Lettres, instructions et métnoires, "VII
surintendant; cl mettait à nu toute sa conduite et toutes ses opérations.
V. Ém. m'ayant ordonné de lui dire ce que je pouvais savoir concernant l'état présent des finances, pour satisfaire à ses ordres, je lui dirai qu'elles sont toujours gouvernées de même, et qu'elles sont toutes renfermées entre le surintendant et le sieur Bruant, son commis, avec quelque légère participation du trésorier de l'Épargne*; et cette nature d'afTaires, la plus importante de l'État, qui était autrefois gouvernée par un conseil de direction..., par divers moyens, l'on est parvenu à en ôter la connaissance à tout le monde.
Les moyens que l'on a pratiqués pour cela ont été d'empêcher par toutes sortes de voies la tenue d'aucun registre, non seulement en la main de celui qui avait été destiné par S. Ém. à cet emploi, qui, ne s'étant pas trouvé assez fort pour le soutenir, n'a pu résister à toutes les attaques qui lui ont été données, mais même en la personne des commis plus intimes du surintendant; parce qu'en la personne du sieur Hervart c'était un étai, un contrôle et une lumière perpétuelle qui éclairait les yeux de S. Ém., et en la personne des commis même intimes, c'était un ordre réglé auquel on pouvait avoir recours en tout temps, et l'on a toujours voulu établir la confusion pour en ôter la connaissance à tout le monde.
Ce n'était pas assez d'ôter et bannir tout ordre , il fallait encore trouver moyen d'avoir un grand fonds en billets de l'Épargne 2 ou quittances, pour pouvoir consommer les af-
1. Le Trésor central du royaume : on y versait tous les produits des domaines et des impôts.
2. Le surintendant délivrait un mandat sur l'Épargne, ou Trésor, pour î^older une dépense. Le mandat était assigné sur un fonds spécial ; lorsque ce fonds spécial était épuisé et que l'on ne pouvait payer le mandat, on convertissait ledit mandat en un billet de l'Épargne, qui devait être payé plus tard, et souvent ne
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faires à mesure qu'elles sont faites , et se rendre par ce moyen maître de toute la distribution.
Colbert montre comment Fouquet négocie avec les traitants*; il fait revivre de vieux billets et de vieilles quittances de l'Épargne depuis l'année 16:20, qu'il achète à 3 et -4 p. 100, et que Bruant paie comptant. Sur ce chef, Fouquet a gagné plus de 10 millions de livres (soit plus de 50 millions d'aujourd'hui).
Les deux seules personnes qui pouvaient traverser cette conduite étaient le chancelier^, pour la signature, et les trésoriers de l'Épargne, pour l'expédition. L'un, par sa faiblesse naturelle et parla facilité que Ton a apportée à toutes les affaires, même par l'envie qu'il a eue d avoir part dans les aliénations 3 qui ont été faites, a tout signé. Les autres, par les grands avantages qu'ils ont eus dans leurs comptes d'exercice et par la dépendance où ils sont du surintendant, ont été retenus, joint que, par les différentes remises d'une Épargne à l'autre*, on leur a été la plus grande part de la connaissance de la suite des affaires.
Ce sont là les moyens par lesquels l'on est parvenu à l'entière disposition des finances du Roi sans la participation presque de personne.
Pour ce qui est des avantages que l'on a retirés de celte conduite, c'est une chose publique et connue de tout le monde que le surintendant a fait de grands ét6d)iissements,
l'était pas. De puissants personnages achetaient à vil prix ces billets, les faisaient réassigner sur un fonds disponible, étaient payés intégralement et réalisaient ainsi d'énormes bénéfices. i. Financiers chargés du recouvrement de l'impôt.