Lettres, instructions et mémoires, III, Ir« partie, xxni
missions aux officiers; ce que Colbert, par esprit de conciliation, accepta. Mais les officiers de ces nouveaux régiments servirent mal : officiers de terre, ils ne voulaient pas obéir aux officiers de mer, aux capitaines de vaisseau, et l'on fut obligé de renoncer au système de Colbert et de faire servir ces régiments à terre avec le reste de l'infanterie. La marine, par la faute de Louvois, fut ainsi privée d'un personnel qui lui eût été fort utile.
L'institution des classes donnait à nos flottes environ 60,000 marins, non compris les officiers, les ouvriers des ports, les mousses, la cbiourme des galères.
L'improbité que l'on trouvait alors dans l'armée de terre (fraudes envers l'Etat et les soldats commises par les capitaines, qui se faisaient un revenu à l'aide de ces indignes pratiques), la même improbité se retrouvait dans l'armée de mer. Colbert et Louis XIV luttèrent sans relâche et avec énergie contre les capitaines de vaisseau qui retenaient une partie de la solde de leurs hommes, leur donnaient une nourriture mauvaise et insuffisante, et rendaient ainsi le régime des classes encore plus impopulaire. Le ministre fit cesser cet abus, en chargeant un munitionnaire d'approvisionner les vaisseaux des provisions de bouche nécessaires aux officiers et matelots. Jusqu'alors les capitaines avaient été chargés de ce soin.
Colbert apporta à la surveillance des dépenses, à bord des bâtiments et dans les arsenaux, une constante attention : on volait partout ; on volait sur les constructions navales, sur les vivres, sur les poudres, et les voleurs
n'étaient autres que des ol'liciers, des fonctionnaires grands et petits*. Pour faire cesser ces désordres, Colbert cassa un grand nombre d'officiers.
Louvois, toujours poussé par sa haine contre Colbert, signala plusieurs fois à Louis XIV quelques-unes de ces friponneries, comme s'il n'y en avait pas eu à signaler aussi dans le service qu'il dirigeait.
Nos matelots et nos officiers, ces derniers surtout, ne valaient pas grand'chose en 1664, et il ne fut pas facile, au début, d'avoir de bons officiers, instruits, braves et disciplinés. La formation du brillant corps d'hommes de mer qui commandèrent les vaisseaux et les escadres de Louis XIV n'est donc pas la moins belle partie de l'œuvre de Colbert.
A l'origine, l'audace manquait surtout aux officiers, plus encore que l'instruction. En 1671, Colbert écrivait à un chef d'escadre que, s'il avait le bonheur d'exécuter « une action d'éclat, elle serait d'autant plus agréable à S. M. qu'elle lui serait plus nouvelle », Pilotes timides, officiers trop prudents, Colbert n'eut d'abord que des gens de cette sorte sur ses vaisseaux : aucun n'avait « l'élévation et la chaleur nécessaire pour faire quelque chose d'extraordinaire ». On n'osait sortir du port à la moindre apparence de mauvais temps ; personne ne se souciait « d'aller à la guerre » contre les pirates de la Méditerranée, encore moins d'aller les brûler dans leurs ports. Longtemps Louis XIV «ressentit grand'peine» de voir toutes ses dépenses pour la marine