON FUNÈBRE DE MONSEIGNEUR J. O, PLESSIS, ÉVÊQUE DE QUÉBEC,

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