‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 122 sur 183 · Gazette de France, 1667 p · texte numérisé non relu

Gazette de France, 1667 p

Le duc de Chevreuse ' était capitaine-lieutenant de la compagnie des chevau-légers de la garde du Roi; il devint Tun des conseillers intimes de Louis XIV et « ministre incognito », comme dit Saint-Simon. Le duc de Chevreuse forma, avec le duc de Beauvilliers et le duc de Bourgogne, un petit comité dirigé par Fénelon et qui n'attendait que la mort de Louis XIV pour gouverner la France.

La duchesse de Chevreuse, très vertueuse et d'un caractère parfaitement droit, était fort liée avec madame de Maintenon et fort estimée du Roi, qui l'admettait à tous ses particuliers. « Sa figure était aimable, dit Saint-Simon; elle dansait parfaitement ; elle aimait à manger; tout cela contribua à la rendre de bonne compagnie, et la piété qui devint à la mode, mais qui avait été la sienne dès sa jeunesse, suppléa dans les suites aux agréments. Elle fut donc toujours de la compagnie du Roi, dès qu'il y avait des dames dans ses particuliers, et quelque chose lui manquait quand elle se trouvait absente, ce qui n'arrivait presque jamais. Son union avec M. de Chevreuse fut intime toute leur vie ; celle du duc et de la duchesse de Beauvilliers pareille. Madame de Chevreuse était sœur de madame de Beauvilliers, et n'étaient qu'un cœur et qu'une âme ; les deux beaux-frères aussi ne furent qu'un, sans lacune, depuis leur mariage jusqu'à leur mort; toujours dans

d. Voir l'article que nous avons donné à, la Biographie universelle de Michaud (nouvelle édition) sur le duc de Chevreuse, article rédigé d'après divers manuscrits conservés dans les archives du château de Dauipiorre,

les mêmes lieux tant qu'ils pouvaient ensemble, el mangeant l'un chez l'autre continuellement. Ce fut un exemple pour la Cour que l'union intime de la famille de M. Colbert, tant qu'il y en eut, à laquelle nulle autre ne put atteindre, et qui contribua infiniment à la considération qu'elle sut se conserver »,

Le duc de Chevreuse refit, par ce mariage, la fortune de sa maison que son père avait fort réduite ; il reçut de Colbert des biens immenses, chargea Mansart de rebâtir le château de Dampierre, dont il fit, dit Saint- Simon, un lieu charmant. Après la mort de son mari (1712), la duchesse de Chevreuse reçut du Roi une pension de 30,000 livres et vécut dans une profonde retraite jusqu'à sa mort (1732).

Henriette Colbert fut mariée en 1671 à Paul de Beauvilliers, appelé successivement le comte de Saint-Aignan, le duc de Saint-Aignan, et enfin, en 1679, le duc de Beauvilliers,

Le 19 janvier 1671, raconte la Gazette, le comte de SainL- Aignan, fils du duc de ce nom, premier gentilhomme de la Chambre du Roi, épousa l'une des filles du sieur Colbert, secrétaire d'État. L'évêque de Noyon ayant fait cette cérémonie, ainsi que celle des fiançailles et de la bénédiction du it, avec trois exhortations, lesquelles furent admirées de la compagnie, composée de plusieurs princes et princesses, et de quantité de seigneurs et dames de la Cour, qui a témoigné, de même que Leurs Majestés *, une joie extrême de cette aUiance. Cette illustre assemblée fut traitée à souper

1. Le Roi et la Reine signèrent aux contrats de tous les enfants de Colbert.

par ledit sieur Colbert avec une magnificence merveilleuse ce superbe festin ayant été accompagné d'une agréable comédie par la troupe royale ^

La future eut en dot 400,000 livres (2 millions de fr.).

Louis XIV aimait beaucoup son premier gentilhomme, et, en 1683, il le nomma président du conseil royal des finances. Quand le lloi lui offrit cette charge, le duc de Beauvilliers hésita et demanda à réfiéchir avant de l'accepter, et lorsqu'il vint dire au Roi qu'il l'acceptait, S. M. lui dit : « Vous me faites plaisir d'accepter de bonne volonté ; car si vous vous y fussiez opposé, j'aurais usé de mon autorité ». En 1689, M. de Beauvilliers devint gouverneur du duc de Bourgogne et lui donna Fénelon pour précepteur. En 1691, il fut nommé ministre d'État et mourut en 1714.

La duchesse de Beauvilliers fut dame du palais de la Reine et mourut en 1734^, après avoir donné treize enfants à son mari. Saint-Simon nous en a laissé le portrait suivant : « Il n'y eut point de femme à la Cour qui eût plus d'esprit que celle-là, plus pénétrant, plus fin, plus juste, mais plus sage et plus réglé, et qui en fût plus maîtresse. Jamais elle n'en voulait montrer, mais elle ne pouvait faire qu'on ne s'en aperçût dès qu'elle ouvrait la bouche, souvent même sans parler. Il était naturellement rempli de grâce, avec une si grande facilité d'expression, qu'elle en était parce jusqu'à en faire oublier sa laideur, qui, bien que sans difformité et dé-

1, Gazedn de France, 1671, p. 83.

goût, et avec une taille ordinaire et bien prise, était peu commune. Elle aimait à donner, et je n'ai vu qu'elle et la Chancelière qui eussent l'art de le faire avec un tour et des grâces aussi parfaites. Son goût était exquis et général : meubles, parures de tout âge, table, en un mot sur tout; fort noble, fort magnifique, fort polie, mais avec beaucoup de distinction et de dignité. Elle aurait eu du penchant pour le monde. Une piété sincère dès les premières années, et le désir de plaire à M. de Beauvilliers la retenait, mais elle y était fort propre; et indépendamment de commerce avec elle, on le sentaità la manière grande, noble, aisée, accueillante avec discernement, dont elle savait tenir sa maison ou la Cour; et les étrangers qualifiés abondaient à dîner,

« Son esprit qui échappait quelquefois, quoique toujours avec grande circonspection, se montrait, malgré elle, assez pour faire regretter qu'elle ne lui laissât pas plus de liberté. Sa conversation était agréable, charmante en liberté, avec des traits vifs, fins, perçants, après lesquels il était plaisant de la voir quelquefois courir. Ailleurs il y avait du contraint, et qui communiquait de la contrainte ; et en tout il est vrai que fort peu de gens, même des plus familiers, se trouvaient avec elle pleinement à l'aise, au contraire de madame de Chevreuse qui, avec autant de piété, avait beaucoup moins d'esprit. D'ailleurs madame de Beauvilliers était parfaitement droite et vraie, tendre amie et parente excellente. Les aumônes et les bonnes œuvres que M. de Beauvilliers et elle ont faites se peuvent dire immenses ;

c'était leur premier soin, et, avec la prière, leur plus chère occupation ».

Marie-Anne Colbert épousa, en 1679, Louis de Ilochechouart, duc de Morteraarl, fils du maréchal duc de Vivonne, général des galères'. Colbert annonça ce mariage à sa sœur, l'abbesse du Lys, et à la tante de son gendre, madame de Rochechouart^ abbesse de Fontevrault.

Je suis bien aise, ma chère sœur, écrit-il à l'abbesse du Lys 2, de vous donner avis du mariage que le Roi a bien voulu faire de ma dernière fille avec M. le duc de Mortemart. Vous me ferez plaisir, non-seulement de prier Dieu, mais même de recommander une affaire aussi importante que celle-là dans ma famille aux prières de votre communauté, afin qu'il plaise à Dieu donner à ce mariage ses saintes grâces et bénédictions.

Le même jour il adressait à l'abbesse de Fontevrault la lettre suivante :

Madame, enfin le mariage que vous avez si longtemps souhaité de M. le duc de Mortemart avec ma fille, est heureusement accompli, et je suis bien aise de vous faire le premier mes compliments sur ce sujet, et de vous assurer en même temps que, comme dans le désir de ce mariage, vous vous êtes jointe à madame de Montespan^ pour la satisfaction de Monsieur votre neveu et le rétablissement de votre maison, avec l'assistance et les bienfaits du Roi, j'emploierai tous mes soins à concourir avec vous à ces deux fins. Je suis

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