‹ Étude biographique sur François Villon, d'après les documents inédits conservés aux Archives nationalesChapitre 29 sur 62 · LES LEGATAIRES DE VILLON · texte numérisé non relu

LES LEGATAIRES DE VILLON

Dès le temps rfe Clément Marot, on ne comprend plus les allusions de Villon. — L'olilcialité. — La ballade composée pour le prévôt de Paris. — Le Cliàtelet. — Le Parlement. — Le Trésor royal. — Les élus. — Les échevins. — Les bourgeois. — Les écoliers contemporains de Villon. — Frère Baude de la Mare. -- Les gens de métier.

Si les deux Testaments de Villon, après avoir été très-souvent réimprimés de 1489 a i542, sont tombés ensuite dans une sorte de discrédit, on ne doit pas uniquement l'attribuer à la vétusté du langage : on en trouve une meilleui'e raison dans la présence de nombreuses allusions qui cessèrent d'être comprises avant cinquante ans. Clément INIarot l'a vivement senti; aussi, après avoir rendu toute justice à l'éminent talent du poète dont il publia une édition en i533, fait-il cette judicieuse réflexion : « Quant à

a l'industrie des lays qu'il fait en ses Testaniens, pour « suffisamment la congnoistre et entendre, il fauldroit « avoir esté de son temps à Paris, et avoir eongneu tt les lieux, les ehoses et les hommes dont il parle : la « mémoire desquelz tant plus se passera, tant moins « se congnoistra icelle industrie de sez lays dietz. a Pour reste cause, qui vouldra faire une œuvre de a longue durée ne preigne son soubject sur telles « choses basses et particulières » ^.11 importe de rapprocher ce jugement de poète de celui d'un érudit de la seconde moitié du xvi*^ siècle, du président Fauchet, qui, après avoir discuté l'origine du nom de Villon, ajoute : «. J'ay fait ceste escapade pour la « mémoire de Vuillon, un de noz meilleurs poètes ce satyriques, duquel si nous scavions bien entendre la a poésie, nous descouvriroit l'origine de plusieurs « maisons de Paris et des particularités de ce temps- « la ". »

Nos recherches dans les archives du xv" siècle ne nous ont toujours pas mis en état d'expliquer « l'industrie » des legs de Villon, mais il est probable que des recherches entreprises en ce sens avant la Révolution auraient produit de meilleurs résultats ^. Néan-

1. Épître de « Clément Marot, valet de chambre du roy aux lecteurs », dans l'édition de i533. Cette épître est encore reproduite de nos jours par les éditeurs de Villon.

2. Origines des chevaliers, iirmoiries et hcraux, dans les OEuvres de feu M. Claude Fauchet, édition de 1610, f* Sog r°.

3. Parmi les documents détruits à cette époque et qui auraient pu

moins nous sommes parvenus à constater T existence et la position d assez nombreux personnages nommés dans les Testaments.

'■ On comprend sans peine qu'un grand nombre des légataires de Villon aient été des gens de robe appartenant aux différentes juridictions devant lesquelles il fut traduit : l'officialité de Paris dont il relevait comme clerc, le Chàtelet où il eut affaire comme parisien, et le Parlement auquel il en appela. Ses rapports avec la justice ne sont pas cependant les seules causes de la mention de ces magistrats : plusieurs d'entre eux étaient ou pouvaient être des amis de Villon, devenus, comme il le dit lui-même, « grans seigneurs et maistres *. »

L'officialité de Paris fournit au moins trois noms à notre testateur; ce sont ceux de Jean Cotard, son « procureur en court d églis<M) de a maistre Françovs, promoteur, de la Vacquerie y>, et de Jean Laurens.

Le premier est devenu célèbre par la ballade ou oraison que le poète écrivit pour son âme, appelée à ce propos « l'âme du bon feu maistre Jehan Cotard « ~. Il v a tout lieu de croire ((ue cette ballade, qui nous montre en son héros un buveur énié-

être consultés avec profit, on peut riter les nomln-euses séries de comptes qui furent mises au pilon en i7<)i.

Page 1