Gazette de Leyde, 14 et 16 septembre
2. Œuvres de Racine, édition Hachette: Fragments historiques, V, 110.
3. La gastralgie lui causait de grandes douleurs quand il digérait ; aussi mangeait -il le moins possible.
COLBERT. S'il
pour Dieu ce que j'ai fait pour cet homine-là, je serais sauvé deux fois, et jo ne sais ce que je vais devenir » . Il ajoute qu'à l'arrivée d'un gentilliomine envoyé de Fontainebleau par Louis XIV, Golberl refusa de le recevoir et de lire la lettre du Roi qu'il lui apportait, en disant : « Je ne veux plus entendre parler du Roi ; qu'au moins à présent il me laisse tranquille ». Sa famille aurait obtenu cependant qu'il laissât l'envoyé du Roi entrer dans sa chambre ; mais il feignit de dormir pour ne pas lui parler. Il n'aurait pas ouvert la lettre du Roi, ce dont la famille chercha à l'excuser en disant qu'il ne voulait plus penser qu'à son salut. Tout ceci est de la légende. La prétendue lettre de Louis XIV est de l'invention de la Baumelle, qui attribue à Madame de Maintenon la lettre suivante :
Fontainebleau, le 10 seplenibre 1683.
Le Roi se porte bien et ne sent plus qu'une léyère douleur. La mort de M. Colbert l'a affligé, ol bien des gens se sont réjouis de son affliclion. C'est un sot discours que les desseins pernicieux qu'il avait ; et le Roi lui a pardonné de très bon cœur d'avoir voulu mourir sans lire sa lettre pour mieux penser à Dieu...
Mais cette lettre est manifestement fausse, ainsi que l'a démontré M. Lavallée '.
Le fait est que Colbert, souffrant cruellement de la gravelle et de sa gastralgie, a voulu avoir le plus de
i. Correspondance gtfnérale de Madame ik Maintenon, 11, :il7.
repos possible, et que tout prouve qu'il n'est pas mort ni disgracié, ni en désespéré, mais affligé certainement du juste mécontentement du Roi contre son fils, et n'ayant certainement pas perdu l'amitié de Louis XIV, ainsi que le prouvent les lettres adressées par M. de Seignelay à S. M. et les réponses du Roi, qui n'écrit pas à Colbert, trop malade pour lire ses lettres et y répondre, mais à son fils, qu'il charge de dire au malade « tout ce qu'il lui mande ».
Paris?, le 29 août 1683.
Pour suivre l'ordre que V. M. a bien voulu me donner de lui rendre compte de la santé de mon père, je lui dirai qu'il a passé une 1res mauvaise nuit, que ses douleurs ont duré une partie de la journée, et que si, dans l'abattement où il est, la fièvre se joignait à ses autres maux, sa maladie serait très dangereuse ; mais Dieu merci il n'en a point eu jusqu'à présent.
Réponse du Roi.
Je suis bien en peine du mal de votre père, et je le plains fort des douleurs qu'il souffre. J'espère qu'il sera bientôt en aussi bon état que nous le désirons tous. Dites-lui de ma part ce que je vous mande.
Paris, le 2 septembre, à deux heures du matin.
Le mal de mon père a tellement augmenté. Sire, et sa faiblesse est si grande, que les médecins, ne connaissant rien à cette maladie, qu'ils prétendaient n'être pas dangereuse tant qu'il n'y aurait pas de fièvre, ont conseillé de lui faire prendre cette nuit Noire-Seigneur en viatique. C'est de quoi j'ai cru devoir donner avis à V. M. Elle sera exacte-
COLDERT. 3^i3
ment informée des suites, et je crois que dans cette triste occasion V. M. me permettra de demeurer ici pour voir les suites de cette maladie.
Réponse du Roi.
L'état où est votre père me touche sensiblement. Demeurez auprès de lui tant que vous y serez nécessaire et que votre douleur ne vous empêchera pas de faire tout ce qui sera possible pour le soulager et pour le sauver. J'espère toujours que Dieu ne voudra pas l'ôter de ce monde où il est si nécessaire pour le bien de l'État. Je le souhaite de tout mon cœur par l'amitié particulière que j'ai pour lui et par celle que j'ai pour vous et pour toute sa famille.
A coup sûr ce n'est pas au fils d'un ministre disgracié ou sur le point de l'être, d'un ministre mourant en désespéré et plein de fureur contre le Roi, que ce Roi écrit ces lettres si pleines d'amitié et de bons sentiments pour le pauvre malade, « qui est encore si nécessaire au bien de lÉtat ».
Après la mort de Colbert, arrivée le 6 septembre, Louis XTV écrivit à Madame Colbert une lettre afîeclueuse pour elle et pour la mémoire de son mari.
Foutainebleau, 12 septembre 1683.
Madame Colbert, je compatis à votre douleur, d'autant plus que je sens par moi-même le sujet de votre affliction, puisque, si vous avez perdu un mari qui vous était cher, je regrette un fidèle ministre dont j'étais pleinement satisfait.
Sa mémoire me sera toujours une forte recommandation, non seulement pour votre personne que votre vertu recommande assez, mais aussi pour tous les siens, et vous devez
espérer que le sieur de Blainvillefaisanlson devoir, comme je l'espère, dans la profession qu'il va suivre ^ n'en sentira pas moins les efîets que le reste de la famille.
Ce pendant, je prie Dieu qu'il vous ait, Madame Colberl, en sa sainte garde.
« M. Colbert, dit la Gazette de Leyde \ fut enterré mardi au soir' en sa chapelle de Saint- Euslache, sa paroisse; son corps a été ouvert et l'on y a trouvé une grosse pierre dans l'un des uretères et d'autres moindres dans la vésicule du fiel. Avant que mourir, il fit venir tous ses enfants l'un après l'autre pour leur dire adieu, ayant toujours conservé un jugement sain et entier; il fit cacheter devant lui plusieurs papiers pour être remis entre les mains du Roi.
« Sa famille s'est retirée à l'hôtel de Matignon et l'on a mis le scellé chez lui avec des gardes, par ordre de S. M.; on l'a mis aussi partout ailleurs où il avait des cabinets, à Saint-Germain, à Sceaux et ailleurs.
« Le Roi remplit dès le 6 sa charge de contrôleur général des finances et la donna à M. Le Peletier, conseiller d'État, et à M. de Louvois celle de surintendant des Bâtiments, dont M. de Blainville, l'un des fils