LETTRE DE L’ABBÉ ROZIER
Lyon, le 14 avril 1766.
Monsieur,
Ayez la complaisance de passer chez M. Durand, neveu, libraire, nie Saint-Jacques, et vous y prendrez un exemplaire des Démonstrations élémentaires de botanique à l’usage de nos élèves.
en 1767, en remplacement de Sauvages qui venait de mourir. Parmi les nombreux ouvrages qu’il a publiés, on cite ; la Flora Monspelieca, 1765, et l’Explication du système de botanique du chevalier Von Linnée, Montpellier, 1787. — Il mourut le 1" septembre 1821.
* Rozier (Jean), auteur agronome, naquit à Lyon eu 1734. Il reçut les
Celui qui l’a imprimé l’a chargé de vous le remettre. Il part aujourd’hui avec d’autres livres et le ballot restera vingt jours en route. L’introduction est de M. de Latourette et les démonstrations sont mon ouvrage. Dans l’introduction nous n’y avons pas oublié nos amis. Vous trouverez beaucoup de fautes dans les Démonstrations. Si vous prenez quelque intérêt à ce qui me regarde, vous m’avertirez, je vous supplie, de celles que vous y découvrirez. Je sais que l’ouvrage est informe, mais il pressait pour nos élèves. Au reste, cet ouvrage ne doit pas passer les murs de nos écoles.
Je me recommande à vous ; vous n’abandonnerez pas un élève qui vous doit ses premières connaissances en botanique, et qui joint à la reconnaissance l’attachement inviolable avec lequel il sera toute sa vie, mon cher maître, le plus reconnaissant de tous vos élèves.
Rozier.
ordres, sans jamais exercer le ministère. Placé à la tête d’une riche exploitation agricole, il s’occupa des moyens de faire prospérer l’établissement qui lui était confié. Ce fut dans ce but, qu’avec son compatriote et ami Latourette, il composa les Démonstrations élémentaires cle botanique dont il est parlé dans cette lettre (2 vol. in-8°. Lyon, 1761.). La botanique était une des sciences que l’abbé Rozier avait le plus cultivée. Il fut donc en état de coopérer, avec son ami, b l’un des meilleurs ouvrages élémentaires qui eussent encore paru en France. Les principes de Touriiefort s’y trouvent heureusement combinés avec ceux de Linnée ; mais ce qui le rendit le plus éminemment utile, ce fut l’exposition des vertus des plantes, faite avec beaucoup de clarté et discutée avec sagacité. L’abbé Rozier écrivit de nombreux ouvrages d’agriculture qui ont une réputation méritée. Il mourut le 29 septembre 1793. — Biogr. unio.., t. 39, p. 206 ; article signé : Du Petit- Thouars.
LETTRE DE SÉGÜIER ^
Nîmes, le 17 juillet 1772.
Monsieur,
Je ne saurais trop vous témoigner ma reconnaissance de la bonté que vous avez eue en me communiquant les additions marginales que vous avez faites à l'exemplaire de ma Bibliothèque botanique que M. Dauphin m’a remis de votre part. Elles corrigent plusieurs fautes que j’avais commises et servent à faire connaître les ouvrages qui m’avaient échappé ou ceux qui ont paru depuis
* Séguier (Jean-François),,né à Nîmes, le 2S novembre 1703, d’une famille honorable de la magistrature de cette ville, et d’origine commune avec celle de Paris (le grand chancelier et ses neveux étaient nés a Paris), s’est rendu également célèbre par ses connaissances en botanique et en antiquités. Il parcourut avec le savant Scipion Maffei une grande partie de l’Europe. A Paris, Séguier mit en ordre, au jardin du Roi, un herbier très-nombreux. En 1740, il publia la Bibliotheca botanioa dont il parle dans la lettre que nous reproduisons ; ouvrage d’une grande érudition, devenu classique en naissant, mais que celui de Haller, sous le même titre, a fait oublier. La réputation que Séguier s’était acquise lui ouvrit l’entrée de plusieurs académies de France et d’Italie. En 1772, il fut nommé associé de celle des inscriptions et belles-lettres, où son éloge a été prononcé par M. Dacier. Son savoir recevait un nouveau lustre de ses vertus : « Ceux de ses concitoyens « qui l’ont connu, disait Sicard, auteur d’une notice sur ce savant, conser- « vent un doux souvenir de sa candeur, de sa modestie et de sa piété. » — Une attaque d’apoplexie l’enleva subitement, le !•' septembre 1784. Par son testament, il légua k l’Académie de Nîmes, dont il avait été nommé protecteur peu auparavant, sa riche bibliothèque, ses manuscrits, ses médailles, son cabinet d’histoire naturelle, remarquable par une suite rare de pétrifications, et la maison qu’il avait ornée de beaucoup d’inscriptions et d’autres monuments antiques. — fiioflfr. univ. t. 41, p. 470.
l’édilion. Dès que je l’eus, je jugeai à propos d’en prendre une note pour les avoir présens sous mes yeux en tous tems, et je mis peu de jours après la main à l’œuvre, mais le changement de maison qui m’occupe et le déménagement de tout mon cabinet d’histoire naturelle, de tous mes livres et de tous mes effets ne m’a pas permis jusqu’ici d’achever, et je diffère à un autre tems de vous renvoyer votre exemplaire et de profiter d’une autre occasion sûre pour vous le faire passer-
Je vous suis extrêmement obligé des recherches que vous avez faites dans vos mines de plâtre par rapport aux empreintes des poissons qui se trouvent dans d’autres mines semblables. Si vous avez occasion de m’envoyer des échantillons de l’ardoise qu’on tire des hautes montagnes de Provence, du côté de Digne et de Barcelonnette, avec leurs variétés, vous me ferez plaisir.
Vous avez fait un excellent ouvrage sur les plantes de Provence, qui vous a fait beaucoup d’honneur ; je ne doute pas que vous conserviez toujours quelque amour pour la botanique. Si vous cultivez encore quelques plantes des montagnes ou que vous ayiez des échantillons doubles de celles que vous avez ramassées, vous m’obligerez de les partager avec moi. Je cultive un petit jardin dans la nouvelle maison que j’ai fait bâtir. Je serais charmé d’avoir quelques-unes de vos plantes, et d’orner mon herbier qui est déjà fort riche.
Je suis avec un sincère attachement, etc-, etc.
Ségüier.