‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 55 sur 183 · Lettres, instructions et ?n(fmoircs, II, xviii · texte numérisé non relu

Lettres, instructions et ?n(fmoircs, II, xviii

guerre civile, en cas, disait-il, qu'on voulût l'opprimer, et de s'être fait donner par diverses personnes des engagements de se dévouer aveuglément à ses intérêts, de préférence à tout autre, sans en excepter personne au monde;

2" D'avoir fait au Roi des prêts supposés', afin de se créer un titre apparent à des intérêts qui ne lui étaient pas dus;

3° D'avoir confondu les deniers du Roi avec les siens propres, et de les avoir employés avec une profusion insolente à ses affaires domestiques ;

4° De s'être fait donner par les fermiers et traitants des pensions évaluées à 362,000 livres (1,800,000 fr.), à condition de les favoriser dans le prix de leurs fermes, et d'avoir pris pour lui-môme, sous d'autres noms, la ferme de divers impôts ;

3° D'avoir fait revivre des billets surannés, achetés à vil prix, et de les avoir employés, pour leur somme totale, dans les ordonnances de comptant.

On ne peut passer sous silence une faute grave commise, dans ce long et solennel procès, par le gouvernement, faute qui fut largement exploitée par les juges gagnés à la cause de Fouquet. Mazarin était compromis dans toutes les déprédations et affaires véreuses dont on accusait Fouquet : Louis XIV et Golbert voulurent donc dégager le Cardinal du procès de Fouquet, dans lequel la mémoire de ^lazarin eût été gravement

1. Nolammcnt un certain emprunt do 6 millions do livres (30 millions), dont le Ruine vit jamais une pistole.

et judiciairement atteinte et flétrie. Des commissaires furent chargés d'examiner les papiers de l'accusé en son absence, et de faire disparaître du dossier' toutes les pièces qui compromettaient le Cardinal. Cette faute eut pour résultat de fournir un excellent prétexte de mécontentement aux juges, d'autoriser Fouquet à se défendre avec audace, en protestant contre l'enlèvement de papiers qui, disait-il, établissaient son innocence, et à rejeter sur Mazarin une partie des faits qu'on lui reprochait.

L'instruction de l'affaire dura près de trois ans : il y avait d'innombrables pièces à examiner et à débattre avec l'accusé. Sans cesse il suscitait des délais, afin de gagner du temps et donner à ses amis du dehors le moyen d'agir sur l'opinion du public, qui à son tour réagirait sur les juges.

Quant à Fouquet, il se pose carrément en victime et en accusateur; il décline la compétence de ses juges et prétend qu'un surintendant n'est justiciable que du Roi; il soutient son innocence complète, accuse Mazarin et le chancelier Séguier lui-même; il n'a jamais rien pris, dit-il ; le luxe qu'on lui reproche vient de sa fortune, des appointements de ses charges et des dettes qu'il a contractées, et qui, dit-il, ne sont pas moindres de 12 millions de livres (60 millions). Quant à son projet de révolte, il déclara que ce n'était qu'une pensée ridicule et extravagante, depuis longtemps ou-

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