I. Grand Testament, huit
a. Les six premiers vers de l'envoi de la ballade dite de la Grosse Margot donnent en acrostiche le nom de t Villon ». 3. Voyez plus loin, n" III des pièces justificatives.
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temps de Louis XIII, qu'elle servait alors concurrem^ ment avec une autre enseigne, la Cloche-Perce, à désigner une rue du quartier de Grève ^. Notre interprétation du nom de la Grosse Margot résulte, nonseulement de la connaissance de plusieurs textes étrangers à notre auteur, mais aussi des vers même de Villon, qui ne permettent pas de voir autre chose, sous cette dénomination familière, qu'une « pourtraiture », c'est-à-dire une représentation figurée :
Item, à la Grosse Margot, Très doulce face et pourtraictnre, ^oy que doy brelare bigodj Assez dévote créature.
Je Faime de propre nature.
Et elle moy la doulce sade.
Qui la trouvera d'aventure Qu'on luy Use cette ballade '.
et sans doute Villon, en parlant de la Grosse Margot, faisait allusion à quelque vieille plaisanterie de ses amis qui, en raison de son assiduité à la taverne, lui avaient prêté un tendre penchant pour le coquet visage qui était peint sur son enseigne.
I. Sauvai {^Histoire et antiquités de la ville de Paris, 1. 1, p. ia6), dit en paHant de la rue Cloche-Perce : « Et depuis huit ou dix « ans, à l'occasion d'une autre enseigne de la Grosse Bfargot, qa'a K mis là un tavemier fieimeux pour son Iran vin, on l'a nommée la rue de la Grosse Margot. ■•
a. Grand Testa fnent, huit. 140.
LES EXPLOITS d'uNE BANDE DE VOLEURS ^
Les débuts de l'enquête judiciaire. — Mattre Guy Tabarie et le prieur de Paray. «^ L'interrogatoira de Tabarie.
Deux mois et demi après le moment auquel Villon écrivait son premier Testament en annonçant son départ pour Angers, les administrateurs du collège de Navarre étaient en grand émoi. Ils venaient de constater le détournement d'une somme considérable, — 5oo écus d'or, — contenue dans un petit coffre de noyer à trois serrures et à bandes de fer, lequel était lui-même enchaîné dans un autre coffre que renfermait le revestiaire ou sacristie de la chapelle du collège. La justice fut immédiatement prévenue, et le 9 mars
I. Ce chapitre a été écrit, presque exclusivement, à l'aide des documents judiciaires que nous publions sous les numéros VI et X de nos pièces justificatives.
ymA3srçois villoit 5i
14^7 (n. sh)^ dès sept heures du matin, deux examinateurs au <]hâtelet de Paris, Jean Mautaint ^ et Jean du Four se transportèrent au lieu où le larcin avait été commis : là, ils rencontrèrent Guillaume de Ghâteaufort, principal du collège, en compagnie de Guillanme Evrard, Pierre Caros et Alain Olivier, tous trois docteurs en théologie, ainsi que du grand bedeau de la Faculté, Laurent Pousterel, auquel appartenait la cinquième partie de la somme volée. Toutes les issues de la maison de Navarre furent fer^ mées par Tordre des magistrats, comme si ceux-ci eussent craint que leur présence n'occasionnât la fuite de quelque individu suspect. On passa alors dans le revestiaire et là, en présence des personnages déjà nom* mes, auxquels s'étaient joints le proviseur du collège, maître Etienne Paquot, et trois sergents à verge, les examinateurs visitèrent les coffres, où Fou trouva seulement, — enfermés dans le coffret, •— un papier indiquant les sommes qui y avaient été jadis déposées» et deux cédules relatant chacune un dépôt d'argent. Les examinateurs firent ensuite des perquisitions dans les chambres qu'occupaient le proviseur du collège et trois autres maîtres qui, ayant la garde des clefs de la chapelle et du revestiaire, pouvaient être l'objet de quelques soupçons; mais on ne trouva rien
I . Jean Mautaint est nommé dans les deux Testaments de Vfflon ; ■oin «n parierons plus loin.
Sa FRANÇOIS YlLLOSf
qui fût de nature à motiver des poursuites contre eux, car le proviseur et naître Gmillaume de Campanes, détenteurs, celui-ci de cent-vingt, celui-là de trente écus, répondirent d'une manière satisfaisante aux questions qu'on leur adressa.
On eût volontiers ordonné la visite immédiate des serrures dé chacun des coffres par des experts, si ces derniers s'étaient trouvés en nombre sufïisant. Remise au lendemain, lo mars, cette visite fut confiée à neuf serruriers qui, après avoir prêté serment aux mains des commissaires du Châlelet, se livrèrent à un examen minutieux des serrures. Les experts constatèrent alors, dans un rapport que nous n'analyserons pas ici, les violences — crochetages et soulèvements, — dont ces fermetures avaient été l'objet, et déclarèrent qu'à leur avis ces violences ne pouvaient remonter à plus de deux ou trois mois.
L'enquête achevée, il fallut attendre du hasard quelques révélations sur l'auteur ou sur les auteurs du larcin; elles ne tardèrent pas à se produire. En effet, quelques semaines plus tard, un prêtre du diocèse de Chartres, maître Pierre Marchand, prieurcuré de Paray-le-Moniau, près d'Ablis, était de passage à Paris, où il était arrivé le 2 3 avril 1457. Le lendemain ou le surlendemain de ce jour, il déjeunait à la taverne de la Chaire, au Petit-Pont, avec un autre ecclésiastique et maître Guy Tabarie, que Villon désigne, dans le Grand Testament, comme l'auteur
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dHioe eopb- da romm du JP^i-rOfinPiail^^*. fitty Tabarie parle beaucoup de lui^cdéme el conta à Battre Pierre qu'il avait été longuemeat détei|iii> ccnnme crocheteur, dans les prisons dq réveque de Paris. A oette ooBQdeoce, le fMrienr de F^ray » qui avait; entendu parler d'im vol de cinq ou six cents écus. commis au prgudicq d'un religieux augustin de Pains^ frère Cruilr kiime Goiffîer, eut l'idée de q^stioniier métrç ùny sur la manière dont it orochetait les serrorosi espévani en tirer quelque ipdice sur Févéneineut qm'il flonnaisr sait. Mais, pour arriver à ee résultat» il' faMt c^^ter la donfiaucft de Taharie; aiussi n'hé^t^^tnil p^ h exprimer 1^ désir de partictpeir an% noi^velles expédyttions que Q^aître Guy el ses oom^eea pourr^aient en^eprendre* Q paraît que dan^ oe^ç d^sit^ue sodété du xv^ siècle, un tel désir, exprimé par un eceléâ^r lîqu/e, n^avait ritn t^ dût surprendre, car oette mse réussit et Taharie dit au prif ur ipe lut et ses comp»r gnons avaient des erodiets auxquels naUe serrure, si fiirte qu'elle fui;, ne pouvait résiaiter. |1 promit de h^ montrer A0 /ces engins; quant à eenx ^e hi^, T^b^r m« possédait en deroiei> Ueu, il 4vait d4 1^ 'n^er didtt la Seine de peur qu'on ae les trouvât an sa popr
fl, It loi douM ma Mhwiirfft
Et U romant du Pet-au^Diable,
{Grand Testament, bltft. 78.)
session. Il lui dit en outre qu'un de ses complices, .un orfèvre connu sous le nom de Thibaud ou de Petit- Thibaud, fabriquait des crochets a de diverses sortes et de plusieurs laçons » , et qu'il se chargeait ausû de fondre For et l'argent provenant de leurs expéditions.: Les deux nouveaux amis se retrouvèrent le jour, suivant, et le prieur dé Paray, continuant le jeu de la veille, mena bmre maître Guy à la taverne de la Pomme-de-Pin, en la rue de la Juiverie, de la Gité.^, Au sortir de la taverne, le transcriptenr du iV^-aa- Diable conduisit à son tour maître Pierre à l'église de Notre-Dame^ et lui montra quatre ou cinq c cûmpa»r gnons » qui, récemment évadés de^ prisons* • de l'évéque, « tenaient franchise en ladite église.» L'un de ces oc compaignons, » dont le prieur ne paraît pas avoir retenu le nom, mais qui ne semble pas différent de Petit-Jean, l'un des acolytes de Tabarie, fui particulièrement signalé par celui-ci à maître Pierre; c'était un jeune homme de vingt-six ans environ, de petite taille, portant les cheveux longs derrière la tête, le plus subtil de toute la bande, le plus habile à crocheter, au dire de maître Guy, qui ajoutait a que * rien ne lui estoit impossible en tel cas. » Cet éloge prononcé, maître Guy procéda à une présentation régulière, et le prieur fut gracieusement accueilli par
I. Cette taverne et son ' propriétaire, Robin Torgis, étaient fort connus de Villon (voyez, plus loin, le chapitre consacré aux légataires du poète).
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les amis de Tabarie, qui cependant ne lui parlèrent de leurs exploits et de leurs projets qu'en termes géxié-> faux.
Par la suite^ ttuutre Guy, témoignant encore plus de confiance au prieur de Paray, lui fit part des entreprises qu'il comptait exécuter à l'aide de ses complices, aussitôt que ceux-ci pourraient sortir de la franchise de Notre-Dame : Thibaud, dit-^il, préparait des crochets pour ouvrir la chambre et les coffres d'un certain maître Robert de la Porte, alors absent de Paris, et Ton n'attendait plus, pour agir, qu'un frère du couvent des Augustins, parent de Thibaud» lequel avait promis de cacher les compagnons dans sa cellule, où il devait leur livrer des habits de religieux afin qu'ils pussent accomplir plus facilement leur projet. Passant ensuite au récit de ses propres aven* tures, Tabarie constata que sa récente délivrance de» prisons de l'évéqne était due à l'argent de frère Guillaume Coiffier.
Dès lors, il n'y eut plus de doute pour maître Pierre Marchand! U avait trouvé un complice des larrons dont il cherchait la trace. Se gardant bien de laisser voir la joie que lui causait évidemment cette décovi-» verte, il questionna maître Guy au sujet de l'affaire Ck>iffier et en tira de précieux renseignements sur les exploits de l'association dont il faisait partie. Les compagnons avaient d'abord tenté un coup nocturne sur l'église des Mathurins, mais <x les chieM les
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c avoient accusez » . C'est à la suite de cet écbec qu'ils opérèrent audacieusement en plein jour, chez frère Guillaume CoifÛer, pendant qu'un des complices avait mené ce religieux à l'église des Mathurins pour lui faire célébrer une messe ; on rapporta de cette expédition une somme de cinq ou six cents écus d'or et de la vaisselle d'argent que les bandits se partagèrent. Tabarie, détenu à cette époque dans la prison épiscopale, reçut pour sa part huit écus que Thibaud lui apporta et qui furent employés à corrompre le geôlier. Depuis sa délivrance, Guy et ses complices étaient allés au collège de Navarre, où ils dérobèrent cinq ou six cents autres écus ; ce beau gain n'empêchait pas cependant les compagnons de maudire un des leurs qui, parait-il, les avait détournés de crocheter une armoire où l'on aurait trouvé quatre ou cinq mille écus.
Le prieur continuant à recevoir les confidences de Tabarie, celui-ci lui amena un certain jour un compagnon de l'âge de trente ans environ, honune.de petite taille, à la barbe noire, portant un vêtement court : c'était un habile larron, connu sous le nom de maître Jean ou Petit- Jean. Les deux bandits donnèrent ren* dez-vous à l'ecclésiastique, pour le lundi i6 mai, à Saint-Germain-des-Prés, où l'on devait discuter le plan de la plus prochaine entreprise, et ils lui dirent que Thibaud soumettait à la réunion les- w)chets qu'il avait préparés.
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Le 16 mai y les conjurés attendirent vainement Pierre Marchand, auquel maître Guy fit visite en revenant de Saint- Germain. Le prieur de Paray s'excusa d'avoir manqué à sa promesse, retint Tabarie pour le déjeuner et en apprit alors quelques nouvelles. Guy, Thibaud et Petit -Jean s'étaient réunis; Thibaud avait apporté ses crochets afin de les montrer au prieur. Quant à l'entreprise contre Jean de la Porte, on avait décidé de la remettre à quelque temps, car elle était « ung peu esvantée. » C'était là un fâcheux contre-. temps, Tabarie ne se le dissimulait pas; cependant les affaires de l'association n'étaient pas en mauvaise voie, et, à ce propos, msutre Guy parla pour la première fois au prieur d'un de ses complices « nommé maistre François Villon. » C'était sans doute un bien adroit compagnon que ce maître François, qui voyageait en ce moment dans le but de préparer un magnifique coup de filet! Au dire de Tabarie, Villon, neveu d'un religieux d'Angers, était parti pour cette ville afin d'étudier a Testât » d'un vieux moine, possesseur de cinq ou six cents écus, et la bande n'attendait qu'un signal de son éclaireur pour s'élancer à la conquête de ce petit trésoV.
Maître Pierre Marchand jugea- t-il qu'il ne pouvait plus rien tirer de Guy Tabarie sans se compromettre lui-même, ou bien fut-il forcé de quitter Paris après un séjour de quiftre semaines environ? Nous l'ignorons. Il est certain, toutefois, que le lendemain du
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jour où Tabarie lui avait parlé de Villon, il fil sa déposition par devant maître Jean du Four, examinateur au Ghâtelet de Paris, qui, au mois de mars 1457, avait été chargé d'instruire l'affaire du collège de Navarre, conjointement avec l'un de ses collègues^
La prévôté de Paris dut faire immédiatement des recherches pour s'emparer des divers membres de l'association à laquelle appartenait Villon. Mais l'éveil fut sans doute donné à Tabarie et à ses complices, car il ne semble pas qu'aucun d'eux soit tombé dans les mains de la justice parisienne avant l'été de 14^8, c'est«-à-dire plus d'un an après la déposition du prieur de Paraj. Maître Guy Tabarie fut pris tout d'abord et enfermé dans les prisons du Ghâtelet. U se réclama probablement de l'évéque de Paris en sa qualité de clerc, passa le a6 juin i458 dans les prisons de l'ofi^ cialité, et comparut le 5 juillet devant l' officiai, assbté de plusieurs membres de la cour épiscopale, Guillaume Sohier, Jean Rebours, Denis le Comte, François de la Vacquerie *, Jean Laurens, Jean le Fouri^eur et Jean Truisy. Il donna des renseignements assez précb sur les divers vols dont il avait parlé à Pierre Marchand^ bien qu'à l'entendre il eût été moins coupable que ses compagnons.
C'est aux environs de la Noël 1 456 que le vol aurait été effectué. Guy Tabarie, dont nous analysons les
X . François de la Vacquerie et Jean Laurens, qui suit, sont nomttés tofos demt dans le Crand TûstametU (Ikdt. ii3 «t ii4)>
FRANÇOIS VILLON Sg
aveux 9 rencontra vers cette époque maître Françoise Villon en compagnie d'nn certain Colin de Gayéux qu'il connaissait seulement pour l'avoir vu avec Villon, sur l'ordre duquel il fit préparer à la taverne de la Mule, en face l'église des Mathurins, iun dîner dont un religieux picard du nom de dom Nicolas et Petil*, Jean prirent aussi leur part. Après le dîner, tous les cânq s'acheminèrent vers la demeure de m£dtre Robert de Saint-Simon et, y ayant pénétré en franchissant ub petit mur, ils y déposèi*ent leurs vêtements de dessus {jgippons). Us se dirigèrent ensuite vers le collège de Navarre, et, à l'aide d'un râtelier qu'ils avaient pris chez Robert de Saint-Simon, ils escaladèrent un grand mur donnant sur la cour du collège. Tabarie prétendit ne rien savoir de ce qui s'était pa3sé à l'intérieur de la maison de Navarre, car il n'y aurait pas accompagné ses acolytes et serait retourné attendre leur retour et garder leurs vêtements dans la maison de Robert^ Enfin, les compagnons le rejoignirent au bout de deux heures environ, c'est-à-dire vers minuit, et lui donnèrent dix écus d'or sur le produit de leur expédition, produit que les quatre larrons se partagèrent également entre eux et qu'ils évaluaient devs^it lui à cent écus. Us reconduisirent ensuite maître Guy et, en le quittant, lui dirent qu'on avait réservé deux écus pour le dîner du lendemain. Cependant Tabarie, ayant su depuis que la somme enlevée au collège de Navarre était supérieure à celle dont on lui avait parlé, en fit l'ob-
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servatâon, et ses aasis recomtmrent que diaoui d'^vob avait eu cent écas pour sa part.
(Test là toat ce qu'avoua maître Guy.
Tabarîe ignorait absdmnent quel moyen ses OOQH pagnons avaient employé pour ouvrir les coffrer du collège de Navarre : il ne leur avait pas vu de crocheta et rapporta seulement que Colin de Cayeux avait la réputation d'un adroit crocheteur, mais que PetiM«Ai» passait pour être plus habile encore.
Questionné sur le vol commis au préjudice du rdigieui^ augustin, il rq^la qu'à l'époque où ce lareip^ avait eu lieu, il était détenn par l'autorité eçdé^iasti^pM pour s'être battu avec Cosin Cholet ^ : il ne ponvaii donc nea savoir de ce Caît, et se refila à reoennsâ^ pour vrai tout ce qu'il avak dit an prieur de Parajr relativement à sa délivrance et au voyage de ViUoia à Angers. Il n'essaya pas cependant de nier ses re^ali<His avec Villon, qu'i^ connaissait depuis longtemps^ mw il déclara qu'il avait vu PetitrJean pour la première fois le jour de F^xpédilion contre le collège de Na^^anre( quant à Colin de Cayeux, \i répéta qu'il ne l'avait jar mais rencontré autrement qu'avec ipaitre jFrançoi^. Enfin, Interrogé une dernière Icxis au sujet de sa sortie de la prison épiseopale, que la dépositîûn du prÎQlir attribuait |i la corruption du geôlier, il s'expri|p|i moins nettement qu'il ne l'avait fait dans son eràreiim
I . Villon mentioime aussi ce Cholet, huit. 24 du Petit Testament, et huit. 99-100 du Grand Testament. .
FRANÇOIS VILLON 6l
«vec Pierre Marchand : Colin de Gayeux, c'est du moins ce qu'il prétendait tenir de ce personnage même, aurait donné quatre écus à Petit-Thibaud pour le tirer de captivité, lui, Tabarie, qui, peu après, ouït dire que Thibaud était soupçonné d'avoir pris part au vol.
L'interrogatoire fut alors suspendu et l'on donna lecture à maître Guy de la déposition du prieur de Paray . Tabarie, courbant la tête devant ce témoignage, ne persista pas dans ses dénégations, reconnut la réalité des faits énoncés par Pierre Marchand, et lit de nouveaux aveux. Il rapporta, par exemple, qu'au dire de Villon, les serrures des coffres de la maison de Navarre avaient été crochetées. Il continua toutefois à nier sa participation au vol du collège, car il était resté dans la maison de Robert de Saint-Simon pour garder les robes de ses compagnons^ et c'est parce qu'il n'avait pas prêté un concours actif aux larrons que sa part de butin n'avait pas dépassé dix écus.
Ces déclarations ne parurent pas suffisantes aux juges, qui ordonnèrent que Tabarie subirait la question. Maître Guy, dépouillé de ses vêtements, fut placé dans une courte-pointe et on lui donna la question avec le petit tréteau, c'est-à-dire la question ordinaire, mais il ne confessa rien. C'est alors qu'il fut mis à la question extraordinaire du grand tréteau, dorant laquelle il déclara ne savoir du vol commis
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chez frère Guillaume GoifHer que ce qu'il en avait appris de Petit-Thibaud, car, lors de cette expédition, il était détenu dans les prisons épisoopales, dont il sor-* tit, avoua-t-il cette fois, grâce aux quatre écus qu'on lui donna et qui servirent à corrompre le geôlier. Il supplia ensuite ses juges de le faire délivrer de la géhenne, promettant de dire toute la vérité. On fit droit à sa requête et, suivant le notaire épiscopal, l'accusé serait entré dans la voie des révélations. H ne semble pas toutefois que celles-ci aient ajouté des données importantes à ce que l'on savait déjà, car le scribe se borne à rappeler que Tabarie avait ouï dire par Villon que celui-ci et ses complices s'étaient emparés, dans le collège de Navarre, d' a un autre sac renfermant a une somme plus grande » , et que chacun d'eux en avait en quatre-vingts écus ; mais Guy n'avait rien vu de cet argent.
A la suite de ces aveux, Tabarie fut reconduit dans sa prison en présence d'Etienne de Montigny et de Robert Tuleu, docteurs en décrets, ainsi que de Simon Ghappitault, Denis le Comte, François Ferrebouc et François de la Vacquerie, licenciés en droit canon ..... Mais là s'arrêtent nos renseignements sur soi| affaire, et nous ignorons quelle sentence fut prononcée contre lui. Il convient maintenant de dire quelles conséquences la déposition du prieur de Paray eut pour Villon.