‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 88 sur 183 · Ambassadeur en France, de 1673 à 1678. — VII, clxxx · texte numérisé non relu

Ambassadeur en France, de 1673 à 1678. — VII, clxxx

Celte misère, résultat de la politique de Louis XIV et de Louvois, bien plus encore que des mauvaises mesures de Colbert, alla sans cesse en s'aggravant, avonsnous dit; nous en avons la preuve dans ce passage de la Dlme royale de Vauban :

11 est certain, dit rillustre maréchal, que la misère est poussée à l'excès, et que, si l'on n'y remédie, le menu peuple tombera dans une extrémité dont il ne se relèvera jamais, les grands chemins de la campagne et les rues des villes étant pleins de mendiants, que la faim et la nudité chassent de chez eux.

A cette époque Fénelon écrivait à Louis XIV :

La sédition s'allume peu à peu de toutes parts. Ils croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'aimez que votre autorité et votre gloire. Si le Roi, dit-on, avait un cœur de père pour son peuple, ne mettrait-il pas plutôt sa gloire à leur donner du pain, et à les faire respirer après tant de maux, qu'à garder quelques places de la frontière qui causent la guerre... Les émotions populaires qui étaient inconnues depuis si longtemps deviennent fréquentes. Paris même, si près de vous, n'en est pas exempt...

Les tarifs de 1664 et 1667 avaient eu de mauvais résultats pour l'agriculture. Le blé et la vigne étaient les deux grandes cultures de cette époque. Les Hollandais, par représailles, n'achetèrent plus nos blés et nos vins. Le commerce des blés à l'intcrieur était fort gêné par les douanes qui séparaient les provinces, et la liberté de vendre d'une province à l'autre n'existait pas plus en permanence que la liberté de vendre à l'étranger.

Jamais cependant Colbert n'empêcha les blés étrangers d'entrer en France : cette prohibition était réservée aux protectionnistes modernes.

La liberté complète du commerce des grains a été établie par Napoléon III. On y renonce de nos jours : l'invasion de la France par les blés des États-Unis, de l'Inde et de la Plata exige, paraît-il, que l'on frappe les blés étrangers de droits d'entrée. Ce qui défendrait aussi nos blés nationaux, ce serait que l'agriculture, sortant enfin de la routine et de l'ignorance, fît comme a fait l'Allemagne, avec ses terres sablonneuses et médiocres; qu'elle obligeât, parla science, la terre à produire le double de ce qu'en tire l'ignorance.

Si Colbert a fait du mal à l'agriculture, il lui a cependant fait quelque bien : il a diminué la taille autant que les dépenses de Louis XIV permettaient de la diminuer; il a empêché le plus possible la saisie du bétail quand le paysan ne pouvait pas payer l'impôt; il a essayé de multiplier le bétail, les fumiers étant indispensables à la culture; il a essayé d'améliorer nos races ovines indigènes avec des béliers anglais et des béliers mérinos de Ségovie ; il a développé la culture du chanvre et établi celle du lin.

Son œuvre est plus grande et plus utile quand il s'agit des forêts et des haras.

Nous avons déjà parlé, à propos de la marine, des soins apportés par Colbert à la conservation et à l'exploitation des forêts. Elles étaient, avant lui, défrichées, gaspillées, incendiées ou dévastées par le pâturage. Malgré les édits de plusieurs rois, la mauvaise admi-

nistration des grands maîtres des Eaux et Forêts et de leurs agents laissait commettre de nombreux dommages souvent irréparables. Dès dG62, sur les conseils de Colbert, Louis XIV commença à mettre un terme à ces désordres.

Je m'appliquai aussi cette année, dit le Roi dans ses Mémoires, à un règlement pour les forêts de mon royaume, où le désordre était extrême et me déplaisait d'autant plus que j'avais formé de longue main de grands desseins pour la marine... La guerre et les inventions des partisans pour faire de l'argent avaient produit* une infinité d'officiers des Eaux et Forêts comme de toutes les autres sortes ; la guerre et les mêmes inventions leur étaient ou leur retranchaient leurs gages, dont on ne leur avait fait qu'une vaine montre, en établissant leurs offices. Ils s'en vengeaient et s'en payaient, mais avec usure, aux dépens des forêts qui leur étaient commises. Il n'y avait sortes d'artifices dont ces officiers ne se fussent avisés, jusqu'à brûler exprès une partie des bois sur pied, pour avoir lieu de prendre le reste, comme brûlé par accident... J'avais seulement empêché, l'année précédente, le mal de s'augmenter, en défendant qu'il se fit aucune vente jusqu'à ce que j'en eusse autrement ordonné. Cette année, j'y apportai deux remèdes principaux : l'un fut la réduction des officiers à un petit nombre qu'on pût payer de leurs gages sans peine et sur lesquels il fût plus aisé d'avoir les yeux ; l'autre fut la recherche des malversations passées, qui ne servait pas seulement d'exemple pour l'avenir, mais qui, par les restitutions considérables auxquelles ils furent condamnés, fournissait en partie au remboursement des officiers supprimés.

En 1669 parut l'ordonnance des Eaux et Forêts qui 1, En vendant do nouvelles charges.

mit un ordre complet dans celte partie de l'administration. Le Parli'monl lui fit une opposition telle, que le Roi fut obligé de tenir un lit de justice pour faire enregistrer l'ordonnance. Partout, dans le royaume, elle souleva une opposition non moins vive : de tout temps les abus ont été tenaces. Grâce à cette ordonnance, nos forêts, désormais bien aménagées, ont été conservées.

En 1682, les forêts de l'État avaient une superficie de 434, 611 hectares* ; en 1683 elles rapportaient 1,028, 766 livres (5 millions et demi de francs), tandis qu'en 1661 leur produit n'était que de 850,000 francs.

Avant Golbert la production chevaline était assez peu considérable en France, et on était obligé d'acheter en grand nombre les chevaux, surtout les chevaux de guerre, en Allemagne, en Angleterre, dans la Frise, l'Italie, l'Andalousie, en Danemark, dans le Maroc et la Turquie.

Dès 1663, Golbert écrivait aux intendants :

S. M., ayant estimé que le rétablissement des haras dans les provinces de son royaume est fort important à son service et fort avanlageuxà ses sujets, tant pour avoir en temps de guerre le nombre de chevaux nécessaire pour monter sa cavalerie, que pour n'être pas nécessité de transporter tous les ans des sommes considérables dans les pays étrangers pour en acheter, a résolu d'y appliquer une partie des soins qu'elle donne à la conduite de son État et à tout ce qui peut le rendre florissant.

l. 1,303,834 arpents.

En 1665, Louis XIV rétablissait les haras et les remplissait d'étalons achetés dans la Frise et la Hollande, en Danemark et dans le Maroc; il les distribuait gratuitement aux propriétaires de haras, gentilshommes, bourgeois ou paysans, qui étaient en mesure de favoriser ses projets, c'est-à-dire qui s'engageaient à ne jamais s'en servir comme monture et à ne les employer qu'à améliorer nos races indigènes. Le Roi et Golbert voulaient que ces beaux étalons fissent disparaître des haras les chevaux de petite taille et de race médiocre. Golbert recommandait aussi à l'intendant du Limousin d'acheter dans les foires de beaux poulains pour s'en servir plus tard comme étalons et améliorer la race du pays; c'est la méthode de la sélection, qui paraît être la meilleure, que Golbert patronnait, et il est à remarquer que déjà le Limousin ne produisait plus les beaux chevaux d'autrefois.

Golbert et M. de Garsault', qui fut son collaborateur dans cette œuvre difficile, réussirent, après de longs efforts, à relever la production chevaline en France. Les chevaux amenés et vendus dans les foires étaient nombreux et bons. A la foire de Guibray, en 1682, Louis XIV en avait acheté douze pour sa personne.

Golbert avait établi, à Saint-Léger, près de Rambouillet, un haras royal et un autre à Versailles même.

Mais après lui, les haras, comme tant d'autres parties des services qu'il avait dirigés, retombèrent bientôt dans le misérable état d'où il les avait tirés. C'est toujours la

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