‹ Etude biographique, M. Jean Raimbault [microforme]Chapitre 18 sur 21 · MORT LE 4 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

MORT LE 4 DÉCEMBRE

Omnis tutem multitudo videns vecubuisse Aaron, flevit super eum.

Lorsqu'on eût appris la mort d’Anron, le

deuil fut général parmi le peuple. (Nux.

C, 20, v. 30) | ds ae nie

Jsruël pouvait-il consacrer un monument plus sincère de son amour et de sa reconnaissance à In mémoire du Souverain Pontifc, que la douleur qu’il fait éclater en apprenant ka mort? Ces

leurs, ces sanglots de toute la nation ne sont-ils pas le plus bel éloge du mérite d'Auron ?

Hélas! ce trait frappant des livres Saints présente une triste conformité avec le funeste événement qui vient de plonger tous les fidèles de ce diocèse dans l’aflliction la plus amère, Un pasteur vénéré, l’'ornement du sanctuaire et l'honneur de sa nation, précipité du poste élevé, qu'il remplissait si dignement. dans le tombeau, :

Au premier bruit du danger dont il était menacé, quelles vives inquiétudes se manifestèrent de toute part! Cependant un rayon d'espérante, séduisant notre douleur, semblait promettre de le rendre à nos désirs, Vœux impuissants! Le glaive de la mort l’a frappé... :

Avec quelle espèce de terreur et de frémissement ne recûtesvous pas le coup accablant qui vous annonça la perte irrévocable d’une tête si précieuse et si chère ? Cet élan d’une douleur si profondément sentie et si énergiquement exprimée dans la

capitale de son diocèse, n'a-t:il pas jailli au loin, pour porter lo deuil et la consternution, comme l’etincelle fatale poussée par un vent violent, propage l'incendie et embräse en un moment une vaste forêt? Estil un coin de cet immense diocèse qui n'ait ressenti et fait éclater la douleur la plus profonde? Omnnis autem multitudo videns occubuisse Aaron, flevit super eu.

Or, ce concert de regrets et de larmes, ce sentiment unanime d'amour et de vénération publique, cette émulation d'honneurs funcbres accordes à ses cendres chéries, par le clergé et par les fdôles, que dis-je! par le chef méme du gouvernement de cette Province, (le comte Dalhousie) ; par les elasses les plus hono- “ables de la sociéte, ne sont-ils pas un hommage celatant rendu au mérite de l'illustre défunt? Ne proclament-ils pas ses vertus, sos talents, ses bienfaits, bien mieux que no pourrait le faire notre faible voix ? |

Que viens-je donc faire ici? Offrir des consolations à votre douleur? It comment? Est-ce en vous exposant toute la grandeur de la perte que nous déplorons 2, Oui, M. F,, c'est en entendant parler de ce qu'on anime, de ce qui nous touche, qu'on parvient à calmer son chagrin, et on ne ta: rit la sourec de ses larmes qu'à force de pleurer,

Ne nous refusons done point cette triste consolation; répan: dons à la fois des larmes et des pleurs, des soupirs et des éloges sur le tombeau du plus aimé des pasteurs, et du plus digne de resrots, Si ve triste devoir attriste nos cœurs, il satisfait du moins notre reconnaissance, Qui pourrait lui refuser un tribut d'honneur, dû à sa dignité ; un tribut d'estime etde véneration, dû à son merite personnel; un tribut de regret et de pricres dû à ses bienfaits et aux avantages qu'il procura à la religion et à su patrie? C’est de ce triple hommage que se compose l’éloge funèbre consacre à la memoire de lILLUSTRISSIME ET Ré- VÉRENDISSIME JOSKPH-OCTAVE PLESSIS, EVÈQUE DE QuiBxc, CONSEILLER AU CONSEIL LÉGISLATIF DE CETTE PROVINCE, ETC. &TC,, ETC

Maïs comment remplir ce cadre immense que je viens de me tracèr | Le pinceau le plus habile et le plus hardi suffirait-il pour donner à un sujet si intéressant là couleur et l’expres: sion convenubles? Depourvu des moyens nécessaires pour une tiche si importante, je n'ai qu'un avantage, et je le reconnais, c'est de trouver d'avance, dans les dispositions de ceux qui m'entendent et dans l’atfection publique pour celui dont j'ai à faire l'éloge, l'assurance de vous plaire.

Tels sont les préjugés du monde, sur la véritable grandeur, qu'on admire, qu'on encense un guerrier profane, couronné “ur la victoire; et l’on regarde avec indifférence un saint Drague couronné par la religion, Cependant, que sont ces

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lauriers, toujours arrosés du sang des malheurenx vainens auprès de ces bienfaits touchants, de ces services nombreux et importants, dont la societe aussi bien que la religion ont été vedevables, dans tous les temps, au ministère et au zèle de ses remiers pasteurs? Autant la religon est élevée au-dessus de base autant par proportion, l'honneur et ie lustre qu'elle répand sur les promiers et les plus grands de ses ministres, lemportent réellement sur la vaine gloire du siècle qui n’est souvent qu'orguèil et mensonge.

Si je n'avais l'avantage de parler devant des personnes disposées, autant par devoir que par habitude, à reconnaitre l'anguste caractere des Evêques et l'éminence de leur dignité, je leur dirais qu'ils sont dans l'Eglise co que les princes sont duns l'Etat; qu'ils sont les soutiens de lareligion ; les images vivantes de Jésus-Christ, le Pontife éternel; ses ambassadeurs aupres des rois et dés nations; les successeurs des apôtres, les prineipaux pasteurs de son troupeau; qu'en eux reside la plénitude du sacerdoce de la loi de grace, la source de la juridiction, et la puissance spirituelle,

C'est done un assez bean sujet de lonanges, pour l’illustre défunt, Monseigneur PLESSIS, d'avoir été promu à la dignite de l'épiscopat; d'avoir été choisi pour présider au gouvernement de ce diocèse, Mais, c'est moins la place qui honore que les titres qui y ont élevé et les succès qu'on y à obtenus, il est facile de montrer que c'est avec raison que cette Eglise regrette en sa personne un de ses plus grands et de ses plus excellents évêques; par la manière dont il est parvenu à cette piace éminente; par lhonneür avec lequel il a sontenu ce haut ministère; par le sèle qu'il a déployé; par sa fidélité à en remplir les devoirs. Suivez-moi, s'il vous plait, dans le simple récit des distinctions, des vertus etdes travaux de son épiscopat,

Ne cherchons point, dans des considérations extérieures, des “aisons de son élévation; c’est en lui-même que je trouve les fondements de sa grandeur future. La Providence, qui le destinait au gouvernement de cette Eglise, Pavait doué des qualités nécessaires à l’evéque de ce vaste et pénible diocèse, Un tempérament robuste et agissant, un amour constant du travail, un courage à toute épreuve, une fermet: d’âme que rien nw’ébranlait, Il montra de la maturité dans un âge où la aison commence à peine à se développer, Dans les amusements de son enfance, on découvrait un fond de gravité et de sagesre qui le fit toujours distinguer de ses condisciples.

L'éducation qui sert d'ordinaire à cultiver où à embellir un fond brut ou ingrat, ne tit que dévelopjer les richesses du sien, Avec un esprit naturel et facile, solide et étendu, l'étude n'eut point de diflicultés qu'il n’applanit, point de dégoûts qu'il ne

dévorât, point d'obstacles qu'il ne surmontät, Aussi, fit-if des progrès rapides; dans toutes ses classes, il eut des compétiteurs et des rivaux, mais aucun ne lui: disputa la prééminence Du reste, redevuble de son succès non-seulement à son travail assidu, mais surtout à une facilité rare et précoce, il en devenait par là même moins propre à juger de ce qu’il en coûte aux esprits ordinaires, dans l'acquisition de la science; de là vient que si plus tard, dans la vue d'abréger le cours des études, il fat porté à introduire certaines méthodes, qui, il faut l'avouer, n'ont pas eu tout le succès qu’il avait désiré, on doit l’attribuer à cette mème facilité naturelle avec laquelle il acquérait ce que les autres ne peuvent communément acquérir qu’à l’aide d'un long travail.

Appelé à l'église dès ldolescence, élevé comme un autre Samuel à l'ombre du sanctuaire, on le vit montrer un extérieur plein de décence et de réserve, Les maximes sévères et la régularité de la discipline ecclésiastique n’eurent rien à changer en lui. Formé sons les auspices et par les soins de maitres habiles, les prêtres de Saint-Sulpice, dans l’art d’elever la jeunesse destinée au culte des autels (auxquels, dans des circonstances que la délicatesse ne me permet pas de caractériser, il ne pouvait s'empêcher de rendre justice, lors même qu'il n’adoptait point leur façon de penser), il sut toujours aussi, par une conduite soutenue, s'acquérir leur estime et leur approbation ; et, par sa capacité, mériter leurs éloges.

Encore dans les derniers rangs de la hiérarchie, il était déjà honoré de la confiance intime d’un prélat, Monseigneur Olivier Briand, si capable de se connaitre en mérite, Par un juste retour, notre jeune lévite était plein de respect et de vénération pour son protecteur. Non-seulement il en adopta les maximes et les principes, on eût dit qu’il aimait à en prendre les goûts et les manières, tant les bons modèles ont d'influence sur les esprits droits et sur les cœurs bien nés.

Un nouvel évèque, Monseigneur J, F. Hubert, a succédé à Mgr. Briand, sans que rien ait eté changé dans la position de son habile secrétaire. Déjà initié au gouvernement épiscopal, il en était devenu comme un instrument nécessaire, Il préludait au ministère dont il devait être revêtu. Ayant suivi le nouveau prélat dans ses visites pastorales, il conraissait déjà le diocèse, avant d'ètre promu au sacerdoce; aussi l'évèque, connaissant combien il pouvait lui être utile, profita de la première occasion le le fixer près de sa résidence ordinaire

La ville de Québec venaït d’être plongée dans la consternation par la perte funeste et prematurée d’un pasteur tendrement chéri. (a) Quel successeur sera trouvé propre, sinon à

(a) M. Aug. Hubert, curé de Québec, noyé devant la ville en 1794,

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sécher la source des larmes, du moins à combler le vide laissé par cette perte immense? Notre jeune secrétaire est à peine revétu de la prètrise; il n’a pas encore fait l'apprentissage du ministère sous un vétéran du sanctuaire, il est vrai; mais sa capacité supplée en lui à l'expérience. Le choix qu’en a fait son évèque, pour remplir cette place importante, a été pleinement justifié par les succès qu’il ne tarda pas à obtenir.

Qu'il est difficile de succéder à un de ces hommes rares, en qui la Providence semble avoir uni les formes les plus aimables, aux qualités les plus insinuantes! Des manières affables, des mœurs douces, un caractère heureux, ayant des attraits invincibles, quelle tâche pour un successeur, pour peu qu’il se montre gous des formes moins faciles; chacun ne semble-t-il pas lui reprocher ce que la nature ne lui a pas donné au mème degré qu’à son prédecesseur ? Le moyen de s’insinuer dans les cœurs, de faire taire les préventions ?

Et si l’on parvient, en pareil cas, sinon à faire oublier l’objet de l'affection publique, du moins à se concilier les esprits et à forcer l’estime et la confiance; en attendant que les autres qualités plus solides, bien que moins séduisantes, lui aient conauis l'amour et l'attachement les plus vifs, il faut, convenons-en, un de ces mérites transcendants, qui sont un phénomène plus rare encore que le premier!

Et pour vous montrer jusqu'à quel point Mgr. Plessis réussit, je n'aurais qu’à en appeler au témoignage du public; mais ne hâtons point le récit de deux événements, dont l’un nous causa tant de joie et dont l’autre sera longtemps le sujet de nos regrets.

Le nouveau pasteur prit possession de la cure de Québec : je ne le svivrai point dans cette carrière, où il a deployé tant de capacité et fait tant de bien. Quel esprit d'ordre dans l’administration de cette grande paroisse ? quelle mémoire pour ne rien oublier des diverses affaires auxquelles il avait à pourvoir ? Il prévoyait tout, non-seulement pour lui, mais encore pour tracer à ses collaborateurs leur tâche journalière. Malgre les déplacements presque continuels, un concours varié de personnes et d'événements, il connaissait tous ses paroissiens par leur nom; il savait leurs besoins, leurs affaires; rien n’échappait à sa sagacité, à sa prévoyance. Assidu au ministère le plus pénible, le tribunal de la pénitence; toujours prèt, soit à distribuer le pain de la parole de Dieu, dans des prônes méthodiques, pleins de la plus solide instruction ; soit à visiter les malades, dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les endroits les pius escarpés de la ville ; soit à concerter avec son évêque les af. faires les plus épineuses, à discuter les matières les plus abstraites...….et tout cela, sans cesser un seul jour de vaquer quel-

que temps à l’étude, à une étude analogue à son état; que disje? ses amusements avaient toujours quelque but utile. C'est à cette époque, et chargé d’occunations nombreuses, qu'il crut utile d'apprendre une langue, dont il se sut bon gré dans la svite d'en connaître assez pour s’en servir dans certaines occasions. Mais je sens que ces détails, qui n’entrent point comme matière obligée d’un tel sujet, ne font que suspendre vos esprits dans l’attente de sa promotion à l’épiscopat.

Le siége de Québec venait de vaquer par la cession du titulaire (a); sentant sa mort prochaine, il voulait servir utilement son Eglise, en hâtant la nomination d’un coa@juteur, dans un temps où une longue vacance du siége aurait pu exposer le diocèse à de graves inconvénients. Quel héritier sera appelé à ce poste éminent ? Déjà vous avez nommé le digne et laborieux curé de Québec. Quel autre, en effet, eût paru plus propre à une administration dont il connaissait déjà tous les ressorts ? Habile et rompu dans les affaires, versé dans toutes les connaissances :ropres à un évêque, ecnnaissance approfondie et familière de l’Ecriture-Sainte, de l’histoire ecclésiastique, des Saints Pères, du Droit Canonique, des différents rites et usages de cette Eglise, avec un grand fond de piété, de vertu, de zéle ; ayant d’ailleurs donné en toute occasion de sûres garanties de sa loyauté envers le gouvernement de Sa Majesté; quel autre, dis-je, semblait plus capable de soutenir l’honneur de la religion et de servir son pays, dans le rang de premier pasteur de l'Eglise du Canada ?

La voilà donc élevée sur le chandelier cette lumière qui, sans avoir été tenue cachée sous le boisseau, avait besoin d’etre ex-

osée sur un lieu plus éminent pour répandre au loin son écla:! Dnélle consclation pour le vertueux prélat, Mgr. Hubert, qui venait de se démettre, de voir appelé à lui succéder an jour celui qu’il avait investi de toute sa confiance ! C'était Aaron, chargé de mérites, qui, avant de mourir, se dépouilluit des ornements du Grand-Prètre pour en revêtir Elcazar.

O l’intéressant spectacie aux yeux de ses amis et de ceux de la religion, que celui de sa consécration, où nous le vimes, le front couvert du bandeau sacré, et décoré, par les mains du Pontife consécrateur, des insignes saerés de l’épiscopat ; où nous pûmes le contempler, dans toute la pompe du souverain sacerdoce! La présence du représentant de son roi et de tant de personnes recommandables par leur rang, n’était-elle pas comme un présage de la faveur qu’il sut depuis constamment mériter de toutes les classes de la société.

Tel il parut alors, tel vous l'avez vu nombre de fois, et tou-

(a) Mgr. Hubert s'était démis en septembre 1797, en faveur de son coadjuteur, Mgr. P. Denaut.

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jours saisis à cette vue d’une admiration religieuse. Ne fixionsnous pas, avec complaisance, nos regards sur la personne de cet auguste prélat, dans les fètes pompeuses dont il aimait, par sa presence, à augmenter la splendeur, et où la majesté de sa présence imprimaitsi vivement dans tous les cœurs cette sainte vénération pour le sacré ministère, et cette haute idce de la religion dont il était lui-même pénétré ?

Ne le considérons plus que comme chargé du redoutable fardeuu de l’episcopat. Il est vrai que, pendant quelques années que vécut encore son illustre prédécesseur, il ne partagea que le travail de l'administration sans en partager l’autorite. Mais la mort fatale et presque subite du cher et digne évèque, Monseigneur Denaut, ayant de nouveau rendu le siége vacant, ce fut l’illustre défunt que rous pleurons, que le droit y appelait. Il y monta d’un pas ferme, et y commença cette carricre de près de vingt années que la Providence nous l’accorda.

Qu'ai-je fait jusqu'ici, M. F. ; fallait-il lasser votre patience, et consumer, à préparer mon sujet, un temps qui aurait mieux servi à développer des talents éminents qu’il fit briller pendant la durée de son épiscopat, les vertus qu’il a pratiquées, les bienfaits qu'il a répandus ? C’est ici qu'il faudrait, non pas tant de talents orataires {puisque le sujet se recommande assez de luimême), mais une memoire vaste et fidèle, pour vous exposer la longue liste de ses bonnes œuvres, de ses vastes entreprises, pour l’agrandissement et l’affermissement de notre sainte religion et pour étendre le bienfuit de l'éducation. C'est en commençant sa carrière pastorale qu’il put dire avec le grand apôtre : ego autem impendam et uventissimè impendar pro animabus vestris. (2 Cor.) ‘ J’emploierai volontiers tout ce que je puis et je m'emploierai moi-mème, au-delà de mes forces, pour votre bier, et surtout pour le salut de vos âines.”’

Qui pourrait dire tout ce qu'il a fait, pour assurer, par des règlements sages, l’ordre des fètes, rétablir les rites sacrés dans la forme que nous les voyons, règler la discipline, mettre en vigueur les lois ecclésiastiques, faire observer les saints Canons ? Chef attentif et vigilant d’un clergé nombreux, il s'étudiait à discerner le caractère de ceux qui le composaient, leur conduite, leur science, leurs mœurs, leurs talents, leurs vertus, leurs services ; rien ne lui échappait, afin d’en faire la destination, suivant leur capacité et pour le plus grand avantage de l'Eglise.

Pasteur éminent de toutes les paroisses, il en faisait l’objet constant de son attention et de sa sollicitude. Absent, il avait toujours l’œil sur elles, il les gouvernait par une correspondance habituelle de dépendance et de subordination. Présent, il les consolait, il Les instruisait, il les reformait daus ses visites

pastorales. C’est vous que j'en atteste, vous qui l’avez accompagné, n’avez-vous pas été étonnés de voir qu'il pût suftire à tant do travail, À tant de fatigues ? N'admirâtes-vons pas cet esprit d'ordre, de détails, de discussion, de patience ; cette fécondité de moyens, cette facilité à varier ses instructions, à les proportionner aux besoins particuliers, À donner au pain uv la parole, qu'il distribuait toujours avec aisance et toujours avec fruit, tous les goûts, comme la manne da désert.

Qu'on se représente cet apôtre intrépide, bravant l’intempérie des saisons, et la fureur des éléments pour aller verser, sur les contrées les plus éloignées de son vaste diocèse, sur des terres laissées jusque-là presque sans culture, la rosée de ses bénédictions et la chaleur pénétrante de son ministère f-cond. Mais, que dis-je ? après s'être consumé dans ses visites multiplites, ce pays si étendu a des limites trop étroites pour son zèle. Il brûle d'aller porter aux pieds du trône l’expression de la reconnaissance pour les faveurs distinguées qu’il a reçues de son Souverain, et de très-humbles suppliques pour les institutions qu'il avait créées ou étendues.

Il parcourt de vastes contrées, paraît avec honneur à la cour des souverains et dans les palais des princes de l'Eglise. Le premier de tous ses prédécesseurs, il fait voir aux pieds du chef de l'Eglise, dans la capitale du monde chrétien, un évêque du Canada, offrant sur le tombeau des saints Apôtres, l’hommage de son parfait dévouement et du plus profond respect de son troupeau. Il méditait, depuis longtemps, une division du territoire immense soumis à sa juridiction ; il n’eut qu’à soumettre ses vues pour qu'elles fussent approuvées. A peine a-t-il obtenu l’objet principal de son voyage, et sans accorder à la curiosité rien de plus que ne lui laissait le temps de pourvoir à l’accomplissement de ses vues, il lui tarde de revoir son Eglise. Cette Eglise, éloignée des ravages que l’incrédulité, les guerres de l’ambition et d’antres dissen ions politiques avaient causés aux Eglises naguères si florissantes des contrées qu’il }arcourait, lui était devenue encore plus chère.

Oh! combien cette démarche fut appréciée par ses chers diocesains ! Combien il dut se tronver dédommagé de ses fatigues et de ses courses, par l’enthousiasme que causa son retour dans la capitale de son siége ! Je ne vous peindrai point ici cette scène attendrissante dont plusieurs d’entre vous ont pu être témoins, lorsqu’au sortir de Nicolet, où il s’était reposé quelques jours au milieu des fêtes simples et naïves, aux accents de la joie vive et pure des jeunes étudiants de son collége, il mit le pied sur le sol des Trois-Rivières. Rappelez-vous cette députation nombreuse et honorable, déployant sur les eaux du fier St. Laurent, l’oriflamme sacree ! Je crois entendre leurs

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acclamations redoublées, se mêlant aux cris de joie dont la ville faisait retentir les airs. Avec quel plaisir il recevait et rendait les saluts! Avec quel touchant abandon chacun se félicitait de revoir son évêque après une si longue absence !........,

Mais ce n'était là que le début du triomphe qu'on lui préparait dans la capitale, et dont chacun # lu ou entendu la description. Une seconde députation flottante, remontant le fleuve comme pour accuser de lenteur celle qui avait précéde; une population impatiente, parcourant les rues de la ville, se répandant sur les quais, tous les vaisseaux de la rade pavoises, les citoyens les plus recommandables rivalisant d’ardeur et de joie quelles acelumations, quelle ivresse! quelles touchantes démonstrations d'amour et d'allégresse ! C’est au milieu de ce bon peuple, qui se pressait pour voir son Pontife, son père, son bienfüiteur, que notre illustre voyageur monte au temple, rendre ses actions de grâcés de la protection et des faveurs de l4 Providence qui le rend à l’atfection de ses ouailles,. J1 faut l'avouer, que sont auprès de cet accueil publie et spontané, ces triomphes si vantes, ces démonstrations d'un peuple servile, pour flatter l’orgueil d'un héros, triomphes qui coûtaient tant de sang aux malheureux vaincus, et à leurs propres nations ?........

Sraprès, on l'avait vu tomber dans l'opinion publique, n'aurait-on pas pu dire que tout cet éclat n'avait pas. tant de rapport avec la personne qu’à certaines circonstances dont la poli tique sait tirer parti; mais non, comme c'etait au mérite Jersonnel que ces honneurs étaient accordés, on ne verra point es sentiments du publie changer à son égard. De son côte, il ne se trouve pas plutôt au milieu de son cher troupeau, qu’il sent redoubler son zèle et travaille avec une nouvelle ardeur à lui ètre utile ..... Avec quelle satisfaction il annonça la faveur royale qu’il avait obtenue pour le séminaire de Nicolet!

Cette grâce du Souverain était, en ettet, un des fruits les plus heureux de son pénible voyage. Par là, cette institution qui, d'une modeste école élémentaire, lib‘ralement dotée pour cette paroisse par un de ses pasteurs, et qui était devenue l’emule des anciens colléges de la province, a acquis des fondements solides, et sera un des plus beaux monuments de la prévoyance, du zèle et de la géncrosité du Pontife q: nous pleurons et qui y a attaché son nom, comme celui d’un de ses fondateurs. C’est lui qui, lorsque cette maison n'était encore qu'au berceau, en avait deviné les destinées, qui avait prévu le secret de son agrandissement, qui en avait préparé les moyens; de sorte que sans rien ôter au mérite de son premier donateur (a), on peut bien

(a) M. Brassard, curé de Nicolet, mort en 1800, avait desservi 50 ans cette paroisse.

attribuer au prélat la principale gloire d’un établissement qu il Jui fallut racheter avec l’aide de son clergé, et que par le sacrifice d'une partie de son revenu, il a agrandi et élevé au point où nous le voyons aujourd'hui. HHelas! son zèle méditait lu reconstruction de cette maison, mais la mort ne lui a pas permis d'en exécuter le projet. C’est une tâche qu’il # laissée à son successeur, héritier de sa pensee, et à son clergé qui s’honore aujourd'hui de remplir ses intentions.

Que n'at-il pas fait pour obtenir une semblable protection pour un établissement du mime genre (le college de Saintilyacinthe), dans un autre canton peuplé, qu’il avait encouragé de tous ses moyens! Mais si ses vœux n'ont point eu le méme succès à cet égard, on ne peut lui refuser l'honneur de l'avoir sollicité avec la méme ardeur!.

Un faubourg étendu de la ville de Québec, Saint-Roch, manquait d’un lieu pour l'exercice de la religion. Par le zèle actif du prélat, une vaste église s'élève au centre des habitations sur un terrain achete longtemps auparavant, et dès lors destiné à cet usage, À peine l'édifice est-il achevé, qu'il devient la proie des flammes: un appel aux citoyens a bientôt réparé ce funeste accident, le temple sort de ses ruines plus grand et plus beau que le premier, Ce n’est pas tout, comme l'éducation de la jeunosse est à ses yeux l'appui nécessaire de la religion, de vastes bâtiments consacrés à cette fin s'élèvent à ses frais auprès de cette église, destines à devenir le berceau d’un nouveau séminaire, où seront reçus les enfants qui auront montré plus de capacité, dans les différentes écoles déjà fondées et établies, bien des années auparavant, dans ce quartier populeux.

Pour énumérer cette foule de bonnes œuvres auxquelles il prit la plus grande part, il faudrait parcourir tous les points de ce vaste diocèse: et les paroisses nouvelles qu'il institua, les églises où chapelles qu'il fit bâtir; les ecoles qui lui durent leur naissanee, où qu'il atfermit ; les vocations qu’il encou- “auwea, soit dans les séminaires, soit dans les cloitres; Îles travaux publics auxquels il contribua, seraient autant de témoins de son désintressement et du zèle dont il était animé gaur le bien publie. Et ce zèle n’était point resserré dans les ornes de son pays. Que de sujets à qui il proeura une édueation ecclésiastique dans son séminaire, pour secourir les diocèses voisins! Que de missionnaires il envoya desservir des églises lointaines, qui en étaient dépourvues ! Ki les moyens eussent éte proportionnés à son zèle, combien d’autres entre: prises il aurait commencées, ou méme achevées dans la courte durée de son épiscopat !

Que le temps ne me permet-il de dire un mot de chaque autre titre qui lui valut l'estime et la reconnaissance de son

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clergé ? Il faudrait rappeler les conférences pleines d'instructions qu'il faisait aux jeunes théologiens dans le séminaire où il demeurait; ces discours latins qu'il adressait à certains jours de fête à ses prêtres assemblés; mais surtout cette Societe de Secours et de Bienveillance, Societé de Saint-Michel, qu'il fonda en faveur des membres infirmes du clergé, Plusieurs fois ses prédécesseurs avaient tenté, mais en vain, de procurer à leurs prétres, devenus malades par l'âge ou l’infirmité, cette précieuse ressource qui sert non-seulement à soulager les membres de cette société, mais qui contribue puissamment à soutenir d'autres œuvres qui lui sont étrangères,

Sa correspondance n’est pas moins propre à déposer en faveur de son mérite. C’est en la parcourant qu'on a de la peine à concevoir comment il a pu y suflire; c’est dans ses lettres si multipliées qu'on découvre ce fond de sagesse, de prudence, d'instruction, de sagacité pour les affaires, cet esprit naturel, disons aussi, cet enjouement qui lui était propre, et qui brillait dans ses conversations familiéres.

Je le sais, il eut le sort de tous les hommes publics; parmi ses institutions, il en est qui ont été généralement louces et approuvées ; d’autres ont été blimées et censurées; ces dernières l'ont été peut-être trop sévèrement, bien que personne n'ait accusé ses intentions; les premières l’ont été sincèrement par la force de la vérité, Qui ne sait que l’opposition a deux effets ? Si elle ne sert à obvier au mal, elle ne fait que l’aigrir et l'ivriter.

Amateurs des beaux-arts, vous attendiez qu'à son retour d'Europe, il eût parlé avec admiration des monuments, des chefs-d'œuvre de tout genre qu'il avait dû rencontrer dans les diverses contrées qu'il parcourut, et surtout dans l'Italie, cette terre classique des arts et du goût, dans la Ville Eternelle, dans la capitale du monde chrétien... mais souvenez-vous qu’il voyagea en évêque et non en artiste... Si vous l’avez entendu mettre en comparaison les beautés naturelles de son pays natal, la grandeur de ses fleuves, la majesté de ses forêts, la hauteur de ses montagnes, la fraicheur de ses établissements nouveaux, avec les travaux gigantesques et les merveilles artificielles de la vieille Europe, qu’il semblait mettre bien au-dessous, n'accusez point son goût et son discernement, reconnaissez en cela cet instinct, ce penchant que la Providence a sagement mis dans le cœur de tous les hommes, pour tout ce qui tient au sol de leur patrie. Ainsi fait le berger des Alpes, né au sein des glaces et des frimas, accoutumé aux scènes tantôt majestueuses et tantôt horribles, que lui présente une nature agreste, et un ciel dont la sévérité cède bientôt à la tempête !

L'apôtre des nations, sentant par inspiration qu’il lui fallait

aller à Romeo pour y verser son sang, assemblo les fidèles do l'Eglise et leur déclare ouvertement qu'ils ne le verront plus, qu'il n'a rien négligé de tout ce qu'il avait cru devoir leur être utile, que, près de terminer sa carrière, il pensait pouvoir se rendre ce témoignage, qu'il a soutenu un beau combat, qu'il a conservé le depôt de lt foi du Souverain Juge... Après qu'ileut fini de parler, les sanglots succèdent au silence, tous se pressent autour de ce bicnheureux apôtre, tous sont pénetrés de ces dernières paroles, qu'ils ne devaient plus le revoir sur cette terre,

Quoique nous no prétendions pus que notre cher et digne éveque connût par inspiration sa fin prochaine, beaucoup de personnes peuvent se rappeler qu'il en parlait souvent, commo s'il en eût eu quelque pressentiment, Toutes ses dispositions parurent tendre plus particuliérement à sa mort. Ses intirmités croissantes, tandis qu'il semblait redoubler son application au travail, durent accelérer sa dissolution, Sans la croire si prochaine, il s'y prépara tous les jours, jusqu’à ce qu'enfin, plein de mérites acquis par une foule de bonnes œuvres, que je n'ai fait qu'exquisser, il fut frappé sans sentir le coup de la mort, pour aller paraitse au tribunal du Juge Suprème..….…..

Dieu seul est Saint, M. F.,, et si le même apôtre ajoutait en tremblant que, quoiqu'il pût compter sur la pureté de sos intentions et sur ses œuvres, il ne se croyait pas pour cela justifié, parce que son juge était le Seigneur son Dieu, qui voit en nous ce que l’amour-propre nous empêche de découvrir. Ne refusons pas à l'âme du cher et illustre défunt, qui est l'objet de cet appareil lugubre, le tribut de nos supplications et de nos suffrages. Offrons tous ensemble la victime du salut, pour obtenir miséricorde à celui qui nous a voulu et qui nous tit tant de bien.

Ah! si cette Âme généreuse, après la dissolution de sa dépouille mortelle, peut encore être sensible à la gloire de la terre, qu’elle jette un regard sur ses citoyens aflliges, sur Îles larmes qu'ils mêlent à sa cendre, sur les tristes regrets dont ils honorent ses obsèques ; qu’elle vienne recueillir la plus douce récompense de ses fatigues, le plus sincère hommage de leur recontuissance. Mais ne bornons pas à cela toute notre gratitude. C'est À nous, surtout, pasteurs si justement affigés de la perte d’un tel chef, nous qu'il traitait avec honneur, comme ses frères dans le sacerdoce, ses coopérateurs dans l’œuvre de Dieu, dont il accréditait le ministère. dont il encourageait le zûle, dont il méritait la confiance. C’est à nous, surtout, qu'il convient d’arroser ses cendres chéries du sang de l’Agreau divin, qui s’immole tous les jours entre nos mains sur nos autels, Et vous tous, qu'il a fait d'avance ses héritiers, Séminaires qu'il a établis, Monastères qu'il a réparés, Ecoles

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rotégés, vierges qu'il a dotées, fidèles de tout sexe, de tout âge qu'il a secourus, élevez tous, en ce jour, des mains suppliantes vers le Dieu des miséricordes. Venez lui présenter tout le bien que vous a fait ce charitable pontife, exposer à n08 yeux votre désolation et vos larmes. Ah! elles seront plus éloquentes que tous nos discours! O vous tous, amis fidèles et reconnaissants, laissez couler ses pleurs, ne tarissez point sur son éloge, élevez un concert de plaintes mères et de regrets douloureux ! Hélas! je sens, comme vous, ce que vous perdez, tout ce que nous lui devons! Des hommes si dignes de vivre devraient-ils jamais mourir ? .....Mais que dis-je ? Où l'excès de la douleur nous emporte-t-il ? Dois-je emprunter le langage des infidèles ? La terre n'est-elle pas notre exil et le ciel notre patrie ? Envisageons donc d'un œil plus chrétien l'instabilité de la vie, et la vanité de ce monde ; et en voyant sa gloire et sos grandeurs s'évanouir, apprenons à en détacher notre cœur, Oui, le vrai sage est celui qui, à l'exemple du vénérable défunt, que nous pleurons, fait consister son bonheur dans sa vertu, ses richesses dans ses bonnes œuvres, son espérance dans son Dieu, et son ambition à mériter la couronne de l'immortalité, bonheur que je vous souhaite. Ainsi soit-il,

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