Mémoires, 1765, p
La guerre s'élant allumée plus que jamais', on- fit entendre au Roi que, pour la faire avec succès, il fallait assigner un fond à l'extraordinaire des guerres de 60 millions par an, sur le pied de o millions par mois. Le Roi en fît la proposition à M. Colbert, qui en fut effrayé et qui dit d'abord qu'il ne croyait pas qu"il fût possible de fournir à celte dépense. Le Roi lui dit qu'il y songeât, et qu'il se présentait un homme qui entreprendrait d'y suffîre s'il ne voulait pas s'y engager.
M. Colbert fut un assez long temps sans aller chez le Roi, travaillant chez lui à remuer tous ses papiers, sans que nous sussions^ ce qu'il faisait et encore moins ce qu'il pensait. Enfin, après un temps considérable, il me dit d'aller à Versailles et de porter au Roi les dessins de quelques ouvrages qu'il devait résoudre. Le Roi, après les avoir examinés, m'ordonna de dire à M. Colbert qu'il vînt le lendemain à Versailles et qu'il y aurait conseil. Il y alla et les choses reprirent leur train ordinaire.
On prétend qu'il avait pris la résolution de se retirer, voyant la difficulté qu'il trouverait à fournir à cette dépense de 60 millions avec toutes les autres dépenses de l'État, mais que sa famille lui persuada de ne point quitter la partie, et que c'était un piège qu'on ^ lui tendait pour le perdre, en l'éloignant ainsi des affahes. Pour moi je veux croire que son amour pour le bien public, joint à la connaissance qu'il avait que personne ne pouvait mieux que lui se tirer d'une conjoncture aussi dure que celle qui se présentait, lui fil affronter ce travail pour le bien du royaume.
1. Pendant la guerre de Hollande, eu 1674, quand Guillaume dOrange forma la première coalition contre Louis XIV.