‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 92 sur 183 · Gazette de France, 1641, p · texte numérisé non relu

Gazette de France, 1641, p

joignant la Garonne et l'Aude. Ce fut Riquot de Bonrepos, intéressé dans la ferme des Gabelles de la province, et géomètre par instinct, qui conçut le projet dès 1662 et le proposa à Colbert.

Colbert accepta la proposition; mais l'ingénieur chargé d'examiner le projet, au lieu de se prononcer, comme le voulait Riquet, pour un canal à grandes dimensions et pouvant recevoir les bâtiments de guerre, auxquels il aurait évité le passage du détroit de Gibraltar, réduisit le projet de Riquet à un canal destiné à la batellerie : le lit de la Garonne eût été insuffisant, et le canal maritime eût coûté trop cher. Tel qu'on le construisit, les dépenses s'élevèrent à 17 millions de livres (85 millions de fr.*). Après divers essais on commença les travaux en 1666 et ceux du port de Cette, et l'inauguration du canal « de transnavigation » eut lieu le 19 mai 1681.

Les ponts et chaussées ont aussi à s'occuper des inondations et des moyens de mettre les riverains à l'abri du fléau. La Loire, avec ses terribles et fréquents débordements, a toujours été le fleuve le plus redoutable, soit par les inondations, soit par la débâcle des glaces.

En 1608, la vallée de la Loire avait été dévastée à tel point que Sully écrivait à Henri IV : « Les peuples sont devenus si appauvris par cet accident que, s'il ne plaît à V. M. les secourir en les déchargeant des tailles

1 . Le canal fut exécuté aux frais de Riquet, qui en devint propriétaire.

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et les assistant d'une bonne et grande somme pour les réparations plus pressées et nécessaires, il faudra qu'ils abandonnent tout, et laissent leurs maisons désertes et b^irs terres en friche ». Henri IV s'empressa de répondre : « Mon ami, pour ce qui touche la ruine des eaux, Dieu m'a baillé mes sujets pour les conserver comme mes enfants; que mon Conseil les traite avec charité; les aumônes sont très agréables devant Dieu, particulièrement en cet accident. J'en sentirais ma conscience chargée ; que l'on les secoure de tout ce que l'on jugera que je le pourrai faire. Je finirai, vous assurant que je vous aime bien ».

Je cite avec plaisir ces deux belles lettres, car si le règne de Louis XIV et le ministère de Golbert sont pleins de choses grandes et utiles, tout y est sec et froid, et il est vraiment bon de se réchauffer un moment à la chaleur de ces cœurs généreux.

L'entretien, l'exhaussement et l'élargissement des levées, digues et turcies qui bordent la Loire, la construction de ponts offrant à l'écoulement des eaux de larges débouchés, la création d'ingénieurs chargés de ces divers travaux, la lutte contre les riverains qui ne pensent qu'à l'intérêt local et s'opposent à tout travail entrepris dans l'intérêt général, occupent sans cesse Colbert; mais il ne lui fut pas doimé, pas plus qu'à ses successeurs, de résoudre le problème et de vaincre le fleuve.

Mines.

Colbert avait aussi les mines dans son département. Il continua l'œuvre de Sully qui, on IGOl, avait fixé la

législation sur les mines : les mines appartiennent à l'État, qui les concède à des compagnies ou à des particuliers pour les exploiter. L'exploitation des mines était alors chez nous dans l'enfance; les Suédois seuls y étaient habiles. Colbert fit venir quelques ouvriers de ce pays et un ingénieur, et il organisa quelques compagnies, qui échouèrent complètement. On en resta à l'extraction du plomb et du minerai de fer.

VI. Fortifications. — Administration provinciale. Justice. — Législation. — Police.

Fortifications.

Par une bizarrerie dont la cause est inconnue, le service des fortifications fut partagé en d661, date de la chute de Fouquet, entre les ministres de la guerre et de la marine, et cette séparation dura jusqu'en 1691, année de la mort de Seignelay : alors les fortifications rentrèrent toutes dans le département de Louvois.

Colbert était chargé non seulement du service des fortifications maritimes, mais encore des places fortes de la Picardie, de la Champagne, des Trois-Évêchés, de la Bourgogne, du Dauphiné, de la Provence et du Languedoc. Ce fut Colbert qui signala au Roi « la capacité et l'activité de Vauban », dès 1663, et le mit en évidence.

Les places construites ou améliorées par Vauban et ses élèves, sous la direction de Colbert, sont nom-

breuses : Ham, Sainl-Qucntin, la Capelle, la Fère, le Catelet, Doullens, Péronne, Corbic, Ardres, Metz, Toul, Verdun, Langres, Ghalon, Auxonne, — Dunkerque, le Havre, Brest, Belle-Isle, Blaye, Oleron, R6, Bayonne et Toulon, dont l'arsenal et les fortifications furent reconstruits sur les plans de Vauban. On construisit aussi à Marseille les forts Saint-Jean et Saint- Nicolas pour tenir la ville en bride : de même à Bordeaux, le Château-Trompette. Colbert fît raser un assez bon nombre de petites places devenues inutiles.

Peu disposé à employer les corvées pour les routes, les exigences militaires l'obligèrent à s'en servir pour les travaux des fortifications : Colbert préférait cependant employer des soldats auxquels on donnait un supplément de solde. Les soldats touchaient 7 sols et demi par jour (1 fr. 87 c.) ; le corvéable ne touchait que le pain de munition réglementaire pendant la durée de son travail; mais il travaillait peu. Les ouvriers volontaires, que Colbert employait de préférence, touchaient 10 et 12 sols par jour (2 fr. 50 c. ou 3 francs).

Quant aux propriétés, maisons ou terrains, qu'il fallait acquérir pour élever les nouvelles fortifications, on les prenait d'abord; on rasait les maisons, on abandonnait les matériaux aux propriétaires, et on les indemnisait ensuite, suivant l'estimation de l'intendant de la province, auquel il était recommandé de ne pas faire d'estimation « avec trop d'indulgence ».

Dans ce service, comme dans tous les autres, Colbert exigea l'économie; il exerça et imposa à tous ses agents une surveillance rigoureuse des entrepreneurs, de la

solidité lie leurs travaux, de la rapidité de leur exécution. Il veut aussi, mais sans pouvoir l'obtenir, que les intendants répriment les violences des gens de guerre chez l'habitant; mais les traditions sont telles qu'il est impossible à Louis XIV, à Colbert et à Louvois, trois des plus fortes volontés cependant que l'on connaisse, de mettre un terme à ces excès. Colbert écrivait, le 6 avril 1G74, à l'intendant d'Amiens :

Comme j'entends tous les jours le Roi, non seulement se plaindre de la conduite des gens de guerre, mais même blâmer les intendants qui ne les répriment pas avec assez de sévérité, je crois que votre fermeté naturelle soutenue de la volonté de S. M. vous portera facilement à faire des punitions telles, que les peuples en recevront du soulagement et que les troupes mêmes en seront meilleures, parce qu'il n'y a rien qui leur nuise davantage que le désordre et la licence.

Administration provinciale.

Il n'existe rien, à cette époque, qui ressemble à notre ministère de l'intérieur. L'administration des provinces ou des généralités était alors partagée entre les différents ministres : chacun avait dans son « département » un certain nombre d'entre elles. A la tête de chaque généralité était placé un intendant de justice, police et finances, nommé par le Roi et investi d'une autorité presque illimitée sur toutes choses*.

Les gouverneurs de provinces, personnages de haute noblesse, n'avaient plus alors qu'une partie de l'autorité militaire et certaines prérogatives; leur pouvoir, si

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