‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 110 sur 183 · Lettres, instructions et mémoires, III, 2« partie · texte numérisé non relu

Lettres, instructions et mémoires, III, 2« partie

4. M. P. Clément a publié la relation de ce voyage, rédigée par Seignelay.

étudier avec le plus grand soin toutes les questions relatives à l'artillerie et à la manœuvre des pièces.

Il faut travailler à s'instruire, lui écrit Colberli, en sorte que mon fils puisse établir l'exercice du canon, comme celui du mousquet et de la pique ; qu'il considère que, comme la marine est nouvelle en France, nous cédons assurément à l'Angleterre et à la Hollande sur ce point, qui est le plus essentiel et le plus important, et qu'il faut qu'il se mette fortement dans l'esprit d'établir des écoles de canonniers dans tous les ports et principaux arsenaux de marine. Et quand il connaîtra, par la visite qu'il fait des marines de Hollande et d'Angleterre, la quantité de canonniers qu'il faut pour mettre en mer t20 vaisseaux de guerre, 30 frégates légères et les autres bâtiments que le Roi peut mettre à présent en mer, et le peu de canonniers qu'il y a dans le royaume, et l'importance et la nécessité de cette profession dans les combats de mer, toutes ces connaissances l'exciteront fortement à donner son application, et à mettre sa gloire et sa satisfaction à en augmenter le nombre étales perfectionner.

Il sait pour cela que les intendants de marine ont été toujours sollicités et pressés d'établir des écoles de canonniers dans tous les ports, à quoi ils n'ont point encore satisfait, à cause des grands travaux auxquels ils ont été appliqués pour mettre les établissements de marine en l'état qu'ils sont à présent. Ce travail est réservé à mon fils, et il faut qu'il se fasse une affaire d'honneur et se pique d'y réussir.

Il est nécessaire qu'il sache de plus les noms et l'usage de toutes les parties des canons, des affûts, et de tous les instruments qui servent à les mettre en batterie et à les exécuter ;

Qu'il sache même les différences qui se pratiquent par ces

1. Instruction pour mon fils dans son voyage cl' Angleterre et de Hollande, III, 2e partie, 37.

deux nations, pour prendre toujours ce qu'elles ont de bon et de meilleur que nous ;

Qu'il s'informe, avec le même soin et la même application, de toutes les munitions qui se mettent dans la sainte-barbe des vaisseaux de chaque rang, lorsqu'ils sont mis en mer, afin qu'il connaisse la difîérence des quantités de chaque munition et marchandise de ces deux nations à nous ;

Qu'il observe de même tout ce qui se pratique pour mettre un vaisseau brûlot à la mer, quelle quantité d'artifices et de quelle qualité ;

Le nombre des grenades qui se mettent dans une saintebarbe et leur usage ;

Qu'il sache de même toutes manières de charger les canons, savoir : à boulets, à cartouches, à boulets d'une livre dans les canons de gros calibre, pour faire plus d'efTet, à boulets à pointes, boulets à chaînes, boulets à tranchants, boulets à deux têtes, et généralement tout ce qui se peut pratiquer pour désagréer un vaisseau ennemi.

Si mon fils s'acquitte bien du contenu en ce mémoire et qu'il y supplée même ce qui y pourra manquer, étant impossible à la pénétration d'un homme, quelque grande qu'elle soit, d'épuiser une matière, j'espère qu'il se rendra capable de bien servir le Roi dans un point qui est assurément le plus important de toute la marine.

Colbert se révèle tout entier dans les diverses instructions qu'il rédige pour son fils ; elles attestent, en effet, des connaissances spéciales qui étonnent, car elles mettent en évidence que, s'il connaît à fond le détail des finances, des bâtiments^, des haras, des forêts, du commerce, etc., il est aussi instruit dans les choses de la marine, et qu'il est, autant et plus que beaucoup de ses successeurs, au courant de tout ce qui peut intô-

resser les forces navales de la France et leur continuel perfectionnement,

A son retour d'Angleterre, Seignelay trouva un mémoire de son père lui faisant connaître les volontés du Roi pour la marine\

Le Roi veut avoir toujours en mer, ou dans ses ports et arsenaux*, 120 vaisseaux, 30 frégates légères, 20 brûlots, 24 flûtes ou bâtiments de charge (transports) ; — le Roi veut avoir toujours de puissantes escadres de vaisseaux en mer; — S. M. veut que les arsenaux de marine soient toujours bien fournis de toutes les marchandises nécessaires pour les armements et équipements de ses vaisseaux ; — S. M. veut que les achats de toutes les armes, marchandises et munitions se fassent avec grande économie, et qu'il soit continuellement travaillé à perfectionner et maintenir tous les établissements de manufactures qu'elle a faits dans son royaume; — le Roi veut avoir de bons officiers de marine ; — le Roi veut qu'il soit établi des écoles de pilotage et de canonniers dans tous les ports ; — le Roi veut achever l'enrôlement général de tous les matelots de son royaume ; — le Roi veut que toute la marine soit réglée par ordonnances et règlements ; — le Roi veut que toutes les mers soient nettoyées de pirates, et que tous les (bâtiments) marchands soient escortés, favorisés et protégés dans le-ur commerce ; — le Roi veut qu'il soit fait une description exacte de toutes les

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