ARCHIPRÈTRE, CURÉ DE NICOLET, ETC
Le respectable vétéran du sanctuaire, dont nous allons tracer rapidement l’histoire, aurait droit à une étude plus étendue que celle-ci. Nous regretlons que les limites qui nous sont assignées ne nous permettent pas de lui rendre plus ample justice. Sa vie, consacrée à des œuvres de religion et de dévouement accomplies sans faste et sans bruit, a laissé dans la mémoire de ceux qui l'ont connu des traces ineffaçables du respect le plus grand et de l'estime la plus profonde. Digne ouvrier de l'Eglise du Canada, ornement de sa patrie adoptive, on aimera, sans doute, à connaître les titres de ce vertueux ecclésiastique à la reconnaissance publique. Livré, par vertu, aux fonctions du saint ministère, il ne s’occupa constamment qu'à faire glorifier Dieu, et à concourir au bien-être de ses concitoyens. Tout en laissant à d’autres le soin de louer digne-
(1) Pour détruire certains soupçons, qui ne peuvent qu'être désavantageux à des personnes qu'il respecte, l'auteur croit devoir ajouter que ce petit travail sur la vie et les actes d'un homme éminent, que le séminaire de Nicolet se fait gloire de ranger parmi ses plus insignes bienfaiteurs, a té fait privément, absolument en dehors de la collaboration des messieurs de la maison, qu'aucun d'eux n'a été mis à contribution pour cette œuvre, et que le tout a été écrit et disposé sans leur participation directe ou indirecte. Ils ne doivent donc être nullement solidaires des inexactitudes qui se rencontreraient dans ces pages. Au reste, ce petit travail n’a été cédé par l’auteur que pour servir une amitié qui l’honore,
ment une carrière si bien remplie, nous avons voulu rappeler seulement les principaux traits de la vie d’un homme de mérite, mort depuis longtemps, mais dont les vertus et les exemples ont laissé des souvenirs que le temps ne fera qu'affermir et rendre plus durables,
M. Jean RaimpauLr naquit, le 4 février 1770, à Saint-Aignan, une des paroisses situées dans l'enceinte de la ville d'Orléans, ancien faubourg annexé à cette ville dès 1456. Son père, Etienne Raimbault, était un ancien militaire qui vivait du produit de ses fermes. Sa mère, Françoise Doucet, était une femme trèspieuse. Le jeune enfant, objet de notre travail, se distingua lui-même de bonne heure par d’heureuses dispositions qui ne se démentirent jamais.
À la fin de la tourmente révolutionnaire qui, vingt ans plus tard, vint s’abattre sur la France, cette vertucuse famille se | trouvait dans un état voisin de la pauvreté. Le père, homme F (| irréprochable, étant mort vers ce temps, ses deux fils durent s'entendre pour subvenir aux besoins de leur mère et de leur unique sœur, M”° Huet, qui ne voulut jamais se séparer de celle qui avait veillé sur son berceau dans des jours si orageux.
L’affection que M. Raimbault portait à sa mère ne se refroidil jamais ; et, même après 1830, il lui envoyait encore annuellement quelques secours, « bien légilimes, disait-il, car mon frère, marchand de vin, à Paris, ne pouvait qu'avec peine se suffire à lui-même ; et les sacrifices multipliés d'une bonne mère ne sauraient jamais être convenablement appréciés. »
Le jeune Raimbault étudia d'abord au collége de Meung. Il donna, dès sa jeunesse, des marques si frappantes de ferveur qu’on espérait dès lors beaucoup de sa vertu pour l'avenir. Ces heureuses prévisions ne furent point trompées. Il montrait
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dejà à celte époque une grande inclination pour l'étude, un jugement sûr, une mémoire des plus heureuses, avantages dont il a jouit toute sa vie, parce qu'il n'en négligea jamais l'exercice. Il dut profiter beaucoup des leçons des vertueux prêtres auxquels fut confiée son éducation ; et nous avons làdessus les expressions élogieuses de M. l'abbé Desjardins, qui s'était trouvé présent à deux de ses examens, à la fin des anuées scolaires de 1786 et 1787, et qui se plaisait à en rendre un brillant témoignage dans l’occasion.
Ses études classiques terminées, M. Raimbault, désirant se vouer par piété au sacerdoce, entra dans ce but au Séminaire d'Orléans.
Ses succès brillants au collége le firent appeler à l'enseignement de la philosophie à un âge où les autres peuvent à peine en commencer l'étude. Ce n'était toutefois qu’occasionnellement que le jeune abbé pouvait faire valoir ses talents pour l'enseignement, car il n'était encore que répétiteur, et remplaçait rarement le professeur en chef chargé spécialement du développement des thèses ; mais il donna en maintes occasions des preuves d’un grand savoir et d'une aptitude peu commune pour des sciences abstraites.
M. Raimbault remplissait la charge de conférendaire des philosophes au séminaire d'Orléans (a), lorsqu'on exigea le serment à la constitution civile du clergé. Il se préparait au sacerdoce. Sa conscience lui défendail d'obtempérer aux vues des tyrans de la France et des ennemis de l'Eglise ; aussi vitil avec douleur le schisme s’introduire dans le diocèse, et la rapacité des révolutionnaires dépouiller les temples et profaner
les autels.
Le 31 mai 1789, M. Raimbault avait été tonsuré par Monseigneur de Jarente, le même qui, plus tard, fut élu évêque constitutionnel du Loiret, et acquit une si triste notoriété (b).
(a) Fondé en 1707, et placé sous la direction des prêtres de Saint-Sulpice. (b) Louis-Alexandre-François de Jarente de Senas d'Orgeval, né au Château de Soissons, au diocèse de Vienne, le ter juin 1746, sacré Evèque
Le jeune Raimbault travaillait à se sanctifier lui-mémre, unissant l'étude à la prière et à l'oraison. C’est dans la méditation qu'il puisait le goût de l'étude des sciences ecclésiastiques, en atlendant l’heureux jour où il serait appelé au sacerdoce.
Les ordinations étaient interrompues depuis quelque temps : bientôt les colléges et les séminaires furent fermés. Les jeunes gens étaient poussés vers la carrière militaire dans laquelle, bon gré mal gré, il leur fallait entrer. Au milieu de ce concours de fâcheuses circonstances, c’est chez des prêtres assermentés que M. Raimbault fut forcé d'aller pour les conférences théologiques ; chez des prêtres dévoués à M. de Jarente, l’un de ces troïs ou quatre évêques (sur plus de cent trente-cinq existant alors en France) qui crurent apporter un grand lustre à la cause de la constitution civile du clergé en l'embrassant (a). Plus tard, M. de Jarente donna dans de bien plus tristes écarts. Mais, heureusement pour lui, on peut constater son repentir.
La révolution vint donc arracher M. Raïimbault à ses modestes fonctions. C’est à l’occasion de l’anniversaire de la fédération (14 juillet 1791), une de ces démonstrations qui attestaient la démence de la liberté, qu'ayant appris par les
d'Olba, en Cilicie, le 18 février 1781, fut coadjuteur de son oncle, Monseigneur Louis S. de Jarente de Bruyère, auquel i! succéda en 1788. Plus lard, il témoigna un grand repentir de 5es scandales, et s’en humilia publiquement. {Voy. l'Amt LE LA RELIGION, Tome LIV, Page 261.) M. de Jarente mourut à Paris, en 1805.
(Qssese Oui, sur cent trente cinq évêques français, il n'y en eut que quatre qui fléchirent devant les menaces de l'impiété, et refusèrent de suivre leurs frères dans les généreuses voies de la pauvreté, de l’exil et du martyr. Tous les autres, sans exception, suivis de cinquante mille prêtres... y mirent leur tête. Ils furent plus nobles sur l'échafaud et dans la mort qu'ils ne l'avaient été dans la vie et sur le siége de leur gloire pontificale, etil n’y eut jamais dans l'Eglise une confession de foi plus grande et plus héroïque. C'est l'idée émise par le Souverain Pontife Pie VII, que l'Eglise gallicane fournira au cie: plus de martyrs que tout le reste de l'Europe ensemble. (Mgr. Dupanloup—Lettre au Rédacteur dv Constilutionne!, février, 1860, page 18.)
Plus publi- M. de
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journaux que les prêtres, les ecclésiastiques, et tous les éludiants, allaient être requis de prêter le serment à la constilution civile du clergé, il résolut de s’y soustraire et de s'évader. On sait que deux jug-ments de l'Eglise eondamnent cette constitution.
M. Raimbault alla donc un jour trouver le granu-vicaire dé l'Evêque et lui représenta qu'étant malade et trop faible pour continuer jusqu'aux vacances l'emploi qui lui était dévolu, il avail grand besoin de repos, et que son intention étant de se retirer dans sa famille, il le priait en conséquence, de lui faire toucher ses émoluments.
Comme ce dignitaire avait Ja direction du collége, il refusa péremptoirement d'accéder aux demandes de l'abbé Raimbault. Puis, prenant aussitôt un lon de voix sévère et solennel, il lui reprocha d’être imbu de principes fanatiques, ultra-montains et d'avoir colporté et fait lire dans le collége des bulles apostoliques, elc., etc. Ce proeédé inqualifiable décida le jeune abbé à s'éloigner incontinent.
Atteint par la loi de déportalion, à cause de son refus de prêter le serment, le jeune ecclésiastique songea d’abord à émigrer ; mais les lois contre les émigrés étaient fort sévères, et les moyens d'évasion difficiles, dans un temps où tout le monde était suspect et où la politique multipliait les soldats et les bourraux. D'ailleurs, le jeune abbé n'avait pas de fonds suffisants à sa disposition. 11 lui fallut encore atermoyer bon gré mal gré.
En laissant le eollége, M. Raimbault voulut se retirer pendant quelques semaines dans sa famille ; mais, bientôt après, ne voulant pas quitter la ville, il dut s’enfoncer dans un autre endroit plus obsenr, où il était moins connu. N'’étant pas dans les Ordres, il pouvait d'abord laisser l’habit ecclésiastique et se soustraire ainsi à l'obligation de prèter le serment, car la révolution, qui se montrait déjà furieuse envers ses partisans, était encore bien plus cruelle à l'égard de ceux qu'elle regardait comme ses ennemis. Au premier rang, elle plaçait les
membres du clergé. Lorsqu'on parcourt les écrits publiés à cette époque par les fauteurs des désordres de cette époque, on est frappé de stupeur en lisant les portraits hideux et odieux qu'ils tracent des ministres des antels. Ils en font des imposteurs, des vampires, des colporteurs d'idées superstitieuses et immorales, ele., etc. Ce langage atroce n'avait d'autre but que d’exciter de plus en plus la haine de la populace contre eux. D'ailleurs, les hommes iniques et sanguinaires, qui s’élaient emparés du timon des affaires, avaient autorisé les spoliations les plus sacriléges, les persécutions les plus barbares et les pratiques les plus criminelles. Comme l'a dit, plus tard, Vergniaud, «on en était rendu à cette époque où l'honnête homme devait se cacher puisque le crime se commeltait impunément. »
Pour se soustraire aux persécutions et aux périls de la situation de plus en plus menaçante, M. Raïmbault se décida enfin, par prudence, à prendre des habits laïques. Ce motif Jui parut suffisant pour autoriser cette démarche. (Croyant ne devoir négliger aucune précaution, pour se conformer aux règles de l'Eglise qui défend aux cleres le port des armes, il se condamna à une réclusion sévère. I espérait qu'en vivant très-reliré, il échapuerait à l'œil des perturbateurs. On sait, du reste, qu'à cette époque, l'égarement des esprits était tel, que la populace en délire proférait des cris de mort contre tous. ceux que leurs vertus auraient dù protéger, et qu'on faisait incessamment des perquisitions pour découvrir les vrais enfants. de l'Eglise obligés de fuir ou de se cacher. Orléa:'s avait eu ses égorgeurs ; Bourdon de l'Oise, dans la ville de Jeanned'Are, comme l’impur Chalier à Lyon, comme Maigner à Avignon et Carrier à Nantes, s'était montré cruel, rapace, sanguinaire et vil à l'excès. Orléans, Nantes, Paris, Versailles et le: pays tout entivr, avaient vu ees bouillonnements séditieux d’une populace en délire, et se trouvaient en proie aux dépradations incessantes et aux vexations de ces fauteurs immondes de Panarchie. On y savait, de plus, que l'épauvantable Lebon avait
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