‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 56 sur 183 · Il y avait environ 60,000 pièces · texte numérisé non relu

Il y avait environ 60,000 pièces

bliée, et qui ne pouvait constituer un chef d'accusation sérieux.

Nous n'avons pas le procès-verbal officiel du procès; les trois volumes in-folio qui le composent sont encore inédits et se trouvent au cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, et il n'est pas probable que leur publication trouverait facilement un é^liteur et surtout des lecteurs. Tout ce que nous savons sur ce procès est de provenance hostile à Colbert et très favorable à Fouquet ; le journal du rapporteur Olivier d'Ormesson, — les lettres de madame de Sévigné, — les Défenses de Pellisson, — les 15 petits volumes in-12 parus sous le titre de : les Défenses de M. Fouquet, — dont il y a eu trois éditions impiimées clandestinement et jetées en pâture au public, — de nombreuses pièces de vers satiriques dirigées contre Colbert.

Pendant ce temps, les opérations de Colbert sur les rentes, et leur réduction, soulevaient l'opinion contre lui et venaient en aide aux manœuvres des amis de Fouquet.

Les amis de Fouquet ! mais c'est presque tout ce qu'on est convenu d'appeler la société; j'y trouve : la cabale des dévots, comme dit Colbert, les Jansénistes, les amis du cardinal de lletz avec les débris de la Fronde, madame de Sévigné, qui s'agitait, écrivait et travaillait plus que tout autre, les financiers, les fermiers, traitants et partisans qui allaient être condamnés « à rendre gorge » , beaucoup de grandes familles nobles alliées aux financiers, afin de « fumer leurs terres », les rentiers auxquels on retranchait un quar-

lier on 1664, tous ceux qui étaient menaces ou gênés par les réformes de Golbert, le gazelier Loret, La Fontaine et d'autres gens de lettres. Pour tout ce monde, Fouquet est innocent; c'est Golbert qui est coupable, on l'attaque avec acharnement.

Bref, le procès était devenu un prétexte d'opposition générale; les juges se laissaient influencer, et la condamnation devenait incertaine. Les juges résistaient aux justes impatiences et aux démarches de Golbert et du Roi; ils s'en plaignaient, et les amis de Fouquet exploitaient contre Golbert ses démarches, justifiées cependant par les lenteurs voulues de la Chambre. Ils invoquaient l'indépendance des juges, et cependant leurs obsessions ne la respectaient guère. Entre temps (juillet 4664), on pendit quelques pauvres diables de sergents aux tailles et un partisan, auxquels personne ne s'intéressait.

Fatigué des lenteurs calculées de laGhambre de justice, le Roi remplaça l'avocat général Talon par Ghamillart le père, et M. de Lamoignon par le chancelier Séguier. Enfin, les débats commencèrent le 14 novembre 1664, et M. Ghamillart donna ses conclusions.

Je requiers pour le Roi, dit-il, Nicolas Fouquet être déclaré atleint et convaincu du crime de péculat et autres cas mentionnés au procès, et, pour réparation, condamné à être pendu et étranglé jusqu'à ce que mort s'ensuive, en une potence qui, pour cet effet, sera dressée en la cour du Palais, et à rendre et restituer au profit du Seigneur Roi toutes les sommes qui se trouveraient avoir été diverties (détournées) par ledit Fouquet ou par ses commis, ou par autres

personnes, de son aveu et autorilé, pendant le temps de son administration ; le surplus de ses biens déclaré acquis et confisqué, sur iceux préalablement prise la somme de 80,000 livres parisis d'amende envers ledit Seigneur.

Les débats durèrent deux mois. Les rapporteurs du procès prirent enfin la parole et motivèrent leurs conclusions. Le premier rapporteur, Olivier d'Ormcsson, parla pendant cinq jours et conclut au bannissement de l'accusé et à la confiscation de ses biens. Son avis prévalut et fut suivi par 13 juges, qui avaient cédé aux (( supplications » et aux intrigues de toutes sortes pratiquées à leur endroit : 9 juges votèrent pour la mort. Les votes étaient alors motivés et demandèrent huit jours. Le procès fut enfin terminé le 20 décembre 16G4.

Les amis et partisans de Fouquet triomphaient : Golbert et Louis XIV étaient vaincus par la cabale. Mais Louis XIV, « jugeant qu'il y pouvait avoir grand péril à laisser Fouquet sortir hors du royaume, vu la connaissance particulière qu'il avait des afïaires les plus importantes de l'Etat », modifia la sentence et commua la peine du bannissement perpétuel en celle de prison perpétuelle, et fit enfermer Fouquet à Pignerol, où il mourut en 1680, après dix-neuf ans de captivité.

Nous n'hésitons pas à approuver complètement la mesure prise par Louis XIV. La fausse philanthropie qui, de nos jours, s'apitoie sur les coupables en regardant les victimes comme une quantité négligeable, est une mauvaise doctrine : ce n'est p;is à Fouquet que nous nous intéressons; nous pl.iignons les milliers de

victimes qu'il a rançonnées el celles qu'il a fait mourir de misère et de désespoir.

Après la punition deFouquet, 500 maltôtiers, grands et petits, furent condamnés à HO millions de livres de restitution (550 millions de francs). Gourville, qui avait « beaucoup profité » du trafic des billets de l'épargne, dut payer 500,000 livres (2,500,000 francs). Enfin la Gliambre de justice fut dissoute en 1669^

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