Vaux, Sainl-Mandé
que pour ne lui pas donner de défiance, j'étais contraint de les lui accorder, et de soullVir qu'il m'entretînt de discours inutiles pendant que je connaissais à fond toute son infidélité.
Vous pouvez juger qu'à l'âge où j'étaisi, il fallait que ma raison fit beaucoup d'effort sur mes ressentiments pour agir avec tant de retenue. Mais d'une part je voyais que la déposition du surintendant avait une liaison nécessaire avec le changement des fermes; et, d'un autre côté, je savais que l'été, où nous étions alors, était celle des saisons de l'année où ces innovations se faisaient avec le plus de désavantage, outre que je voulais, avant toutes choses, avoir un fond en mes mains de 4 millions (20 millions de fr.) pour les besoins qui pourraient subvenir. Ainsi je me résolus d'attendre l'automne pour exécuter ce projet.
Mais étant allé vers la fin du mois d'août à Nantes, où les États de Bretagne étaient assemblés, et de là voyant de plus près qu'auparavant les ambitieux projets de ce ministre, je ne pus m'empècher de le faire arrêter en ce lieu même, le 5 septembre.
Toute la France, persuadée aussi bien que moi de la mauvaise conduite du surintendant, applaudit à cette action, et loua particulièrement le secret dans lequel j'avais tenu, durant trois ou quatre mois, une résolution de cette nature, principalement à l'égard d'un homme qui avait des entrées si particulières auprès de moi, qui entretenait commerce avec tous ceux qui m'approchaient, qui recevait des avis du dedans et du dehors de l'État, et qui de soi même devait tout appréhender par le seul témoignage de sa conscience.
Fouquet avait en effet reçu de nombreux avis sur sa prochaine arrestation et n'avait pas voulu y croire; il était persuadé, disait-il, que Louis XIV voulait faire