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décimé les départements du Nord, que Carrier, homme de carnage, avait eu la Bretagne à supplicier, que l’un et l’autre y avaient inventé des tortures qui surpassaient les raffinements reprochés aux cannibales, et qu'ils interdisaient aux émigrés, aux fugitifs, d'avancer dans cette direction. ‘Il en était ainsi des autres départements. Comme si ce n’était plus assez des transes indicibles qu’inspiraient toutes ces horreurs, on voyait encore de toutes parts des méchants acharnés à rendre le sort de leurs semblables plus cruel. La position était insupportable ; mais il était impossible d’y échapper. Plus on aurait fait d'effort pour s'y soustraire, plus on aurait accéléré sa perte. M. Raimbault dut demeurer enfermé ct tout attendre du temps, ou mieux, de la Providence.
Cest au Grand Séminaire d'Orléans, alors dirigé par les prêtres de Saint-Sulpice, que M. Raimbault avait fait la connaissance de l'illustre abbé Picot, auteur de plusieurs ouvrages qui lui assurent une place distinguée parmi les apologistes du Christianisme, et qui rédigea, pendant près de trente ans, l'Ami de la Religion.
Lorsque le serment fut exigé desccclésiastiques, le vertueux abbé Picot se réfugia dans sa famille, à Neuville. Appelé peu de temps après au service militaire, il essaya d’abord de s’y soustraire par la fuite ; cependant, il céda aux conseils qui lui furent donnés de se conformer aux exigences de la loi, et se décida à subit le sort qu'elle lui faisait. Préférant le service de mer à celui de terre, il monta sur les vaisseaux de la république, mais bientôt après il fut appelé dans le bureau de la marine. L'’abhé Picot et M. Raimbault continutrent de s'écrire et de se rendre mutuellement service. (a) Ils entrelinrent, toute leur vie, cette correspondance toute remplie des sentiments d’une amitié sincère et dans laquelle on voit briller les
(a) Monsieur Picot s'établit à Paris, en 1804, et continua ses laborienses investigations sur l'Histoire de l'Eglise au 17ème et 18ème siècle, commencées dans un temps où il était si difficile de se livrer aux études sérieuses. Il a laissé des mémoires copieux ct pleins d'intérêt. Get infatigable travailleur, ce valeureux soldat de l'Eglise, mourut à Paris, en 1841, quelques mois seulement après son ami constant, M. Raimbault,
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qualités les plus pures du cœur et de l'esprit de ces deux prêtres vertueux et dévoués.
Un jour, que M. Raimbault visitait la bibliothèque d’un médecin, à Orléans, il y trouva quelques ouvrages d'anatomie, dont les gravures, d’un dessin correct et d'une finesse d’exécution rare, l’intéressèrent vivement. Le jeune abbé, qui se
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. ; 4 3 "A piquait de dessin et même de peinture, les observait aitenti- a vement lorsque le médecin, M. Latour, lui conseilla d'étudier 4 l'anatomie. Il l’invita même à faire un cours complet d'étude À
des sciences médicales, et l’engagea à se mettre, par quelques ; travaux préparatoires, en état de suivre les cours d’une uni- 2 versité où il accompagnerait son fils. Pour le décider à fré- | quenter plus assidûment sa maison et à s’adonner à l’étude | de la médecine, le docteur La Tour le pria d’y venir chaque jour et d'y rester en qualité de précepteur particulier de son fils.
M. Raimbaull profita des leçons et des conseils de ce respectable citoyen qui jouissait à Orléans d’une grande réputation, et que ses principes, bons et solides, recommandaient hautement aux hommes honnêtes et intelligents. M. Raimbault en parlait loujours en termes respectueux. Enfin, ce qu'il en dit intéressa tellement Monseigneur Plessis, évêque de Québec, que le prélat l’alla visiter en passant à Orléans, en 1819. L’évêque fut enchanté de sa franchise et de ses belles qualités, " comme il l'avait été de son dévouement à la bonne cause pen-
dant les jours de la terreur.
| M. Raimbault, qui conserva toujours avec cet homme vertueux des relations d'amitié, n’apprit pas sans émotion que le : fils de cet excellent citoyen, son ancien élève, auquel il avait donné des leçons de latin et de littérature française, était mort | subitement à Orléans, en 1814, foudroyé d'apoplexie en apprenant l’entrée des Cosaques en cette ville, tant fut vive l'im- î pression qu'il ressentit de cette nouvelle. î