Louis XIV avait alors 23 ans
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arrêter Colbi^rt. Écoutons maintenant le Roi raconter l'arrestation du surintendant : il écrivit à Anne d'Autriche, le 5 septembre, la lettre suivante :
Madame ma mère, je vous ai déjà écrit ce matin l'exécution des ordres que j'avais donnés pour faire arrêter le surintendant : mais je suis bien aise de vous mander le détail de celte affaire. Vous saurez qu'il y a longtemps que je l'avais sur le cœur; mais il a été impossible de le faire plus tôt, parce que je voulais qu'il fît payer auparavant 30,000 écus pour la marine, et que d'ailleurs il fallait ajuster diverses choses qui ne se pouvaient faire en un jour, et vous ne sauriez vous imaginer la peine que j'ai eue seulement à trouver le moyen de parler en particulier à d'Artagnan ^ ; car je suis accablé tout le jour par une infinité de gens fort alertes, et qui, à la moindre apparence, auraient pu pénétrer bien avant : néanmoins il y avait deux jours que je lui avais commandé de se tenir prêt, et de se servir de Duclavaux et de Maupertuis au défaut des maréchaux de logis et brigadiers de ses mousquetaires, dont la plupart sont malades. J'avais la plus grande impatience du monde que cela fût achevé, n'y ayant plus autre chose qui me retînt dans ce pays.
Enfin, ce matin, le surintendant étant venu travailler avec moi à l'accoutumée, je l'ai entretenu tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, et fait semblant de chercher des papiers jusqu'à ce que j'aie aperçu, par la fenêtre de mon cabinet, Artagnan dans la cour du château, et alors j'ai laissé aller le surintendant, qui, après avoir causé un peu au bas du degré avec La Feuillade, a disparu dans le temps qu'il saluait le sieur Le Tollier, de sorte que le pauvre Artagnan croyait l'avoir manqué, et m'a envoyé dire par Maupertuis
1. Capitaine des mousquetaires, qui était chargé d'arrêter Fouquet.
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qu'il soupçonnait que quelqu'un lui avait dit de se sauver ; mais il le rattrapa dans la place de la grande église, et l'a arrêté de ma part environ sur le midi. Il lui a demandé les papiers qu'il avait sur lui, dans lesquels on m'a dit que je trouverais l'état au vrai de Belle-Isle; mais j'ai tant d'autres affaires, que je n'ai pu les voir encore : cependant j'ai commandé au sieur Boucherat' d'aller sceller chez le surintendant, et au sieur Pellot chez Pellisson, que j'ai fait arrêter aussi.
J'avais témoigné que je voulais aller ce matin à la chasse, et, sous ce prétexte, fait préparer mes carrosses et fait monter à cheval mes mousquetaires ; j'avais aussi commandé les compagnies des Gardes qui sont ici, pour faire l'exercice dans la Prairie, afin de les avoir toutes prêtes à marcher sur Belle-Isle. Incontinent donc l'affaire a été faite : l'on a mis le surintendant dans l'un de mes carrosses, suivi de mes mousquetaires, qui le mènent au château d'Angers, et m'y attendront en relais, tandis que sa femme, par mon ordre, s'en va à Limoges. Fourille a marché à l'instant avec mes compagnies des Gardes et ont ordre de s'avancer à la rade de Belle-Isle, d'où il détachera Ghavigny, capitaine, pour commander dans la place avec 100 Français et 60 Suisses, qu'il lui donnera ; et si, par hasard, celui que le surintendant y a mis voulait faire résistance, je lui ai recommandé de le forcer. J'avais d'abord résolu d'en attendre des nouvelles ; mais tous les ordres sont si bien donnés, que, selon toutes les apparences, la chose ne peut manquer; et aussi je m'en retourne sans différer davantage, et celle-ci est la dernière que je vous écrirai de ce voyage.
J'ai discouru ensuite sur cet accident^ avec des Messieurs qui sont ici avec moi; je leur ai dit franchement qu'il y avait quatre mois que j'avais formé mon projet; qu'il n'y