Fouquet fut obligé de le chasser en 1637 (I
3. Les impôts, qui étaient levés par les fermiers généraux, lesquels gardaient pour eux une partie considérable de l'argent qu'ils levaient, sous prétexte de leurs frais.
4. Impôt établi sur les paysans et les bourgeois, en un mot, sur les roturiers, pour leurs biens et leurs revenus.
et même une bonne partie de ce qu'il y avait de bois dans le reste des provinces du royaume ; et que toutes ces aliénations ont été faites à vil prix, même une bonne partie donnée par gratification aux plus grands seigneurs du royaume et aux officiers des compagnies souveraines.
Bref, les domaines et les revenus de TÉtat, impôts, forêts, etc., sont au pillage; les impôts augmentent, le peuple est écrasé, car il est presque seul à les payer; mais Fouquet, ses agents, ses partisans font des fortunes colossales en volant le Roi et le peuple. Il faut lire ce mémoire tout entier, qu'il est impossible d'analyser : Colbert y signale les abus, les dilapidations, et indique les moyens de les faire cesser. Les premiers étaient de rétablir Tordre et la probité dans cette administration, de tenir en bride le surintendant, de faire rendre gorge aux fmanciers enrichis aux dépens du Trésor, et pour cela établir : une chambre de justice destinée à réprimer les désordres de toute sorte et punir rigoureusement les coupables par la confiscation de leurs biens, — et des Chambres de Grands-Jours* pour faire cesser les vexations infligées aux peuples. Il évaluait à plus de 20,000 le nombre des individus, traitants, fermiers, partisans, financiers, gens d'affaires qui vivaient des abus et ruinaient à la fois FÉlat et la nation. Ses conclusions étaient que les revenus du Roi, si l'on adoptait ses avis, seraient augmentés, et il terminait en disant :
1. Tribunaux extraordinaires allant tenir leurs assises dans les provinces.
L'on ne verra plus les grandes fortunes des partisans et gens de finances qui donnent de l'envie et de la jalousie à tout le monde, et qui sont cause d'une prodigieuse augmentation de luxe.
Les gens de justice reprendront leur première modestie, faute d'avoir de quoi soutenir leur insolente vanité, par le retranchement d'une infinité de droits sur le Roi dont ils sont gorgés.
L'on ne reconnaîtra de grâces, de gratifications et de for lunes que celles qui viendront de la main du Roi par l'entremise de Son Éminence, et enfin un million de bons effets pour le bien, l'avantage et le repos de l'État viendront de cette conduite.
De plus, Son Éminence étant maîtresse d'un grand revenu, pourra, avec beaucoup de facilité, par son économie, entretenir un grand nombre de troupes, de grandes garnisons dans toutes les places avancées, en Allemagne, Flandre, Italie, Espagne, revêtir toutes ces places et les bien fortifier, rétablir la gloire et l'honneur du royaume sur la mer aussi bien que sur la terre, en remettant en mer un nombre considérable de galères et de vaisseaux, afin de porter la gloire et la terreur de son nom jusque dans l'Asie, après l'avoir si fortement et si puissamment établi dans toute l'Europe; et outre toutes ces dépenses, je ne doute point que Son Éminence ne put encore mettre en réserve une somme considérable tous les aus.
Après avoir exécuté toutes ces grandes choses, il n'en resterait plus que deux à faire qui ne seraient pas moins glorieuses pour Son Éminence : l'une, d'établir le commerce dans le royaume et les voyages de long cours, et l'autre de travailler au retranchement de la multiplicité des officiers des justices souveraines et subalternes, des abus qui se commettent en la justice, et de la faire rendre aux peuples plus promptement et à moins de frais, étant très certain que les officiers de justice tirent des peuples du royaume, tous les ans, par une infinité de moyens, plus de vingt millions
(plus (le cent millions') de livres, dont il y aurait beaucoup de justice de retrancher plus des trois quarts, ce qui rendrait les peuples plus accommodés et leur laisserait plus de moyens de fournir aux dépenses de l'I-ltat ; et davantage, y ayant plus de trente mille hommes qui vivent de la justice dans toute l'étendue du royaume, si elle était réduite au point où elle doit être, sept ou huit mille au plus suffiraient, et le reste serait obligé de s'employer au trafic, à l'agriculture ou à la guerre, et ils travailleraient par conséquent à l'avantage et au bien du royaume, au lieu qu'ils ne travaillent à présent qu'à sa destruction.
Colbert venait de tracer en grande partie le programme de son futur ministère. Quand Louis XIV le fit ministre, il arrivait aux affaires merveilleusement préparé par un long apprentissage, par un travail sérieux et portant sur toutes les parties de l'administration. Ce mémoire en est une preuve. Il fut aussi la cause de la lutte qui s'engagea presque aussitôt entre Colbert et le surintendant.
Pendant ce temps, Mazarin négociait avec l'Espagne, et les victoires de Tnrenne allaient enfin terminer la longue guerre que Richelieu avait commencée en 1634 et qui finit à la paix des Pyrénées en 1659. Il fut convenu que Louis XIV épouserait l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse; mais le Roi, épris d'une nièce de Mazarin, Marie Mancini, voulait en faire sa femme, et il n'est pas douteux que lé Cardinal n'ait d'abord favorisé ce projet, qui n'échoua que devant l'opposition énergique d'Anne d'x\utriche*. Nous savons que Mazarin
1, Madame de MoTTEviLLE.
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tolérait, et facilitait même, la correspondance du Roi avec sa nièce. Le 9 juillet 1659, Colbert écrivait à Mazarin : « J'adresse au sieur de Terron* toutes les lettres que le Roi m'a envoyées aujourd'hui pour M"" Mancini; j'en userai à l'avenir ainsi que Voire Eminence me l'ordonne' ». Mais trois jours après, Mazarin adressait au Roi les plus sérieuses remontrances au sujet de son intention d'épouser M'^^ Mancini : Anne d'Autriche, indignée d'un lel mariage, s'était fâchée et avait même menacé le Cardinal de le chasser de France s'il ne renonçait pas à ce projet. Mazarin avait dû céder, -et Colbert de Terron avait reçu l'ordre de ne plus remettre aucune lettre du Roi à Marie Mancini. Il ne put cependant résister à la prière de Louis XIV de faire parvenir à M"'^ Mancini « dans le dernier secret » un billet et un petit chien. Malgré les précautions prises, Mazarin fut averti, et, redoutant la colère d'Anne d'Autriche, il eut les plus vives inquiétudes. Il se plaignit à Colbert de la conduite de son cousin et lui écrivit' :
Je n'ai pas sujet d'être satisfait du gieur de Terron sur le sujet de ma nièce; car, après que j'ai fait rompre tout le commerce, il n'a pas laissé de le faire de fait... Je sais en outre que, après mon retour de la Rochelle, il a fait entretenir ma nièce, mal à propos, car il faut éteindre le feu et non pas porter matière pour allumer.
1. Cousin de Colbert, intendant de la marine à Brouagc où se trouvaient les nièces du Cardinal.