‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 30 sur 183 · Lettre du 20 octobre lGo9. — I, lxxxix · texte numérisé non relu

Lettre du 20 octobre lGo9. — I, lxxxix

Le '■2-2 octobre, il écrivait encore à Colbert :

Ainsi, un commerce qui était tout à fait cessé, après les efforts que j'avais faits pour cela (jusqu'à demander mon congé au Roi, en résolution de quitter tout et me mettre en un vaisseau avec mes nièces pour m'en aller où je pourrais, s'il ne se rompait), est sur le point de se renouer plus que jamais par les soins dudit Terron, lequel en un mot a prétendu faire une grande fortune par ce moyen.... El de quoi je vous conjure présentement, c'est de n'en rien témoigner audit Terron, pour quelque raison que ce puisse être, car vous me mettriez en d'étranges embarras, vous protestant que cette affaire est peut-être la plus délicate que j'aie eue de ma vie et qui m'a donné plus d'inquiétude.

Colbert, à ces nouvelles, fut « rempli de chagrin et de désespoir », craignant, non sans raison, les conséquences que pouvait avoir pour luile mécontentement du Cardinal contre son cousin ; mais l'affaire n'eut pas de suites.

Ce fut Colbert que Mazarin chargea de tous les préparatifs du mariage de Louis XIV : il y avait beaucoup à faire. 11 fallait de nombreux carrosses : un grand carrosse de parade, en velours rouge, tout couvert de broderies, pour la Reine; — un carrosse de campagne, tout chamarré de grands passements d'argent, aussi pour la Reine; — un carrosse et une calèche pour le Cardinal ; — un carrosse pour les filles d'honneur de la Reine. Toutes ces voitures étaient couvertes de velours de Milan, brodé et orné de crépines. Les brodeurs de Paris ne savaient plus où donner de la tête, tant ils étaient occupés. Avec les carrosses, il faut commander

et faire faire les harnais, les livrées, — les devises', — les broderies, les dessins de ces broderies pour les montrer à Anne d'Autriche et au Roi, — les innombrables bijoux destinés à être donnés en cadeau et qui seront exécutés par le célèbre orfèvre Lescot*, croix de diamants, montres, montres sonnantes enrichies de diamants, etc., — les agendas, — les épées d'or émaillées ou non, commandées aussi à Lescot (il en faut six au Cardinal), les épées en fer poli et doré demandées à Legay, fourbisseur du Roi, — les tapisseries, — une crépine pour le dais du Roi, — les casaques pour les gardes de S. Ém., qui avait des gardes ainsi que Richelieu, — les couvertures pour les mulets et chevaux de main, « ce qui est nécessaire pour paraître superbement », — les cassettes, — une caisse d'eau d'orange de Rome pour la Reine, — une toilette pour le Roi, — des étoffes, des dentelles, — des habits pour le Roi, article qui s'élèvera à 90,000 livres (500,000 francs), et dont les marchands veulent être payés avant de livrer". Ce n'est pas tout : il faut des oranges de Portugal, que le Cardinal veut offrir à la nouvelle Reine; on paiera 6 livres (30 francs d'aujourd'hui) chacune, celles qui arriveront les premières. Colbert, qui ne perd aucune occasion, reçoit les premières oranges en mars, et prend un intérêt d'un quart dans une boutique de la

1. C'est Douvrier qui est l'auteur de la célèbre devise de Louis XIV : Nec pluribus impar (I, 383).

Page 1