Ces habitudes détestables dataient du temps de Mazarin
rendues inutiles par la faute des officiers et leur manque de « bravoure audacieuse ».
Les choses changèrent avec la guerre de Hollande (1672-78) : Martel, Valbelle, Vivonne, Duquesne, Château-Renault, Tourville déployèrent une grande bravoure, résistèrent aux Hollandais, les meilleurs marins de ce temps, battirent Tromp et Ruyter, leurs plus grands amiraux, et commencèrent à donner à la marine française la bravoure audacieuse que lui voulait Louis XIV et qu'elle avait eue sous Richelieu.
Pour former les jeunes officiers, Colbert créa des écoles où ils apprenaient l'hydrographie et le tir du canon : il voulait avec raison que le tir de nos vaisseaux fût excellent, supérieur à celui de Tennemi.
Colbert eut autant de peine à établir la discipline parmi les officiers de marine qu'à combattre leur improbité. Il se plaint souvent de manquements au devoir, de désobéissances. Un capitaine abandonne son navire en mer; d'autres vont coucher à terre, beaucoup embarquent des marchandises, une pacotille, pour en faire le commerce. Il ne cesse de se plaindre des jalousies, des susceptibilités, qu'il appelle des « pointilleries d'honneur » et qui entravent le service, et de l'esprit d'intrigue et de cabale qui anime les officiers.
Parmi les plus indisciplinés des marins de ce temps, on doit signaler Duquesne et Château-Renault. Ce dernier, chef d'escadre, était l'un des meilleurs officiers de la flotte ; mais il refusait trop souvent d'obéir à ses chefs, aux ordres du ministre et du Roi. Château-Renault avait reçu l'ordre de mettre à la voile pour escor-
ter des bâtiments allant à Terre-Neuve (1675) ; il n'avait pas bougô et demandait délai sur délai; Golbert lui écrivit :
S. M. a remarqué que vous ne lisez pas ses instructions ou que vous n'y faites aucune réflexion, et c'est ce qu'elle ne veut souffrir. Cela est indigne, non seulement d'un commandant général, mais d'un commandant de flûte. Vous devez me remercier que je vous écrive aussi fortement que je fais, parce que le service du Roi, vos avantages et voire propre gloire dépendent uniquement de ce point.
Quinze jours après, Château-Renault n'était pas parti et discutait encore ses instructions.
S. M. m'ordonne de vous écrire, lui dit Colbert, que si elle reçoit encore une lettre de vous, par laquelle elle voie que vous n'avez point exécuté son ordre, elle enverra celui de vous faire arrêter sur votre bord'.
Duquesne, notre plus grand homme de mer, avait le caractère le plus difficile. En 1670, Colbert disait : « La difficulté du sieur Duquesne est une grande chicane. Je ne sais à la fin si nous pourrons nous servir de cet homme ». Duquesne, en effet, est en lutte avec tout le monde : intendants, ministre, amiral ; il discute sans relâche ; il a « ses fantaisies »; il n'obéit pas à son chef, le vice-amiral d'Estrées, qui paraît, il est vrai, avoir moins de valeur que lui. Gomme on le savait très habile