‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 18 sur 183 · Impôt, taille · texte numérisé non relu

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que je n'ai touché du Roi que 8,000 livres qu'elle me fil donner à Bordeaux. J'ai, grâces à Dieu, du bien pour vivre comme un homme de ma condition, et peu d'envie d'en avoir davantage ; et puisque, depuis trois ans, sans importuner personne et sans m'en plaindre, j'ai servi le Roi à mes dépens, V. Em. peut bien croire facilement que je ne commencerai pas à ruiner le peu qu'elle a dans sa nécessité pour subsister*. Je la supplie très humblement de croire qu'elle ne trouvera jamais que j'aie autre but en la servant que de satisfaire au zèle et à l'affection que j'ai toujours eus pour elle, et qu'elle n'y trouvera aucun mélange de bassesse. Je lui demande seulement en grâce qu'elle ait confiance en moi jusqu'à ce qu'elle reconnaisse que je l'aie trompée, et qu'elle ne m'impute pas les fâcheux accidents et les difficultés qui surviendront par la nature des affaires ou par conjonctures du temps.

Ce dévouement gratuit ne devait être que provisoire, et Colbert entendait bien, en tirer récompense un jour; il était résolu à profiter de sa situation auprès du Cardinal pour augmenter son bien et celui des siens. Nous allons bientôt le voir âpre au gain, demandant et obtenant faveur sur faveur. Dès 1631, il sollicite la charge d'intendant delà maison du duc d'Anjou, frère du Roi, l'obtient en 1632 et la vend, en 1633, 40,000 livres; il demande ensuite une prébende, puis une lieutenance dans le régiment de Navarre pour un de ses frères, puis un bénéfice pour un autre frère, la direction des droits du tiers des prises faites par les vaisseaux du Roi sur les ennemis, pour l'un de ses cousins. Toutes ces grâces et une

1. Colbert s'était arrangé pour faire toucher au Cardinal une partie du tailloa payé par la I3ourgogne.

gratification que lui donne le Cardinal ne Tempêchent pas de demander, en 1G52, l'abbaye de N.-D. -la-Grande de Poitiers, pour son frère; un nouveau bénéfice qui, avec deux autres qu'il a déjà, lui fera un revenu de 2,700 livres. En 1653, il voudrait bien avoir la charge de capitaine de la volière des Tuileries, ce qui lui donnerait un logement près du Louvre. En 1654, nouvelle demande de bénéfice pour lui et de l'abbaye de Saint- Martin de Nevers pour son frère. « Cent fois encore, depuis cette époque, dit M. P. Clément', Colbert demanda au Cardinal des bénéfices, des prieurés, des charges à la Cour et dans les provinces*, pour lui et les siens. La plus considérable de ces charges, celle de secrétaire des commandements de la Reine à venir, comme on disait au moment où la Maison de Marie- Thérèse fut formée, lui fut accordée gratuitement, comme preuve de faveur et de confiance tout à la fois. Or, Colbert, après des sollicitations réitérées, obtint l'autorisation de la vendre et en retira 500,000 livres, près de deux millions et demi d'aujourd'hui » .

En revanche, Colbert servait Mazarin avec activité et zèle, et avec le dévouement le plus complet. Il s'efforçait de mettre en ordre les affaires de son maître, que la Fronde avait complètement ruinées, et dont le relèvement était rendu fort difficile par une quantité de

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