Voyage pittoresque aux environs de Paris
par une avenue à quatre rangs d'arbres, qui commençait sur la route de Paris à Orléans. Le château se composait d'un rez-de.-chaussée, d'un premier étage et d'un étage mansardé, dont le toit, d'une hauteur inégale, partageait la façade sur les jardins en cinq pavillons séparés les uns des autres par de grands pilastres. Il y avait quinze fenêtres à chaque étage.
« La chapelle, dit Dargenville, est placée à l'extrémité de l'aile gauche, dans un pavillon carré en dehors et circulaire en dedans. Elle est oi^née de pilastres corinthiens qui portent un plafond cintré en forme de coupe, peint à fresque par Lebrun >>.
Guillet de Saint-Georges, l'historiographe de l'ancienne Académie royale de pointure et de sculpture, décrit ainsi l'œuvre de Lebrun' : « M. Lebrun peignit à fresque la voûte de la chapelle de Sceaux, et comme les Qgures de marb-^e qui sont sur l'autel, et qui ont été faites d'après les dessins de M. Lebrun par M. Tuby, représentent le baptême du Sauveur, il a fait convenir le sujet de ses peintures à ce grand mystère. Il a donc peint dans la vôute une Gloire céleste, où le Père éternel est représenté dans le moment qu'il pi'ononça ces paroles rapportées par saint Matthieu, dans le troisième chapitre de son Évangile : « C'est ici mon Fils bienaimé, en qui j'ai mis toute mon affection ». Parmi les
i. Vie de Lel)run, dans le t. I<=r des Mémoires inédilssw la vie et les ouvrages des membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture, publiés par L. Dussieux et E. Soulié, l8o4, 2 vol, iu-8". L I. p. 30.
expressions qui contribuent à marquer la splendeur de celte Gloire, M. Lebrun y a donné des idées et des symboles de la Loi de nature, de la Loi de Moïse et de la Loi de grâce, et y fit paraître les figures allégoriques de la Foi, de la Charité, de la Pureté et de l'Obéissance. M. Audran a gravé cette Gloire. M. Lebrun commença les ouvrages de cette chapelle et y peignit, en bas-reliefs de camaïeux rehaussés d'or, l'histoire de saint Jean- Baptiste, pour satisfaire à la piété de M. Golbert, qui portait le nom de Jean-Baptiste ».
Les jardins, dessinés par Lenôlre, se composaient de belles terrasses, de parterres de broderies et de parterres de fleui's, avec bassins et jets d'eau, le tout entouré de petits ifs et décoré de quelques belles statues : le Gladiateur, une Diane en bronze que Christine, reine de Suède, avait donnée autrefois à notre ambassadeur Servien. On y trouvait aussi une grotte, d'une agréable architecture.
Le parc était percé de belles allées « palissadées », c'est-à-dire bordées de très hautes charmilles, selon la mode de l'époque. Quelques allées au contraire étaient bordées de berceaux de treillage, à mailles étroites, construits sur d'élégants dessins et surmontés de dômes à tous leurs angles. Quelquefois aussi les arbres étaient taillés en portiques et en arcades, et ces voûtes de feuillages assuraient aux promeneurs l'ombre et la fraîcheur.
Les bosquets avaient tous leur fontaine ou bassin.
L'orangerie, dont La Quintinye soignait les beaux arbres, renfermait 280 orangers, G grenadiers, 8 myrtes.
150 jasmins, 12G lauriers, 2 alocs, 1 pied de lleup de la Passion, évalués, en 1683, 26,378 livres*.
On admirait surtout, dans le parc, la salle des Marronnier?, — (( un petit bois fait en labyrinthe et tout rempli de fonlaines" », — la Galerie d'eau, ou Allée d'eau, appelée aussi la Salle des antiques, décorée de bustes et de jets d'eau', — le Pavillon des Quatre-Vents, « d'où l'on a une vue enchantée », — la Fontaine d'Eole et de Scylla, dont les figures en plomb, dessinées par Lebrun, jetaient des gerbes d'eau ; l'allée de ce bosquet avait pour perspective le fameux Hercule Gaulois du Puget, — la Grande cascade, une des plus belles pièces d'eau construites au xvii' siècle, dont l'eau sortait des urnes de deux fleuves sculptés par Coyzevox*, — la Ménagerie, peuplée d'oies et de canards, — le Grand canal, creusé probablement sous Seignelay.
Beaucoup d'arbres de grande taille avaient été plantés, comme à Versailles, dans le parc de Colbert, qai, par ce procédé, eut tout de suite une belle verdure et de l'ombre.
Les gazons étaient de la plus verdoyante fraîcheur. Les eaux étaient pures ; tout le monde admirait leur beauté. Elles avaient été amenées dans les jardins et le parc par l'habile fontenier de Colbert, Nicolas JojIgleur \ dont le nom mériterait d'être plus connu. Citons